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13/10/2013

Lucia Bianchi

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Encore une fois, s’accrocher. A quoi ?

 

L’amour ne se partage pas. Le sexe est égoïste. Il nous est toujours demandé beaucoup plus que ce que l’on a. On finit par s’arracher lambeaux de peaux, morceaux de chair, de poumons, de cœur. Ne serions-nous que des trous noirs déguisés de viande ? Je cherche, creuse, malaxe mon ventre, m’essore jusqu’à la moelle et cherche sans repos.

 

Je cherche et constate, impuissante. Ne plus savoir les cycles, se savoir si démunis.

 

Je vois, je sens, me méprends. M’éprends ? S’éprendre et ne plus comprendre. Lâcher le mental, descendre dans l’émotion. Perdre sa vie à tenter un impossible compromis. Ce champ de guerre où tous les coups frappent deux fois.

 

Un frisson me parcourt, me désole de moi-même et de la vanité. Je n’ai pas les clés de mes rêves. Je coince et barbote.

 

 

Cg in Celle qui manque (Asphodèle, 2011)

Phil Mcdarby

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TERRE DU QUERCY

 

Que m’as-tu fait terre, terre de chênes, m’aurais-tu enchainée ?

Envoûtée à tes sources secrètes, ton sol osseux, tes bras de genièvre ?

Tu m’offres ta couche de pelouse sèche où se pressent pelures d’univers,

Mondes miniatures enchanteurs et cruels.

Que m’as-tu fait terre du Quercy ?

Des racines me poussent, je me noie dans ton ciel.

Les oiseaux me parlent et je capte la langue nomade des nuages

Sans même plus avoir le désir de les suivre.

Que m’as-tu fait ? Agenouillée dans ton hiver,

Je guette avide tes premières érections printanières, tes orchis clitoris.

Qu’as-tu fait terre pour que je me sente si ancienne 

Entre la rose chienne et les sortilèges du chèvrefeuille ?

J’arpente tes courbes et tu me découvre les secrets de ton causse.

Me rendras-tu fertile et profonde comme l’échancrure de tes combes et vallées ?

Te joues-tu de moi pour que je me sente reine avec des bois sur la tête ?

M’enverras-tu tes chasseurs ? La bête se cache

Et je deviens ta bête, ô terre du Quercy.

J’entends rire les arbres et pleurer aussi.

Et tout leur travail d’arbre.

Les écorces me dévoilent

Le trésor de leur art, ma chevelure s’emmêle

De lichen et de mousse.

Plus de sept ans que tu me tiens sous tes charmes,

Pays d’Avalon d’Occitanie.

Tes pierres, tes eaux, parlent plus que les hommes.

Tu m’apprends ça aussi, à me taire, terre du Quercy.

Tes galets remplissent mes poches,

Tes branches, tes racines rampent jusqu’à ma porte.

Que veux-tu ? Que je sois chêne parmi les chênes,

Que j’y perde ainsi mes chaînes d’humanité ?

Ou bien m’acceptes-tu jardinière, poète, contemplatrice ?

Terre du Quercy, je sais qu’autrefois tu as connu bien plus de vie.

Aujourd’hui sur ta peau broussailleuse ce sont les pèlerins

et autres amoureux des chemins qui te caressent.

Certains peut être te font même l’amour.

Terre de beauté, prends-moi encore contre ton sein,

Que j’y sente couler la sève des rêves.

 

Cg 2009

 

 

12/10/2013

l'oeil & la plume : à la loupe tout est rituel (extrait 1)

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texte de cathy garcia                                                                                                                      collage  jlmi  2013

 

 

Il nous faut changer de cap, lâcher du lest, faire face aux vraies peurs masquées par les fausses, les peurs conformes, les peurs induites, celles qu’il est bon d’avoir même si on ne les a pas. Il nous faut embarquer vers l’inconnu, sans rives, sans repère. Ne rien projeter, ne rien regretter, s’ouvrir à l’espace infini de l’instant, desserrer les vis, libérer, par le souffle paisible, nos viscères, admettre que l’on ne sait rien de l’amour.

Je frotte mes ailes de cigale, ventre contre terre, fesses solaires. J’ai tellement retourné les mots en tous sens, goûté leurs chairs, sucé leurs os, il y en a peu finalement qui apaisent ma faim. Je cherche l’au-delà des mots, la sensation pure, violente parfois, une pénétration totale par ce que certain nomme le divin. Un vide en moi, immense, qui provoque un appel d’air. En moi, tournoient le cosmos et toutes ses galaxies, je suis absolument et invraisemblablement creuse à l’intérieur.

Les mots fuient de toutes parts, explosent, se dispersent, se reforment. Un creuset d’énergie où je disparais, ne faisant plus qu’un avec ce vertige de l’indicible. Alors, décider ? Mais décider de quoi ? Je m’ouvre et ne peux rien décider. Seulement accueillir.

 

Mis en ligne sur http://jlmi22.hautetfort.com/

11/10/2013

Linda Silja

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LE FLEUVE

 

Chaloupe fervente

Rythme frappé

Aux flancs du monde

 

Le sinueux

A clochettes

A crécelles

Se glisse

S’entrelace

Trace des signes

De sable

 

Fumée peau tendue

Curieuses résonances

Pulsations

Pantomime sauvage

Des oiseaux de bois

 

Eclats de forêt

Vortex piqués de vertige

Echelle des sons

Aspiration

Siffle la tête l’onde

Les jambes qui la fendent

 

La voix du vieil homme

Ulule une sève de rêve

Fait danser les écorces

 

Le feu empoigne le cœur

Forge visages sourires

Que l’on croit reconnaître

 

Cercles humains tissés

Sans commencement ni fin

Entrelacs de serpents

Souffle femelle

 

Poison initiatique

La dissolution des frontières

Réveille les passes des sorciers

Affole la cadence des luttes

 

Du vagin de la terre

Monte la voix barbare

Aux mamelles innombrables

Montent les aigreurs les misères

Le sang tant et trop versé

Montent les peurs les viscères

Les espoirs décomposés

 

Sentir soudain

La force du courant

Aux rives du monde

 

 

cg n Mystica perdita, 2009

(Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique 2010)

 

 

 

 

Lim Theng Hoon (Malaisie) - 1953

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PLANÈTE ALLUMETTE

 

Je l’aimais d’un amour audacieux, paisible, risible. Je m’en lave les yeux, le cœur, les oreilles et je pars, ivre folle dans les vastes et vertes prairies. Je deviens vache et je broute les étoiles, je deviens ver et un oiseau m’avale. Je deviens fiente, riche fiente pour participer au monde pleinement, le nourrir de mon être, mon existence, mon amalgame. Je deviens âme. Âme enchaînée à la ronde. Ronde planète. Petite allumette à rouge tête.

Qui sera assez fou ? Assez fou pour l’allumer ?

Assez fou pour noyer le poisson et lancer l’oiseau par la fenêtre ?

Les chiens aboieront toujours et toujours les hommes leur diront « ta gueule ! ».

La planète roule sous nos doigts, change de couleur. Petite allumette cramée… Plus d’allumette, plus de planète pour rêver !

 

16 janvier 2002 – 18h40

In Trans(e)fusées

Jean-Louis Millet - Les méduses, 2013

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Un dieu tremblant a soupiré et les conques ont soufflé sur ses rides. Le calme est revenu, limpide, et avec lui les ballets d'opalines. Un par un, les joyaux translucides se sont allumés, balisant le chemin des ombres diaphanes. L'ancien dieu s'est assoupi et un nouveau berce l'horizon. Des poissons d'or filent entre ses doigts pour aller chatouiller les rêves des méduses.

 

Cg in Le rêve du trident

(Fragments de tout et de rien, Clapas 2001 et Gris Feu, ACD 2003)

 

 

 

10/10/2013

Vincent van Gogh - Winter Garden, 1884

Vincent van Gogh(Dutch, 1853–1890)Winter Garden 1884 .jpg

 

Dans la chambre d’automne

Il nous faudra démêler les sentiments

Et les linges souillés

Le pelage et les ronces

 

cg in Mordre le temps de mort

 

Lia G - Série Belleza inquietante

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La poésie n’habite pas dans les mots.  La poésie est sans mot fixe.

Elle erre seule, maudite et folle, sage flamme.

 

La poésie si vous n’y prenez garde contamine chaque cellule, parcelle,  seconde de votre vie. C’est la mystique universelle du gluant obscur au blanc pur, elle a la densité de la pierre, la fulgurance d’un ange.

 

Cg in Chroniques du hamac, 2008

 

 

 

 

Lev Baghramyan

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Par les nuits sans lune

Dans l'église en ruines

Les lanceuses de runes

Consultent les ombres

Lisent dans la pierre

Le destin des hommes

  

cg 1993

in Futhark

 

 

06/10/2013

Victoria Semykina

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Je funambule sur le tranchant du Réel en exil perpétuel.

 

Naufrage en terre-ciel. L’échelle et le sceau du rapace.

 

L’affront et l’envol.

 

 

 

Ailleurs.                                               Ailleurs.

 

 

 

 

cg in Fugitive (à paraître chez Cardère en février 2014)

 

 

 

 

 

05/10/2013

Alain Layrac (laylacarina) - Hirrade - 2008

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Sur l’iris de la mer ses moutons frémissants

qui débordent des gouffres de faïence ébréchée

Les pierres les oiseaux les alcôves sous le vaste ciel saturé de nos fumées

de nos rires

Les sphères de lune brume l’ample trajectoire des plumes

La paume des nomades berceaux des fugues chiennes

Sur le miroir de nos transes

Piste nue des désirs intenses

 

Bleu

Si bleu

Grand

Disparaître

 

 

cg in Mystica perdita, 2009

(Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique 2010)

 

Victor Brauner - The Palladist, 1943

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L’argile au feu a éclaté, le sang en bouillon a coulé.

 

L’homme abattu s’est mis à ramper. Son empreinte n’est pas lisse comme celle du serpent. La chair exposée aux rayonnements, aux radiations a noirci. La peau depuis longtemps est tombée en lambeaux de pluie, en parchemins, en poussières. Le verbe a été effacé des mémoires. La mémoire n’est plus qu’une passoire, elle n’est plus que le trou par où filent les étoiles.

Fumigènes, effraction, sentier. Voir derrière les choses, lire derrière les mots, entendre les sons entre les sons.

 

cg in Chroniques du hamac, 2008

 

 

Larry Wiese - California, 2011

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L’enseignement est rude. Je cherche un fil qui aurait lâché.

Quel étrange vaisseau sommes-nous donc ?

 

J’entends à nouveau les sirènes du voyage. Je raccommode la réalité, m’évade maladroitement. Issues spectrales. Je tisse doucement, tranquillement, le cocon perpétuel.

 

N’importe quelle drogue est un substitut de l’Autre

et alors le rêve laisse place aux bouillies.

 

 

cg in Celle qui manque (Asphodèle, 2011)

 

 

 

04/10/2013

Agnieszka Motyka

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 MA THÉMATIQUE


sur l’abscisse désordonnée de mes amours
j’ai posé
la circonférence
d’une lune pleine

sur les sinuosités de ma sauvagerie
j’ai lâché des aigles
brûlants
et aimé sentir ma chair
se détacher
par petits bouts

sur mes désirs parallèles
j’ai tendu des ponts
des passerelles instinctives
pour attirer la foudre
balafrer la plénitude
de mes courbes peut-être trop
maternelles

l’oiseau de nuit
s’acharne à prévenir
qui n’a pas d’oreilles
qui ne veut pas en avoir

effeuillage

un peu beaucoup
passionnément
pas du tout
je t’aime
veut tout
et rien
dire

 

Cg in Salines, 2008

(Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique 2010)

 

 

 

 

 

 

 

 

03/10/2013

Van Chu - Dragons

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OBSCURANTIQUE

 

Un embryon de soleil

Cherche son or

Son chemin d’écailles

 

Douce infibulation

D’absence

Tout est blanc

Trop blanc

 

Insomnies du sang

Dans la chair des songes

Dorsales du dragon

Dans la nacre des veines

 

Nos plus vieilles racines savent

La lente rotation des miroirs travestis

 

La trace des loups

Sur la cendre froide

Le tremblement bleu

Des ficelles

 

Et nos ergots s’empourprent

Aux flancs percés du monde

Quand se déchire enfin

Le corps embaumé du sens

 

 cg in Mystica perdita, 2009

in Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique, 2010