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24/11/2013

Mikko Lagerstedt

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Que devient le monde livré à de vieux enfants qui ne rêvent que de téter aux mamelles de la jeunesse éternelle ? Larves confites dans du sucre à la violette synthétique. Leurs inquiétudes remplissent les supermarchés. Toutes ces courses et consommations illimitées n’ont aucun sens. Gesticulations ridicules, drôles si on veut, mais si peu. Pardonnez-moi si je préfère la compagnie d’un arbre, d’un enfant, d’une fleur, d’une bête, à celle des rayons fringues, lessives ou yaourts. Je n’ai jamais rien compris à cet amour là. Juste un trou de plus à la surface d’une lune égarée dans un système en carton-pâte, à combler de guimauve, de mensonges, d’artifices, d’articles en tout genre. Se faire sucer jusqu’à la moelle et sans aucun plaisir, à peine un mal de tête, de tuyaux enchevêtrés. Jeu des illusions, kaléidoscope enivrant. Une rengaine si usée, pourtant.

 

Cg, 2009 

in Qué wonderful monde (Nouveaux délits 2012 - coll. Les Délits Vrais n°1)

 

 

Michael Ticcino - Tendrils of time

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23/11/2013

Mikaylah Bowman

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vapeur

la traversée l’entre-deux mondes  

 je sens la force qui émane

des anciens sillons

je sens la chaleur des entrailles

la rougeur organique

les flux de la peur

et du désir qui tressaute

 

cg in Salines, 2008

 

 

 

Mikaylah Bowman

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A LA POINTE DE L'ÉCORCHURE

 

dégouliner

face obscure

enrager jusqu'à plus soif

la fureur bat les flancs

met les cafards à gésir

crache à mots drus

de gluantes folies

 

 l’œil 

reste pendu

à l'insomnie

 

in Mon collier de sel

 

 

 

Golnaz Fathi

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Rouge j’ai vu les flambeaux veines à ma bouche

si vive à dévorer l’aréole du ciel

J’ai vu les vagues les poissons les bâtiments crasses

Les amanites de tôle les balles fleurs les écornures

Les langues perforées sur des morceaux de soleil

J’ai vu les boursouflures colliers de perles rares sur la terre mûre

 

 

in Bleu écarlate

Mystica perdita, 2009

 

 

 

Elisabetta Diamanti

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Les pissenlits en graines, réfractaires aux vœux, nous manquons de souffle. Se séparer. Être dans l’instant d’un bourdonnement qui passe, faire taire les pensées, l’espoir, le désespoir. Se séparer. Arrêter les pensées ? Impossible ! Elles tournent, tournent, infernal manège, on n’en veut pas, on n’en veut, à l’autre. Un bourdon sur ma peau, doux, mais aussitôt la peur, ancestrale peut-être, de la piqûre.

 

cg in A la loupe, tout est rituel

 

 

 

 

 

Mikio Watanabe

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J’apprends la tranquillité du chat et reçoit l’assourdissant bruissement de tout ce qui m’entoure. Chante l’oiseau, à me tourner la tête d’un bonheur toujours plus fou, à me faire juter l’âme. Des pans entiers d’armure étriquée qui s’effondrent, étriquée et ridicule. J’avance, féline, toujours plus nue, toujours plus libre. Le monde est dense, moelleux et la végétation est un champ de louanges. Les coutures ont craqué, les masques, les camisoles, les obligations factices ont fondu comme cubes de glace sous des cascades de feu, comme voleront ces mots à la prochaine tempête…

 

 

cg in A la loupe, tout est rituel

 

 

 

 

 

 

Mikio Watanabe - Equilibre - 2006

 

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Respirer, ne pas perdre cette joie paisible, cet équilibre retrouvé depuis le début de l’été. Respirer, comme les arbres, encore verts. Finalement, l’automne pourrait bien être doux et ce serait tant mieux. Nous avons besoin de douceur.

 

cg in A la loupe, tout est rituel

 

 

 

 

 

 

 

Mick Payton et Sexe de Pan

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SEXE DE PAN

 

 

deux étoiles ont filé

dans la nuit belle

douces fièvres herbacées

ou peut-être mélodie

d’un prélude à la folie

 

 

trouvé à mes pieds

chez un ami

un ami ?

un phallus

de bois noir

dans son étui d’écorce

 

 

moi

jetée au ciel

en attente toujours

de jaillissement

ce qui n’empêche…

 

 

j’aime à fleurir

clandestinement

m’ouvrir à des nuits étoilées de plaisir

éclater sous la brûlure d’un soleil mâle

 

 

perles d’ombres

sous les paupières

dans mon creuset

mélanges ardents

 

 

je pense à toi virtuose

de ma sensualité débridée

 

 ces façons intimes d’allumer le feu

réchauffer la vie

nous appartiennent

 

 

ma bouche gorgée de ta bouche

de ton oiseau sexe palpitant phare de fièvre

de nos cabotages nocturnes 

 

tu es parfum d’humanité un mâle de mon espèce

et tu tiens entre doigts et langue des bouquets d’étoiles

à jouir  

je grésille ne suis que source épanchée

et mon cœur anémone

se déborde à tous vents

 

ne sent pas le danger

seulement l’ivresse de la chute

sans aucune autre limite

 

que nos faiblesses

humaines.

 

 

 

cg in Salines

(in Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique 2010)

 

 

 

22/11/2013

Mike Goldwater - Dark monsoon clouds gather over the Envira River in Acre Province, Brésilil

mike goldwater Dark monsoon clouds gather over the Envira River in Acre Province, Brazil.jpg

 

LE FLEUVE

 

Chaloupe fervente

Rythme frappé

Aux flancs du monde

 

Le sinueux

A clochettes

A crécelles

Se glisse

S’entrelace

Trace des signes

De sable

 

Fumée peau tendue

Curieuses résonances

Pulsations

Pantomime sauvage

Des oiseaux de bois

 

Eclats de forêt

Vortex piqués de vertige

Echelle des sons

Aspiration

Siffle la tête l’onde

Les jambes qui la fendent

 

La voix du vieil homme

Ulule une sève de rêve

Fait danser les écorces

 

Le feu empoigne le cœur

Forge visages sourires

Que l’on croit reconnaître

 

Cercles humains tissés

Sans commencement ni fin

Entrelacs de serpents

Souffle femelle

 

Poison initiatique

La dissolution des frontières

Réveille les passes des sorciers

Affole la cadence des luttes

 

Du vagin de la terre

Monte la voix barbare

Aux mamelles innombrables

Montent les aigreurs les misères

Le sang tant et trop versé

Montent les peurs les viscères

Les espoirs décomposés

 

Sentir soudain

La force du courant

Aux rives du monde.

 

 

cg in Mystica perdita, 2009

in Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique, 2010

 

 

Michal Mozolewski et Créature

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CRÉATURE

 

Une poésie s’écoule

Se déploie se hérisse

 

Entre tes doigts elle naît 

Laisse-la faire s’affoler 

 

Aurais-tu peur qu’elle déborde

La  furibonde

T’arrache le mors aux dents ?

 

Infiniment grande

Si petite

 

Avec quoi caressera-t-elle

ta peau?

 

 

 

cg in Mystica perdita, 2009

(in Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique, 2010)

 

 

 

 

 

Michal Mozolewski

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ON SE DEMANDE

 

 Tant de vies breloquées

 Mémoires éclipsées crânes fendus

 par tremblements de guerre

 

 Visqueuses coulures

 Sperme belliqueux

 Ovules avides

 

 Une marée de fureur de haine

 brûle l’écorce du monde

   et on se demande pourquoi

   

Pourquoi ce trou

 ce vertige cette nausée 

   On se demande qui

 dans le miroir

 de nous ou de lui ?

 

 Et on voudrait siffler

 la source

Recracher les gorgones

 pour se pleuvoir nu

 jusqu'au néant. 

 

 

Cg in Mystica perdita, 2009

(in Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique 2010)

 

 

 

 

 

 

Laura Burlton

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Poésie, langue noire  et chatoyante de la gitanerie. Fragilité, espièglerie, obsession de la mort, qu’en est-il du dosage andalou dans mon sang ? « Tu es seul et seul tu vivras », le bel héritage. Si vrai pourtant. Tener ángel ou tener duende ? La grâce céleste ou le noir pouvoir, caché au fond de nos entrailles ? Celui qui brûle les sangs, comme l’écrivait Llorca. L’ange descend sur nous, le duende remonte à la gorge, en connivence avec la mort intruse.

 

cg in A la loupe tout est rituel

 

 

 

 

 

Peter McCabe - Sinead

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Retour au silence, oiseau, ombre, pain, ombelle, soir, sorcier. À la brise qui joue du carillon japonais, sol jonché de feuilles déjà mortes, encore un peu d’eau pour le corps, de nudité pour l’esprit, de plénitude pour l’âme. Tout mûrit pour arriver à son terme, l’avenir du monde est aussi sombre, que le mien à cette heure me semble lumineux. Vivre le présent, savourer le rouge éclatant de la capucine, cette douceur de septembre, ponctuée des premiers glands qui se jettent dans le vide. Appelés par la terre qui les fera arbres.

 

cg in A la loupe, tout est rituel

 

 

 

 

 

Michel Lagarde - L'homme aux serpents - 2008

Michel Lagarde L'homme aux serpents from Cote d'azur 2008.jpg

 

LE CIRQUE !

 

 Sous la toile coquelicot délavé du grand chapiteau, Matefaim et Matesoif balaient la piste, l’île de copeaux. Le spectacle va bientôt commencer.

 

 « Mesdames et Messieurs, approchez ! Approchez ! Venez, venez ! Venez voir les cingleurs d’étoiles sur leurs hippocampes échevelés, venez  frémir devant les terribles montreurs d’oursins ! Venez pleurer de rire avec la course en sac des crocodiles ! Venez transpirer avec les accroballadins, les trapézistes, les hexagonistes et même quelques cubistes emboîtés ! Allez, allez ! Le saut de la mort, mesdames et messieurs, sans trucage, pour vous, rien que pour vous, le cercueil est déjà prêt ! 

 

Allez, allez approchez ! Venez mourir de rire avec les clowns sans nez ! Osez, osez vous confronter à la séduisante Ivoire, la monteuse d’éléphantasmes, garantis sans défense. Approchez, approchez ! Venez tremblez avec Noël, le dompteur de faux-vœux, armé de son fouet en chocolat ! Vos désirs les plus crémeux sont les bienvenus.

 

A minuit frappante le magicien Capable enfoncera le clou de la soirée dans un infernordinaincroyablissime numéro de gamme damnée !

 

Tout ça pour vos grands yeux, mesdames et messieurs, vos grands yeux ébahis que vous ne manquerez pas de laisser en sortant, dans la corbeille prévu à cet effet…

 

Allez approchez, approchez, entrez, entrez, mesdames et messieurs !

Le spectacle va comment c’est déjà ?  Ah oui ! le cirque ! »

 

 

cg 2004

in Trans(e)fusée