Anton Mauve (1838-1888) - Sur les dunes

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Les baraques bleues et vertes craquent dans le vent. L'herbe perlée de sel rêve de s'envoler. Il reste quelques collier de fées au ras des talus. (...)
(Marais de l'Ors, Île d'Oléron)
in Les herbes de safran, 2011

Et c'est comme un rasoir jouant avec la gorge, et c'est comme un canon glaçant la pommette. L'oppression cachée tisse une soumission qu'entretient fortement le faîte des réseaux.
in Tessons de vers après la casse

suivi de Corps interdit et de Bannière de colère
Illustrations de Corneille, Plasma éd., 1975
Dans le vent de mes os
Il y a l'aile de l’abîme
(...)
je connais l'imbécile heureux
il a du sang plein la tête
le sang des autres des inconnus
sa voix de papier journal
résonne en lugubres sentences
ses mains sculptent dans l'air
le château des lieux-communs
(...)
L'alcool dans ma tête crache mille minuscules soleils
qui vont se perdre du côté des zones obscures
Une araignée grignote l'ampoule du plafond
Un rat aux yeux amicaux cherche sa place
(...)
Nous n'habitons nulle part nous ne brisons de nos mains rouges de ressentiment que des squelettes de vent nous tournoyons dans un désert d'images diffusées par les invisibles ingénieurs du monde de la séparation permanente retranchés dans les organismes planétaires planificateurs infatigables du spectacle
nous ne sommes rien nous ne sommes qu'absence une brûlure qui ne cesse pas nous n'embrassons nulle bouche vraie nous parlons une langue de cendres nous touchons une réalité d'opérette
nous n'avons jamais rendez-vous avec nous-mêmes nous nous tâtons encore et toujours
nous errons dans un magma de signes froids nous traversons notre peau de fantôme
(...)
Il ne fait pas assez nuit sur la terre
de cette nuit où la terre monte telle un cœur aux lèvres de la femme-oracle
(...)
Un jour j'aurais mon Jour les grands sphinx de larmes se coucheront
à jamais rendus aux ordres du silence les épées parleront la langue des oiseaux
l'haleine des pommiers touchera mes lèvres en signe de connivence
(...)
mes doigts tambourinent la mort une musique douce presque émouvante sur le pelage d'octobre je sais qu'il me reste peu de lampes et quels périls circulent dans les ruelles mal famées de l'air
CORPS INTERDIT
(...)
je dessine sur les carreaux du vertige
les foules d'un exode sans terminaison
(...)
Tout le monde ignore qu'il n'y a pas de chauffeur dans la locomotive. Quand quelqu'un a la migraine, on lui administre un dépliant publicitaire et tout rentre dans l'ordre.



Fata Morgana, 2018
Illustrations de Pierre Albuisson.
Quelle aubaine pour les vivants qu’une planète terraquée ! Composée d’eau pour leur soif et d’humus à plantes vivrières, à racines et à fruits, sans compter l’air qu’ils respirent, mais du même coup, et plus spécialement pour l’homme, fournie de bassins, de fleuves navigables et d’un sol spacieux, solide, pour y bâtir de simples abris comme des édifices sophistiqués à l’extrême, propres à y conserver, à y développer presque indéfiniment le savoir, la puissance ou la beauté. Des hangars ouverts à toutes les richesses et qui en multiplient le présage.
Trois nouvelles réunies par l'auteur qui ont pour point commun le minéral : D’après Saturne, Arc-en-ciel pour la Melencolia et La sécheresse et qui annoncent en quelque sorte le livre absolument splendide sorti en 1987 chez Flammarion : L'écriture des pierres (Flamarion, 1987).

Le sublime est un départ
quelque chose de nous, au lieu
de nous suivre, prend son écart
pour s'habituer aux cieux.
in Chant éloigné




La Boucherie Littéraire, 2019
Dans la buanderie il y a
un brouillard d'âme
ça monte des lessiveuses
on nous donne des remords de savon
il faut faire avec
j'entends les brosses
arracher les souvenirs de peau
(...)
Parfois il neige dans ma mémoire
Il neige du sel sur ma langue
quand je crie dans la nuit
(...)
On me donne des barbituriques
pour oublier le petit corps d'os et de ténèbres
(...)
Mon cœur me lance
les murmures qui me viennent
sous la peau
ça tourne en fièvre
(...)
Dans la galerie des femmes
je marche à pas de louve tarie
mes épaules sous le poids
de la joie défaite
(...)
Les cris laissent des traces
sur les poignets
là où la corde a serré
Les jours de cris
la peau est à vif
rouge d'effroi
ma soif aussi
à vif
(...)
Les jours de lessive
mon corps s'égoutte
pendant des heures
(...)
C'est l'heure des vêpres
à l'office des femmes
Il y a leurs dos courbés
leurs prières en bouche
La faim toujours
le jour
à genoux
(...)
Maintenant
dans ma bouche
un silence d'argile
Je me suis fait terre
