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CATHY GARCIA-CANALES - Page 1035

  • Mille Lieux

    DSCF9610.jpgMille Lieux c'est le blog de Laurent Deheppe, poète

    auteur des carottes fraîches (Polder 157  Décharge / Gros Textes)

     

    Sur Mille Lieux on trouve de la beauté à la pelle placée dans différents seaux : 

    • Glanage

    "Encore un de sauvé. De la poussière, de l'humidité, des piles de polars... TOUT CELA, de François de Cornière, co-édité en 1992 par Le dé bleu, Les écrits des forges, L'arbre à paroles (quelle francophonie !) Aucun effet de manche dans tout ça. De l'amour, de la vie, sur fond de paysages, et point barre.

            LE SABLE DANS LA MAIN


            On le sentira toujours couler
            le sable dans la main:
            poing fermé
            mince filet
            petit tas.

            Ce geste machinal
            où file avec le sable
            quoi d'autre d'exactement
            il est toujours le même.

            Sauf qu'aujourd'hui j'y pense
            laissant couler du sable
            de mon poing sur le sable
            le plus lentement possible
            avant d'ouvrir les doigts."

     

    • Jouer avec son ombre :

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    (photo de L. D.)

     

    • Kabine d'essayage  :

    "S'ils ont le nez rouge, c'est qu'ils le trempent dans la peinture.

    Dans leur manteau, il y a toujours de la place pour deux.

    Les clowns savent (presque) tout faire mais ne s'en vantent pas.

    Ils n'aiment pas les coups de pied au cul, mais c'est leur métier.

    C'est bien connu, les clowns aiment les cuillères.

    Lorsqu'ils sont tristes, les clowns jouent de la musique, même et surtout s'il n'y a personne.
    On dit que le rire est le propre de l'homme, ce qui sous-entendrait que tout le reste est sale (citation d'un clown).

    Les clowns portent exclusivement des caleçons à fleurs, au cas où ils auraient un accident.

    Le jour de leurs quatre-vingts ans, les clown remontent le réveil (et ça les fait bien rire).

    Il n'y a pas de bons ou de mauvais clowns, il n'y a que des tentatives d'évasion."

     

    • La pierre et le bois  :

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    (photo de L.D)

     

    • La tête en vrac

              Rain song (J. Prévert)

              Rain rain rain

              il pleut des cats
              il pleut des dogs
              il pleut des boys et des girls
              il pleut des reines et des putains
              des chiens savants
              des chats rouquins

              Rain rain rain rain
              green green green green
              green frog frog green
              It's raining napalm
              bombs and baïonnettes
              It's raining
              blood and death
              Il flotte il flotte
              tout time tout l'temps

              Rain rain rain rain
              et pluie et pluie
              et puis et puis...
              Et puis love dream
              smile et sunshine
              de time en temps.


    Pourquoi reprendre sur un blog un poème archi connu (tellement connu, tellement vu qu'on ne le voit plus) et chanté plus d'une fois – et tellement bien par Catherine Ribeiro – ? On a tous au fond du cœur quelques poèmes chéris, de ceux qui nous ont un jour donné l'envie d'écrire et qui sont sans qu'on y pense les vraies fondations de notre propre projet. Alors oui, je prends plaisir à recopier celui-là (je l'avais déjà fait dans un carnet où je garde manuscrit ce qui me touche le plus).
    Rain song, c'est la désespérance dans les bras de l'humour. C'est l'universalité de l'anglais pour dire des choses universelles. C'est le vert de l'Irlande vu par les bombes de Belfast. C'est la tranchée boueuse, la "petite fille en flammes" (Nougaro), le micro de Martin Luther King, la kalachnikov qui tire dans le tas, le soleil amer sur la Yougoslavie en larmes... Ce sont les chats pénards qui se prélassent lorsque dehors il pleut très gris, et qui se fichent pas mal de savoir si la bourse est en baisse ou en bien hausse. Et ce sont tous nos amours, inuits corps contre corps, avec nos mains qui savent y faire, nos infidélités aussi parfois – mais tout plutôt que blood and death – et c'est bien sûr un beau sourire dont parfois on ne revient pas.
    Sous cette pluie presque indigente, la poésie nous fait tenir: it's a flower sur un dunghill.

     

    • Presse-papier


    Le sieur Lesieur demande aux abonnés de faire un peu la promotion de sa revue, et ce, selon les moyens de chacun. Alors la voilà ici toute fraîche en son numéro 60, avec son lot de 45 poètes et son prix à l'unité (3 euros) imbattable.
    Comme en Po, c'est un marché couvert où l'on sait trouver de tout. On s'y balade son panier sous le bras, on soupèse, on tâte, on choisit; il y en a pour tous les goûts et l'on y découvre assez souvent des saveurs nouvelles.
    Comme en Po n'est pas une revue que l'on qualifierait de techniquement parfaite; mais elle confirme l'idée chère aux consommateurs de conserves, qui stipule que le contenu est plus important que la boîte.
    J'ai toujours plaisir à en être. Comme chaque fois chez la bouteille d'huile, ici c'est avec une certaine légèreté – on ne lit quand même pas Mallarmé chaque jour que Dieu fait.
    Pour finir, et saluant ainsi la bonne conscience des artisans bouchers, je vous mets un os à moelle, pour le chien...

     

     • Rembobinages 

     

    Qu'aurai-je vu aujourd'hui
    qui ne soit pas violence
    angle vif ou désir puéril

    Les moineaux près du banc
    qui d'un œil égyptien
    lorgnaient sur mon kébab

    Le ciel
    bien au dessus des rues
    inutile et pourtant toujours là

    La façade en lambeaux
    d'un ancien cinéma

                 L.D. – Les carottes fraîches

     

    Mille Lieux c'est encore  • Une photo une musique

    et du


    • Vagabondage

    "Cela raconte beaucoup de choses, une rivière, pour peu que l'on sache l'écouter. Mais les gens n'écoutent jamais ce que leur racontent les rivières, ce que leur racontent les forêts, les bêtes, les arbres, le ciel, les rochers des montagnes, les autres hommes. Il faut pourtant un temps pour dire, et un temps pour écouter." Philippe Claudel


    des • Y'a pas d'sots métiers 

    et des


    • Zigotages

    DRESSEUR DE RAPACES

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    (photo de L.D.)

     

    Mille Lieux c'est là : http://laurentdeheppe.blogspot.fr/

     

     

     

     

  • Les fantômes familiaux, Psychanalyse transgénérationnelle par Bruno Clavier

     

    Petite bibliothèque Payot octobre 2014

    9782228911580.jpg

    247 pages, 8,50 €

        

    Cet ouvrage aborde un aspect plutôt méconnu de la psychanalyse, parce que plus récent aussi, et d’ailleurs en prenant l’exemple familial de Freud lui-même en dernière partie, l’auteur nous fait comprendre pourquoi justement la psychanalyse a d’abord été fermée à cette approche.

    Il s’agit donc de l’aspect transgénérationnel (connu en psychologie sous le terme de psychogénéalogie) et de ce qu’on appelle les fantômes familiaux ou comment nos ancêtres continuent à agir en nous, à nous hanter même littéralement, et parfois sur de très nombreuses générations.

    « Cette notion a été introduite dans la psychanalyse à la fin des années 1970 par un personnage tout autant poète que psychanalyste, Nicolas Abraham, et par sa compagne, Maria Török. Ces “fantômes” se signalent principalement par la répétition de symptômes, de comportements aberrants, de schémas relationnels stériles provoquant pour certains des difficultés de vie de toutes sortes et des affections psychiques assez graves ».

    Comment des non-dits, des problématiques non résolues ou des souffrances non-exprimées par des arrière arrière arrière, voire plus lointains encore, grands-parents ou même oncles et tantes, ressurgissent dans des problèmes parfois très lourds, et souvent dès l’enfance parmi leurs descendants.

    De prendre en considération l’aspect transgénérationnel dans la vie d’une famille et en explorant sa généalogie, son histoire et surtout ses secrets, ses silences, leur donnant ainsi la possibilité d’être formulés, permet des guérisons et résolutions de problèmes parfois assez spectaculaires, comme on pourra le voir au cours des très nombreux exemples présentés dans ce livre.

    « Le fantôme transgénérationnel est donc une structure psychique émotionnelle résultant d’un traumatisme. Il semble qu’elle soit “expulsée” par l’ancêtre qui n’a pas pu la métaboliser, la dépasser, la transcender. Certains auteurs parlent de “patate chaude”, je préfère évoquer l’image d’une “grenade dégoupillée” : elle peut être transmise de génération en génération sans faire de dégâts visibles jusqu’à ce qu’elle éclate sous la forme de phénomènes pathologiques incompréhensibles ».

    On comprendra d’autant plus la nécessité de briser les silences et d’exprimer le plus possible les choses, et surtout les plus douloureuses, afin de ne pas devenir à notre tour un fantôme pour les générations suivantes. Il n’en est pas fait mention dans cet ouvrage, mais on ne peut s’empêcher de regarder ainsi sous un autre angle le culte aux ancêtres des peuples traditionnels, dans lequel il y a sans aucun doute bien plus que de simples rituels archaïques et superstitieux.

    Cet ouvrage a donc pour objectif de faire connaître les résultats extrêmement positifs de la psychogénéalogie appliquée en psychanalyse, comme par exemple la déculpabilisation d’un individu qui peut se sentir seul face à des problématiques incompréhensibles, en le réinsérant dans une globalité familiale où chaque membre a pu avoir une part de responsabilité, même très éloignée dans le temps. La psychogénéalogie ouvre des pistes que beaucoup ignorent encore. Le danger serait de perdre de vue totalement le libre arbitre de chacun, de même que les traumas individuels du présent, et de considérer ces fantômes familiaux comme une fatalité à laquelle on ne pourrait jamais échapper, voire les seuls responsables de tous nos problèmes.

    « Il est donc important de pouvoir s’occuper des deux sortes de traumas : nos “traumas” personnels et ceux de nos ancêtres que nous portons en nous. Car sans cela, on s’aperçoit alors que ce qui résiste en nous est en fait ce qui ne nous appartient pas : tâche quasi impossible de guérir l’autre en soi sans même savoir qu’il s’agit d’un autre ! (…) Il s’agit alors de tenir compte tout autant d’un inconscient familial que d’un inconscient individuel : si les deux se superposent parfois ou se croisent, il importe tout de même de ne pas les confondre, sous peine de tomber dans des impasses thérapeutiques ».

    On peut voir par contre que le fait d’accepter de prendre en compte des liens psychiques et émotionnels qui unissent les membres d’une même famille sur plusieurs générations, sachant de plus que chaque enfant porte en lui deux branches familiales différentes, peut apporter un immense soulagement et ouvrir des voies d’évolution extrêmement positives.

    En dernière partie, l’auteur présente les vies mouvementées et dramatiques de Van Gogh, Rimbaud et Freud, donc sous cet angle transgénérationnel, et c’est particulièrement édifiant.

    Si on voit l’histoire familiale comme un fleuve, rarement tranquille d’ailleurs, on comprendra qu’en travaillant à la compréhension profonde de son parcours, quel que soit l’endroit d’où l’on travaille, pour améliorer la fluidité du courant, cela agira sur l’ensemble et tout particulièrement en aval.

     

    Cathy Garcia

     

    bruno clavier.jpgBruno Clavier est psychanalyste et psychologue clinicien. Il assure dans l’association du Jardin d’idées, créée par Didier Dumas et Danièle Flaumenbaum, une formation à la psychanalyse transgénérationnelle.

     

    Note publiée sur la http://www.lacauselitteraire.fr/