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MES LECTURES

  • Gaston Miron (1928-1996) - L'homme rapaillé

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    Première édition parue en 1970

    aux Presses de l'Université de Montréal

    Gallimard éd., 1999

     

     

     

    CHANSON



    Cortège des semaines

    les voix qui chantent faux

    le jargon de nos peines

    les amours mécanos

    (...)





    PETITE SUITE EN LEST



    Jadis

    enfant

    mon poing révolté

    a bondi dans l'espace

    il a sifflé dans les arc-en-ciel



    aérolithe

    l'ai retrouvé ce matin

    ne sais plus dans quelle plaine

    (...)





    CE MONDE SANS ISSUE



    Pleure un peu, pleure ta tête, ta tête de vie

    dans le feu des épées de vent dans tes cheveux

    parmi les éclats sourds de béton sur tes parois

    (...)

    que je meure ici au cœur de la cible

    au cœur des hommes et des horaires

    car il n'y a plus un seul endroit

    de la chair de solitude qui ne soit meurtri

    même les mots que j'invente

    ont leur petite aigrette de chair bleuie

    (...)



     

    DÉCLARATION



    (...)

    je n'ai pas eu de chance dans la baraque de ma vie

    je n'ai connu que de faux aveux de biais le pire

    je veux abdiquer jusqu'à la corde usée de l'âme

    je veux perdre la mémoire à fond d'écrou

    (...)





    LA ROUTE QUE NOUS SUIVONS



    (...)

    au nord du monde nous pensions être à l'abri

    loin des carnages de peuples

    de ces malheurs de partout qui font la chronique

    de ces choses ailleurs qui n'arrivent qu'aux autres

    (...)

    nous ne serons plus jamais des hommes

    si nos yeux se vident de leur mémoire

    (...)

    venez tous ceux qui oscillent à l'ancre des soirs

    levons nos visages de terre cuite et nos mains

    de cuir repoussé burinés d'histoire et de travaux



    nous avançons nous avançons le front comme un delta

    (...)

    et à force d'avoir pris en haine toutes les servitudes

    nous serons devenus des bêtes féroces de l'espoir





    PLUS BELLE QUE LES LARMES



    Jeune fille plus belle que les larmes

    qui ont coulé plus qu'averses d'avril

    beaux yeux aux ondes de martin-pêcheur

    où passaient les longs-courriers de mes désirs

    mémoire, ô colombe dans l'espace du cœur

    mes mains sont au fuseau des songes éteints

    je me souviens de sa hanche de navire

    je me souviens de ses épis de frissons

    et sur mes fêtes et mes désastres

    je te salue toi la plus belle

    et je chante





    LA MARCHE À L'AMOUR



    Tu as les yeux pers des champs de rosées

    tu as des yeux d'aventures et d'années-lumière

    la douceur du fond des brises au mois de mai

    (...)

    tu viendras tout ensoleillée d'existence

    la bouche envahie par la fraîcheur des herbes

    le corps mûri par les jardins oubliés

    où tes seins sont devenus des envoûtements

    tu te lèves, tu es l'aube dans mes bras

    où tu changes comme les saisons

    je te prendrai marcheur d'un pays d'haleine

    à bout de misères et à bout de démesures

    (...)

    et contre tout ce qui me rend absent et douloureux

    par le mince regard qui me reste au fond du froid

    j'affirme ô mon amour que tu existes

    je corrige notre vie

    (...)

    nous n'irons plus mourir de langueur

    à des milles de distance dans nos rêves bourrasques

    des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres

    les épaules baignées de vol de mouettes

    non

    j'irai te chercher nous vivrons sur la terre

    la détresse n'est pas incurable qui fait de moi

    une épave de dérision, un ballon d'indécence

    un pitre aux larmes d'étincelles et de lésions

    profondes

    frappe l'air et le feu de mes soifs

    coule-moi dans tes mains de ciel de soie

    la tête la première pour ne plus revenir

    si ce n'est pour remonter debout à ton flanc

    nouveau venu de l'amour du monde

    constelle-moi de ton corps de voie lactée

    même si j'ai fait de ma vie dans un plongeon

    une sorte de marais, une espèce de rage noire

    (...)

    toi tu as la tête d'abîme douce n'est-ce-pas

    la nuit de saule dans tes cheveux

    un visage enneigé de hasards et de fruits

    un regard entretenu de sources cachées

    et mille chants d'insectes dans tes veines

    et mille pluie de pétales dans tes caresses

    (...)

    puis les années m'emportent sens dessus dessous

    je m'en vais en délabre au bout de mon rouleau

    (...)

    je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi

    lentement je m'affale de tout mon long dans l'âme

    je marche à toi, je titube à toi, je bois

    à la gourde vide du sens de la vie





    LE DAMNED CANUCK



    Nous sommes nombreux silencieux raboteux rabotés

    dans les brouillards de chagrins crus

    à la peine à piquer du nez dans la souche des misères

    (...)

    ô nous pris de gel et d'extrême lassitude

    (...)

    au monde la poignée de porte arrachée





    SÉQUENCES



    (...)

    je traverse des jours de miettes de pain

    la nuit couleur de vin dans les caves

    je traverse le cercle de l'ennui perroquet

    dans la ville il faut les yeux des chiens malades

    (...)

    Les bulles du délire les couleurs débraillées

    le mutisme des bêtes dans les nœuds du bois

    du chiendent d'histoire depuis deux siècles

    et me voici

    sortant des craques des fentes des soupiraux

    (...)

    j'ai mal à la mémoire car je n'ai pas de mémoire

    dans la pâleur de vivre et la moire des neiges

    je radote à l'envers je chambranle dans les portes

    je fais peur avec ma voix les moignons de ma voix

    (...)





    HÉRITAGE DE LA TRISTESSE



    (...)

    il attend, prostré, il ne sait plus quelle rédemption

    parmi les paysages qui marchent en son immobilité

    parmi ses haillons de silence aux iris de mourant

    il a toujours ce sourire échoué du pauvre avenir avili

    il est toujours à sabrer avec les pagaies de l'ombre

    l'horizon devant lui recule en avalanches de promesses



    démuni, il ne connaît qu'un espoir de terrain vague

    qu'un froid de jonc parlant avec le froid de ses os

    le malaise de la rouille, l'à-vif, les nerfs, le nu

    dans son large dos pâle les coups de couteaux cuits

    il vous regarde, exploité, du fond des carrières

    (...)

    n'en pouvant plus y perd à jamais la mémoire d'homme

    (...)





    LA BRAISE ET L'HUMUS



    (...)

    je suis malheureux plein ma carrure, je saccage

    la rage que je suis, l'amertume que je suis

    avec ce bœuf de douleurs qui souffle dans mes côtes

    (...)



    MONOLOGUES DE L’ALIÉNATION DÉLIRANTE



    (...)

    salut à la saumure d'homme



    à partir de la blanche agonie de père en fils

    à la consigne de la chair et des âmes

    à tous je me lie

    jusqu'à l'état de détritus s'il le faut

    dans la résistance

    à l'amère décomposition viscérale et ethnique

    de la mort des peuples drainés

    où la mort n'est n'est même plus la mort de quelqu'un





    LES ANNÉES DE DÉRÉLICTION

    recours didactique



    (...)

    je vais parmi des avalanches de fantômes

    je suis mon hors-de-moi et mon envers

    nous sommes cernés par les hululements proches

    des déraisons, des maléfices et des homicides



    je vais, quelques-uns sont toujours réels

    lucides comme la grande aile brûlante de l'horizon

    faisant sonner leur amour tocsin dans le malheur

    une souffrance concrète, une interrogation totale





    L'AMOUR ET LE MILITANT



    Chaque jour je m'enfonce dans ton corps

    et le soleil vient bruire dans mes veines

    mes bras enlacent ta nudité sans rivages

    où je déferle pareil à l'espace sans bords

    (...)

    amour, sauvage amour de mon sang dans l'ombre

    mouvant visage du vent dans les broussailles

    femme, il me faut t'aimer femme de mon âge

    comme le temps précieux et blond du sablier





    ALIÉNATION DÉLIRANTE

    recours didactique



    (...) alors tout finit par chambranler autour de toi puis c'est la grande rasade la grande débarque la grande galope la grande toupie la grande tombée dans les pâmes de l’irrationnel tu marches tu vires (...)

    (...) et tu vois l'Homme et tu vois la Personne Humaine et tu vois ses Attributs universels et tu vois la Culture indépendamment des accidents ethniques géographiques ou religieux (...)





    NOTES SUR LE NON-POÈME ET LE POÈME



    (...) Et c'est ainsi depuis des générations que me désintègre en ombelles soufflées dans la vacuité de mon esprit, tandis qu'un soleil blanc de neige vient tournoyer dans mes yeux de blanche nuit.



     

    APRÈS ET PLUS TARD



    (...)

    toute la pluie se rassemble sur mes épaules

    la tristesse du monde luit lasse et très basse

    mais toi passion des hautes flammes dans mes genoux

    tu me ravages comme les tourmentes des forêts rageuses

    et parfois je me traîne et parfois je rafale...

    (...)





    L'OMBRE DE L'OMBRE



    (...)

    la mort la mort acétylène en fanaux de nuit

    un matin d'obus lilas

    une fraîcheur d'éclair et de truite mouchetée

    la mort au cri de girouette dans la gorge

    la mort elle ne pèse que l'ombre de l'ombre





    FRAGMENT DE LA VALLÉE



    (...)

    diamantaire clarté

    les échos comme des oiseaux cachés



    sur tes pentes hirsutes

    la courbure séculaire des hommes

    contre la face empierrée des printemps montagneux



    je me défais à leur encontre

    de la longue lente prostration des pères

    (...)



     

    LE VIEIL OSSIAN



    (...)

    il fait nuit dans la neige même

    les maisons voyagent chacune pour soi

     

     

  • Colette - La naissance du jour

     

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    Flammarion 1928 pour le texte

    1984 pour l'édition

     

     

     

    Aurais-je atteint ici ce que l'on ne recommence point ? Tout est ressemblant aux premières années de ma vie, et je reconnais peu à peu, au rétrécissement du domaine rural, aux chats, à la chienne vieillie, à l'émerveillement, à une sérénité dont je sens de loin le souffle – miséricordieuse humidité, promesse de pluie réparatrice suspendue sur ma vie encore orageuse – je reconnais le chemin du retour.

     

    (...)

    Une des grandes banalités de l'existence, l'amour, se retire de la mienne. L'instinct maternel est une autre grande banalité. Sortis de là, nous nous apercevons que tout le reste est gai, varié, nombreux. Mais on ne sort pas de là quand, ni comme on veut.

     

    (...)

    À son sens, j'avais passé déjà ce qu'elle nomma « le pire dans la vie d'une femme : le premier homme ». On ne meurt que de celui-là, après lequel la vie conjugale – ou sa contrefaçon – devient une carrière. Une carrière, parfois une bureaucratie, dont rien ne nous distrait ni ne nous relève (...)

     

    (...)
    « Il n'est vendange que d'automne... »
    Peut-être qu'en amour aussi. Quelle saison pour le dévouement sensuel, quelle trêve dans la suite monotone des luttes d'égal à égal, quelle halte alors sur un sommet où se baisent deux versants ! Il n'est vendange que d'automne, – une bouche où persiste, en figure de larme séchée, la goutte violâtre d'un suc qui n'était pas encore le vrai vin, garde le privilège de crier. Vendange, joie précipitée, urgence de mener au pressoir, en un seul jour, raisin mûr et verjus ensemble, rythme qui laisse loin la large cadence rêveuse des moissons, plaisir plus rouge que les autres plaisirs, chants, criaillerie enivrée, – puis silence, retraite, sommeil du vin neuf cloîtré, devenu intangible, retiré des mains tâchées qui, miséricordieusement, le violentèrent...
    (...) Je replie un grand cœur flottant, vidé de ses trois ou quatre prodiges. Qu'il a bien battu et combattu ! Là... là... cœur... là... doucement... reposons-nous.

     

    (...)

    Dans l'éloignement, laissons décroître l'époque de ma vie qui m'a vue penchant d'un seul côté, comme ces allégories de source que leur chevelure d'eau couche et entraîne. C'est vrai que je me versais sans compter, du moins je le le croyais.

     

    (...)

    On n'aime pas à la fois les bêtes et les hommes. Je deviens de jour en jour suspecte à mes semblables. Mais s'ils étaient mes semblables, je ne leur serais pas suspecte...

     

    (...)

    L'homme a de quoi reculer, devant la créature qui opte pour la bête et qui sourit, forte d'une affreuse innocence. « Ta monstrueuse simplicité... Ta douceur pleine de ténèbres »

     

    (...)

    Je n'ai plus envie de me marier avec personne, mais je rêve encore que j'épouse un très grand chat.

    (...)

     

    Une capiteuse odeur de sang d'oiseau, d'herbe foulée et de grenier chaud la suit, et sa mère s'écarte d'elle comme d'un renard.

     

     

  • Alain Marc Guillaume - "I remember Clifford"

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    aérolithe éditions, 2024

     

     

    voyou soleil qui te siffle à la cynique
    te chiquenaude l'allumette
    après avoir enflammé son cigare
    et haussé ses épaules de boss

     

    (...)

    étagère placards armoires
    de paperasses godasses
    chiffons médocs périmés
    ai fermé de leurs cordelettes jaunes
    trois sacs poubelles noirs
    d'un noir luisant flippant
    bien serrés au cou

     

    (...)

    combien poèmes filent
    carrent en éclairs
    vous échappent
    comme le petit cul bondissant de mon chat
    qui esquive la caresse

    ah les morveux !

     

    (...)

    mais c'est tellement ténu
    fragile un éclat de souvenir
    une minute l'autre on est dans l'éclair
    puis c'est fini
    on disparaît

    oui bien fragile
    bien minuscule
    un être entrevu de dos

     

    (...)

    rivière des heures lentes infiniment étale
    grise
    plate
    sous lumière d'hiver
    un vrai réfracteur de zinc

     

    (...)
    les filles vous exhortent
    vous poussent à la prouesse
    des fiancées d'innocence
    (...)
    elles vous rayaient alors d'un éclat de rire
    quand vous étiez encore
    gourd, gauche, incertain

     

    (...)

    des futilités qui écrasent les silences
    des jingles sifflotés
    des réponses de pub
    qui remplacent la parole

     

    (...)

    le petit nuage de coton, d'étoupe
    qui filait un instant à l'angle d'un toit
    au-dessus du mur de briques rouges
    dans un ciel tendu de vieille éternité

     

    (...)

    et ma fille petite 
    sur mon dos

    sur mon dos disait
    « cheval ! allez cheval ! avance ! »
    cheval alors tu penses,
    m'exécutais
    (...)
    étais cheval
    un instant cheval
    qui la portait à des lieues
    au bout du couloir au bout du monde
    entre le séjour et la cuisine
    vers des coins mystérieux
    qu'on ne peut plus mesurer
    deviner
    nous
    lourds adultes devenus
    nous non
    on ne peut plus mesurer

     

    (...)

    reconnais la casserole dans la boutique du ciel
    d'autres configurations conjugaisons
    alignements
    et puis des rebelles des fugaces
    des filantes qui prennent la tangente aussi
    (...)
    la bonbonnière 
    au plus noir de la nuit
    toute myriades vertiges et gouffres(...)

    le revois tétant gouttes d'un stout amer
    comme une désilluse qu'avait du mal à passer
    ou peut-être qu'il grandissait doucement de l'en-dedans

     

    (...)

    il y a longtemps fis tout comme
    dans un jardin semblable
    sous soleil pareil
    suis sûr il fait de son mieux
    trouve les mots
    aide son enfant
    à trottiner dans l'éternité
    sa lumière
    sa poudre

     

     

     

  • Thérèse Jolly - Les bergers

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    J'avais parlé de marie-terre trouvé dans une boite à livres, j'ai donc cherché le premier livre-témoignage de Thérèse Jolly, Les Bergers (1974), plus brut que marie-terre, émaillé de poèmes, c'est un récit de première main, précieux.

     

    "Bergers de la Coopérative Ovine Vendéenne de 1948 à 1966, Thérèse et son mari Jean ont déménagé en Bretagne, pour s’occuper du troupeau d’un colon d’Afrique du Nord dans un premier temps ; à leur propre compte dans un second, à partir de 1970. Thérèse et Jean furent les premiers à créer en centre de Bretagne bretonnant "L’Accueil à la ferme ovine" : tables et chambres d’hôtes."

     

     

    Madame et son teckel flânaient dans l'avenue.
    Au fond du caniveau, affamée, demi-nue,
    Une blondinette fouillait les résidus.

    Étant déjà gavé, le chien de l'élégante
    Refusa un gâteau qui roula sur la pente.
    L'enfant d'homme, du chien dévora le surplus.



    (...)



    J'aimerais être ce soir un gisant de pierre. Je m'allongerais au côté de mon mari. Dans l'éternité, les foules touchées se répéteraient : " Comme ils sont unis ! Dieu qu'ils sont beaux !"



    (...)



    X a tué.
    C'est un héros, dit la guerre.
    Un criminel rétorque la mère du mort.
    Que dit Dieu ?

     

     

    Née le 19 novembre 1930, Thérèse Jolly, mère de cinq enfants, nous a quitté en 2018 à l'âge de 88 ans, deux ans après son mari et on peut dire, oui : quelle vie ! Quelle force pour endurer toutes les épreuves, la misère et ce qu'on sait moins, le mépris envers cette profession de bergers, surtout quand on est pas à son compte. Rude rude ruralité. Et clairement, Thérèse Jolly était une bergère atypique, une âme poète un peu sorcière, ce qui n'a pas dû aider.

     

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  • Émilie Carles (1900-1979) - Une soupe aux herbes sauvages

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    Livre de poche 1979

     

     

    Encore une pépite trouvée dans une boite à livres et pourtant je le connaissais de nom depuis mon enfance mais je ne m'attendais pas à cette si bonne surprise ! Comme j'aurais aimé connaitre cette formidable dame ! 

     

    "Dans son livre autobiographique, Émilie Carles parle non seulement de sa vie, mais aussi avec sensibilité et humanité de la vie des montagnards. Elle détaille longuement les petits faits qui témoignent bien de la difficulté de vivre dans cette région. Elle décrit les travaux quotidiens et les améliorations apportées par le progrès aux villages éloignés. Institutrice, elle est en contact permanent avec ce milieu populaire dont elle est issue. Son récit est un témoignage remarquable sur la vie des familles de paysans dans les Hautes-Alpes pendant l’entre-deux-guerres : premiers poêles à charbon, raccordement au réseau électrique, amélioration de l’équipement ménager. La possibilité d’améliorer le confort quotidien dépend des récoltes, de la santé du bétail. Elle raconte aussi les longues veillées d’hiver et l’entraide nécessaire dans les moments difficiles. À l’école, elle s’efforce de travailler dans la ligne de son idéal. Elle tient à ce que ses élèves développent leurs propres talents, aiment l’étude et respectent les valeurs morales : solidarité, respect d’autrui, responsabilité individuelle. Elle décrit avec enthousiasme son espoir de voir le monde devenir meilleur et appliquer de nouvelles valeurs morales."

     

    Émilie Carles est née dans une famille de petits cultivateurs dans un village montagnard. Elle avait cinq frères et sœurs. L’exploitation de la ferme exigeait beaucoup de travail pour une mince quantité de productions. Sa mère mourut à l'âge de trente-six ans, en travaillant, foudroyée dans un champ lors de l’été 1904. Émilie avait quatre ans. Rapidement ses journées furent remplies doublement : à l’école pour apprendre, à l’étable et dans les champs pour participer aux travaux de la famille. Elle avait un projet : devenir institutrice. Elle a écrit : « J’aimais aller à l’école, j’aimais l’étude, j’aimais lire, écrire, apprendre. Dès que je suis allée à l’école, je me suis sentie chez moi et c’est là que je me suis épanouie. » Elle fut la seule de la famille à poursuivre des études. En 1916, elle partit à Paris pour continuer à étudier et acquérir son diplôme d’institutrice. Elle y découvrit le milieu des pacifistes et des anarchistes et fut sensible à leurs idées. Mais quelques années plus tard elle fut atteinte de tuberculose et dut revenir vivre à l’air pur de ses chères montagnes. Elle enseigna alors dans différentes écoles et vécut dans des conditions matérielles rudimentaires. Les récits de ses frères, mobilisés sur le front de la guerre 1914-1918 et ses relations durables avec les mouvements anarchistes parisiens la convainquirent de l’absurdité des guerres et de la nécessité d’agir pour construire un monde meilleur. En 1927, elle rencontra Jean Carles, son futur compagnon. Il était libertaire, pacifiste et libre-penseur. Après la Première Guerre mondiale, Jean avait refusé ses médailles militaires et sa pension d’ancien combattant. Tous deux menèrent une vie militante de combats pour leurs idéaux. En 1936, le gouvernement français du Front populaire créa les premiers congés payés pour les salariés. Dans leur village de Val-des-Prés, Jean et Émilie ouvrirent une auberge, utilisant les vastes bâtiments de leur ferme. Ils y reçurent leurs camarades citadins, heureux de les faire profiter de la pureté de l’air montagnard et de la beauté de l’environnement. Les discussions étaient passionnées. Mais cette clientèle n’était pas riche : le plus souvent le salaire de l’institutrice servait à équilibrer les comptes. Au début de la guerre de 1939-1945, leur fillette jouant dans la rue fut écrasée, par un camion d’un convoi militaire traversant le village, à l'âge de six ans. Pendant l’occupation allemande, Jean dut s’enfuir et se réfugier dans un camp de maquisards : il avait appris qu’il était en tête d’une liste d’éventuels otages établie par la Préfecture à la demande des occupants. Il quitta le camp volontairement quelques semaines avant la libération sans se douter qu’il échappait de peu à la mort, le camp étant destiné à être rasé par les Allemands deux jours après son départ. Il mourut en 1962 épuisé par ses longues luttes.

    (Source : Wikipedia)

     

    "À l'approche des élections, on voyait arriver un Rotschild ou un Petch, qui venait faire son tour. Du jour au lendemain, ces hommes qui étaient des crésus et des banquiers qui vivaient à Paris, débarquaient dans nos villages pour visiter les électeurs et les convaincre. Je m'en souviens, je l'ai vu de mes yeux, le furtu député se baladait en donnant le bras au maire et tous les deux faisaient le tour des maisons en distribuant des billets de 50 et 100 francs aux paysans. Le maire indiquait les gens intéressants et la somme : « Celui-là vous lui donnez 100 francs, celui-là 50 suffiront. » C'était simple, ils achetaient les voix. Après ils s'arrangeaient entre eux. Le maire aussi touchait des pots-de-vin et ils avaient des avantages. C'était ainsi que les choses se passaient. C'est pour ces raisons que je disais à mes gosses que le suffrage universel c'était une duperie et qu'il fallait s'en méfier comme de la peste. Aux paysans aussi, j'essayais d'ouvrir les yeux, je leur disais : « Mais pauvre comme nous sommes, laborieux comme nous sommes, comment pouvons-nous voter pour des milliardaires, ils ne peuvent pas défendre l'intérêt des travailleurs."

     

     

     

  • Thierry Metz - Poésies 1978-1997

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    Pierre Mainard, 2017

     

     

     

     

    Là est ma demeure :

    Un petit lit de paille

    Entre portes et fenêtres

    Et l'audience d'un chemin

    Sur les terrasses du jour.

     

    (...)

     

     

    Nue la petite sourcière

    La pluvieuse.

    Toujours active dans les gorges du poème –

    érosion éclairante

    Calcaire.

     

    Demeurer où elle passe

    Boire le caillé délicieux de ses pluies

    Et saisir dans sa chevelure

    La ronce qui harcèle le chemin.

    L'orage à sa source.

     

     

    (...)

     

     

    Maison où tu écris

    sous l'ardoise et la tuile

    à l'étage des sentiers

    (...)

    En sortir

    Quand l'aile se débat dans la pierre –

     

     

    (...)

     

     

    Et toujours il sait trouver l'amoureuse

    Qu'elle soit dans l'ici rouge du poème

    Ou dans l'ailleurs déflagrant de la terre

    Et toujours le visage habite la demeure.

     

    La demeure bâtie où rien ne peut demeurer.

     

    (...)

     

    Elle s'absente

    laissant son visage près du feu

    faisant du seuil

    une ascèse.

    (...)

    Se simplifier, dit-elle

     

    Frugale

    sa clarté fracture le livre.

     

     

    (...)

     

     

    Dire une clairière n'est possible

    que tôt le matin

    avant la fable

    quand le coq peut encore trier

    graines et hameçons.

     

     

    (...)

     

     

    Regarder un homme qui nourrit des oiseaux : ce n'est pas un

    spectacle, c'est surprendre un être en prière, c'est découvrir

    en lui un jardin. Un mystère.

     

     

    (...)

     

     

    Ce n'est que moi. Né d'une fougère.

    Promeneur sans bâton.

    Toujours lui, jamais le même. Une branche,

    peut-être de l’indiscernable.

     

     

    (...)

     

     

    J'écris maintenant par secousses

    retenu par la corde que m'a jetée

    le soleil

     

     

    (...)

     

     

    Je m'en vais.

    Sans rien.

    Avec un peu de sable.

    Et des fleurs.

     

     

    (...)

     

    Il y a peut-être un centre

    que chaque mot cherche à dire

    qui efface le pourquoi

    mais laisse entiers ses abords.

    Cette maison n'est habitée qu'un instant

    par celui qui n'est ni entré

    ni sorti.

     

     

    (...)

     

     

    Cela ce qui est écrit

    traversé par la main

    je le sors du jour

    mot après mot

    avec la fourche

    et la brouette

     

     

    (...)

     

     

    Plus trace

     

    de rien

     

    la nuit

    et l'échelle

     

    pour remonter

    ce mot.

     

     

     

     

     

     

  • marie-terre - Thérèse Jolly

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    Le Cercle d'Or, 1977

     

     

    Ce livre totalement improbable, trouvé dans une boite à livres, est un récit autobiographique qui m'a surprise par sa beauté en plus d'être un témoignage intéressant d'autant plus qu'il donne la part belle avant tout aux femmes. Ce récit nous amène dans les années d'avant-guerre jusqu'aux années 70 dans la ruralité vendéenne, très imprégnée de religion (aussi bien catholique que protestante) et partagée en trois pays très différents : le marais, la plaine et le bocage, à travers le vécu d'une petite fille, puis jeune fille, et c'est une femme et une mère ici qui raconte, une femme qui a défiée son temps et ses archaïsmes dont elle a perçu très jeune les incohérences. Et du coup, j'ai bien envie de découvrir le premier livre, celui qui l'a faite connaître.

     

    La quatrième de couverture :

    "Depuis son premier livre « Les Bergers » (le Cercle d’or, 1974), après son passage dans les émissions télévisées « Aujourd’hui, Madame », les « Dossiers de l’écran » et « Les gens heureux ont une histoire », Thérèse Jolly est sans nul doute la bergère la plus célèbre de France. Elle a puisé cette fois dans ses souvenirs d’enfance, pour écrire la bouleversante histoire de « Marie-Terre » (surnom qui fait chanter ensemble ses deux prénoms : Marie et Thérèse). En vérité, ce n’est pas tout à fait d’elle qu’il s’agit : nous voyons se nouer autour de Marie-terre la chaîne de toutes les Marie de la terre, effacées, simples et fortes, gaies et douloureuses, toujours accueillantes, dures à la tâche, jamais serviles. Ces modestes grandes dames de la terre, les Marie-Soleil et les Marie-jardin, les Marie-tendresse ou les Marie-des-amandiers, possédaient en commun un secret, le plus grand, non pas celui du bonheur, celui de la vie, et elles l’ont confié à la petite Marie qui, trente ans plus tard, se souvient. Mais ce livre n’est pas idyllique. Souvent le ton de la narratrice s’élève, il se fait plus vif, acide même. Le monde rural n’est pas le paradis sur terre. Il était cependant hier habité par ces « vivantes parmi les vivantes » que furent les Marie qui veillèrent, au fil de ses « années d’apprentissage », à l’éclosion de Marie-terre. Et Thérèse qui leur devait tout, a composé, en leur honneur, la dédiant à ses propres enfants, la plus émouvante galerie de portraits que ces « chevalières en sabots » aient inspirée, la plus authentique à coup sûr : en tout cas, pour nous, la plus surprenante."

     

    Moi qui me passionne de plus en plus pour ces témoignages anciens, vraiment un cadeau, car ils parlent de nous, ils me parlent de mon enfance, de ce que j'avais perçu sans comprendre de ces temps anciens qui s'imbriquaient encore dans le présent de façon plus ou moins agréable. Éduquée par une anglaise étrangère à ce pays et elle-même étrangère au sien d'une certaine façon, j'ai manqué de transmission, coupée de l'autre part de mon sang, sang immigré d'Espagnols du Sud, dont je n'ai pas reçu non plus la mémoire directe. Et moi la sans racine, les racines m'intéressent, les racines des plantes, des arbres, des êtres et de l'humanité toute entière et quand on s'intéresse aux racines, forcément on s'intéresse à la terre.

     

     

  • André Laude - Un temps à s'ouvrir les veines

     

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    Les éditeurs français réunis, 1979

     

     

    *

     

    dans un pays troué

    j'écris mes famines

     

     

    (...)

    j'ai vu l'homme couché dans son manteau de nuit

    j'ai vu la femme humiliée

    et l'enfant assis sur un tas d'ordures d'excréments

    j'ai vu flamber l'orient

    craquer les méridiens et tituber les aubes

    j'ai vu l'amante déchirer douloureusement sa robe

    j'ai vu le père se taire auprès des cendres du foyer

    j'ai vu l'amour bafoué l'espoir insulté l'avenir mis aux fers

    je n'ai jamais renoncé à la lumière

    au Feu sur la terre.

     

     

    (...)

    Un sommeil de plomb m'enlève chaque soir à la sordide misère des chambres malingres

    j'abandonne ma vieille peau. Je transhume vers quelques étoile de flamme et de mystère

    jusqu'à ce que l'aube me rende au noir verdict des fers

     

     

    (...)

    Amour

    un oiseau brûle dans le bocage des voix

    Amour

    un drap se froisse dans les veines des amants

     

    (...)

    j'ai croisé la folie

    une fleur sur les lèvres

    j'ai mesuré ma rage et ma tendresse

    dans la paille noire des étables

     

     

    (...)

    je n'ai pas confiance dans les mots

    Valets payés par l'ennemi

     

    qui se cache dans les lignes du papier peint

    dans l'angle de la chambre sordide et muette

     

    je vis les ongles enfoncés dans les yeux du temps

    avec la difficile respiration des neurasthéniques

     

     

    (...)

    je suis dans le paysage ignoble

    de l'absolu désespoir

    je suis le voyageur rejeté de miroir en miroir

     

    et qui hurle parce qu'il ne s'y retrouve pas

    et que l'horreur gonfle ses paupières

    et qu'il a tellement faim de lumière

    qu'il mangerait crus les petits enfants aux yeux de craie blanche

     

     

    (...)

    La terrible loi des seigneurs m'a brisé

    j'habite maintenant l'hiver

    je me couvre d'épluchures et de mots

    je m'enfièvre comme d'obscurs animaux

    j'ai peur

    (...)

    je suis un canyon éventré par les roues des convois militaires

    je suis une rose rouge sous la terreur fasciste

    je suis un poème en abîme

    (...)

    je suis une poussière d'étoile un sanglot de fée

    une espèce de mouton à cinq pattes

    je suis le fou qui se tait

    avec une violence de chaux vive

    (...)

    Depuis quarante et quelques années

    je déchire la ténèbre des chairs

    je fraie ma route Je suffoque

    Une fièvre bestiale me force

    Ongles et dents j'avance, nocturne

    avec un songe de plages neuves

    avec une faim de continents

    Je ne suis pas encore au monde

    quand j'ouvre la bouche là où je suis

    je mange de l'ordure et du sang

    de la poussière et du cri

    du Christ mort, de la centre d'Occident.

     

     

    (...)

    Mon mal est profond

    en vain je m'habille de mots

    En vain j'invente des empires turbulents

    avec des paroles bariolées comme des toucans

    En vain je fuis jusqu'aux lisières de la ville

    jusqu'aux chantiers sombres où les pelleteuses sous la lune de novembre

    ressemblent à d'étranges populations déplacées

    (...)

    Je casse mes ongles contre les murs des geôles où l'on torture nos songes de feu

    je n'ai jamais cessé de renier mon nom

    pour demeurer libre, capable d'envol, puissant

    et armé d'une douceur inviolable qui émeut les vagues de l'océan

     

    Mon mal est profond

    ma voix rauque s'enfonce dans les déserts à l'air raréfié

    Je dors sur un lit de couteaux de boucher

    je suis l'enfant d'une époque troublée

    et moi aussi

    (...)

    le langage change sans cesse de maître

    la réalité éclate en lambeaux d'ombre et de brouillard

     

     

     

    (...)

    Des taches de sang sur la lune

    l'enfant enferme les morts du soir

    dans des petites boîtes d'allumettes

    puis il chasse les poussières des malédictions noires

    et s'ouvre les veines avec l'éclat de verre

    de la chanson d'un ruisseau

     

     

    (...)

    Un cheval hurle : « Je descends – Arrêtez la planète ! »

     

     

    (...)

    d'un brin d'herbe j'écoute

    la cantate éblouie

     

     

    (...)

    La nuit la ville la solitude

    Il pleur des pierres précieuses

    les vitrines ont des lueurs de guillotine

    les assassins tranquillement assassinent

     

     

    (...)

    j'ai et je n'ai pas

    j'ai l'ongle la dent dure le froid

    j'ai le cri entre les épaules

    la faucille du vent sous les paupières

     

    j'ai le tigre et l'épine et le pétrole

    de l'angoisse dans les poumons

    j'ai la terre battue où dormir un sommeil de plomb

    j'ai l'étrange figure du pendu au son de la carmagnole

     

     

     

    TEMPS D'ABSENCE

     

     

    Nous sommes d'une nuit indéchiffrable

    nous sommes d'une quête sans fin

    (...)

    Nous sommes d'un futur qui n'a aucune chance

    (...)

    Nous sommes préface d'absence Poignante odeur

    de pourriture

     

     

    (...)

     

    Je n'habite pas J'erre

    Je ne fonde pas Je m'efface

    Je ne règne pas Je laisse place

    aux furieux scribes du Grand Mystère

     

    Je ne bâtis pas Je creuse

    des tunnels de frayeur

    Je ne me nomme pas J'appartiens

    à des peuples d'ombres

     

    Je dure Je suis fragile

    J'ouvre la bouche et je rêve

    Je me tais et me confonds

    au silence des pierres levées

     

     

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    Un livre difficile à trouver maintenant publié en 1979, André Laude, né en 36, un écorché de la vie, écrivain, poète, journaliste, militant, mort dans la misère, l'oubli et la crasse en 1995, étoile de tous les éclopés poétiques, ami d'un vieil ami poète disparu lui aussi, on a dit de lui qu'il était le "soleil noir de la poésie".

     

     

  • Alain Marc Guillaume - Je vais jamais au cinéma

     

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    édition de la dernière colline, 2022

     

     

    tu vois ce que j'aime

     

    c'est ça

    ce ciel gris, bas, un peu incertain

    ces prés ce silence

    et puis les chevaux

     

     

    (...)

    ça résonne les mômes

    déroute toujours un peu

    surprend ce ressac de cris

    t'es pas habitué

    ou plus

    (...)

    ça bruisse palpite piaille comme des mouettes

    (...)

    continu fracas tout frais

    comme un torrent

    les cris d'enfants

    (...)

    voudraient y être de suite

    les gosses

    dans chaque seconde qui tombe

    au centre du jeu

    au centre du ciel

    pour en chiper des morceaux

     

     

    (...)

    aime traversée la parenthèse de ce terrain neutre

    son espace qui fait silence

    allée large et magnifique où le temps d'écrase

    surtout quand le soleil la met en joue

    (...)

    en se penchant bien on trouverait poèmes ici

    mille et cents

    qu'on bougerait du bout de la godasse

    défroisserait

    comme oiseaux morts qu'on ramasse

    oui mille et cents

    qui tous d'une manière ou d'une autre

    diraient à peu près ceci

     

    est-ce ainsi que les heures passent ?

     

     

    (...)

    les bruits de la ville

    toute cette épilepsie qui s'arc-boute

    tremble

    convulse

     

     

    (...)

    bonne heure pour les invisibles

    la propice aux discrets veilleurs

    qui enflamment leur cigarette

    au creux des nuits

    sur les rebords de fenêtre

    dans la grande chaîne éparse

    des sentinelles anonymes

     

     

    (...)

    alors dans mes phares

    avant les bientôt entrepôts

    les nouveaux buildings

    les navires de béton éclairés à l'ozone

    en périph de métropole

    qu'on tout écrasé des jardins ouvriers ou pas

    me dit

    demain je sais pas

    le sens pas

    demain

     

     

    (...)

    poteaux en bois qui tremblaient

    les jours de bourrasque

    avec leurs fils noir balancés au vent

    qui les soufflait à la danse

    poteaux de bois dont il était pas rare

    d'en trouver un

    couché d'ivresse dans le fossé

     

     

     

  • André Laude - Testament de Ravachol

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    suivi de Corps interdit et de Bannière de colère

    Illustrations de Corneille, Plasma éd., 1975

     

     

     

    Dans le vent de mes os
    Il y a l'aile de l’abîme

     

    (...)

    je connais l'imbécile heureux
    il a du sang plein la tête
    le sang des autres des inconnus
    sa voix de papier journal 
    résonne en lugubres sentences
    ses mains sculptent dans l'air
    le château des lieux-communs

     

    (...)

    L'alcool dans ma tête crache mille minuscules soleils
    qui vont se perdre du côté des zones obscures
    Une araignée grignote l'ampoule du plafond
    Un rat aux yeux amicaux cherche sa place

     

    (...)

    Nous n'habitons nulle part nous ne brisons de nos mains rouges de ressentiment que des squelettes de vent nous tournoyons dans un désert d'images diffusées par les invisibles ingénieurs du monde de la séparation permanente retranchés dans les organismes planétaires planificateurs infatigables du spectacle

    nous ne sommes rien nous ne sommes qu'absence une brûlure qui ne cesse pas nous n'embrassons nulle bouche vraie nous parlons une langue de cendres nous touchons une réalité d'opérette

    nous n'avons jamais rendez-vous avec nous-mêmes nous nous tâtons encore et toujours

    nous errons dans un magma de signes froids nous traversons notre peau de fantôme

     

    (...)

    Il ne fait pas assez nuit sur la terre
    de cette nuit où la terre monte telle un cœur aux lèvres de la femme-oracle

     

    (...) 

    Un jour j'aurais mon Jour les grands sphinx de larmes se coucheront
    à jamais rendus aux ordres du silence les épées parleront la langue des oiseaux
    l'haleine des pommiers touchera mes lèvres en signe de connivence
    (...)
    mes doigts tambourinent la mort une musique douce presque émouvante sur le pelage d'octobre je sais qu'il me reste peu de lampes et quels périls circulent dans les ruelles mal famées de l'air

     

     

    CORPS INTERDIT

     

    (...)
    je dessine sur les carreaux du vertige
    les foules d'un exode sans terminaison

     

    (...)

    Tout le monde ignore qu'il n'y a pas de chauffeur dans la locomotive. Quand quelqu'un a la migraine, on lui administre un dépliant publicitaire et tout rentre dans l'ordre.

     

     

  • Roger Caillois - Trois leçons des Ténèbres

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    Fata Morgana, 2018

    Illustrations de Pierre Albuisson.

     

    Quelle aubaine pour les vivants qu’une planète terraquée ! Composée d’eau pour leur soif et d’humus à plantes vivrières, à racines et à fruits, sans compter l’air qu’ils respirent, mais du même coup, et plus spécialement pour l’homme, fournie de bassins, de fleuves navigables et d’un sol spacieux, solide, pour y bâtir de simples abris comme des édifices sophistiqués à l’extrême, propres à y conserver, à y développer presque indéfiniment le savoir, la puissance ou la beauté. Des hangars ouverts à toutes les richesses et qui en multiplient le présage.

    Trois nouvelles réunies par l'auteur qui ont pour point commun le minéral : D’après Saturne, Arc-en-ciel pour la Melencolia et La sécheresse et qui annoncent en quelque sorte le livre absolument splendide sorti en 1987 chez Flammarion : L'écriture des pierres (Flamarion, 1987).

    Voir :  http://cathygarcia.hautetfort.com/archive/2023/12/08/roger-caillois-l-ecriture-des-pierres-6474816.html

     

     

     

     

  • La renouée des oiseaux - Paola Pigani

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    La Boucherie Littéraire, 2019

     

     

     

    Dans la buanderie il y a
    un brouillard d'âme
    ça monte des lessiveuses
    on nous donne des remords de savon
    il faut faire avec
    j'entends les brosses
    arracher les souvenirs de peau

     

    (...)

     

    Parfois il neige dans ma mémoire
    Il neige du sel sur ma langue
    quand je crie dans la nuit

     

    (...)

    On me donne des barbituriques
    pour oublier le petit corps d'os et de ténèbres

     

    (...)

    Mon cœur me lance
    les murmures qui me viennent 
    sous la peau
    ça tourne en fièvre

     

    (...)

     

    Dans la galerie des femmes
    je marche à pas de louve tarie
    mes épaules sous le poids
    de la joie défaite

     

    (...)

    Les cris laissent des traces
    sur les poignets
    là où la corde a serré

     


    Les jours de cris 
    la peau est à vif
    rouge d'effroi
    ma soif aussi
    à vif

     

    (...)

    Les jours de lessive
    mon corps s'égoutte
    pendant des heures

     

    (...)

     

    C'est l'heure des vêpres
    à l'office des femmes

    Il y a leurs dos courbés
    leurs prières en bouche

    La faim toujours
    le jour
    à genoux

     

    (...)

    Maintenant
    dans ma bouche
    un silence d'argile

    Je me suis fait terre

     

     

  • Angèle Vannier - Poèmes choisis 1947-1978

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    Rougerie Ed., 1990

     

     

     

    Je pris le temps
    Je ne sais plus
    en marge
    ou de travers.
    Je pris la nuit comme un bateau la mer.

     

    (...)

    Emportez-moi dans la charrette pauvre et nue
    Avec le grand vieillard et la femme et l'enfant
    Emmenez-moi crever l'oraison des étangs
    Des étangs noirs, pétris du charme des ciguës.

     

    in Les songes de la lumière et de la brume, Ed. Savel 1947

     

     

    (...)

    De ma vie je n'ai jamais vu
    Plus beau visage que sa voix
    Plus beau visage mis à nu
    Par le silence de mes doigts.

    in L'arbre à feu, Ed. Le Goéland, 1950

     

     

    (...)

    Moi j'enfante la clé des mondes inconnus
    Qui travaille mon sang depuis que je suis folle.

    La paix soit avec moi je lève l'interdit
    Je lève l'interdit je passe la frontière
    Je fais échec au mal cet arbre sans racine
    (...)
    Le verbe se fait chair et transpose l'étable
    Les loups viennent lécher la neige sur nos doigts
    Et l'ange et le berger mangent à notre table.

     

    (...)

    Je sais que l’œil du lynx éventre la ténèbre
    Que j'ai subi l'affront de vivre sans vertèbres
    Que j'ai sept noms cachés dans un de mes regards
    Que mon corps glorieux n'attend que mon audace
    Pour marcher simplement dans un champ de blé noir.

     

    in À hauteur d'ange, Ed. La Maison du Poète, 1955

     

     

    Ce château m'appartient ce soir jusqu'à la gorge
    Mon cri nourrit la nuit tournante des couloirs
    Et les grands escaliers que mes pas interrogent
    Et l'ombre d'un passé qui voûte le miroir

    J'ai refermé sans bruit les ailes des horloges
    Et décousu tout un réseau de portes vierges
    De mémoire

     

    (...)

    Je cherche sur mes mains quelques taches de sang
    pour me prouver que j'aimais bien cueillir des roses
    et sculpter des baisers dans la pulpe des nuits.
    (...)
    Aliénée
    Je circule en vain dans un pays
    où l'on rêve parfois où l'on parle peut-être
    d'un silence taillé dans l'épaisseur du bruit.

     

    (...)
    Le rouet du plaisir tourne à faux tourne à blanc
    car le pacte est rompu de l'ange avec la bête

     

    in Le sang des nuits, Ed. Seghers, 1966

     


    L'ange muet je veux le mordre au cou
    afin qu'il crie et qu'il me nomme
    à la face ouverte du vent.
    Quelqu'un m'a retirée malgré moi de mon sang
    Pour donner ma parole en pâture à ses fauves
    Mais le temps brisera ses os dans le miroir
    (...)
    Et le silence a fait blêmir nos entretiens sur ton visage
    Et je n'ai plus que mon fantôme entre les dents pour tout bagage

     

    (...)

    Ne m'importune plus
    Je suis assise dans le feu
    J'écoute
    L'obstacle est une veine ouverte
    un soir
    dans l'eau
    pour une fugue inachevée
    pauvre petite chanson rouge
    qui persiste

    Et le silence nidifie
    dans l'arbre absent

     

    (...)

    Elle décide de poursuivre son voyage

    Tête coupée

    C'est advenu

    Tête coupée dans ses deux mains

    Mais le front haut.

     

    in Théâtre blanc, Ed. Rougerie, 1970

     

     

    Dormir
    Les joues rouillées par les larmes

     

    in Le rouge cloître, Ed. Rougerie, 1972

     

     


    Les Parques sont assises 
    à ma table
    mangeant des œufs

     

    (...)

    Faudrait-il s'ouvrir la mémoire
    comme une veine sous la mer
    Chercher à tâtons dans les cendres
    le point vulnérable du feu
    Et dans la mort
    Dans la mort
    fermera t-on la porte de la grange
    qui bat
    qui bat
    depuis que
    Depuis que cet orage a découpé tout vif
    le phrasé des lilas le soir
    qui balançaient
    qui balançaient

     

    in Ordination de la mémoire, Ed. Rougerie, 1976

     

     


    N'enviez pas mon sang d'artisane qui file
    à la veillée – des mots – en tisonnant
    (...)
    N'enviez pas mon corps de sibylle aveuglée
    je l'ai payé trop cher à la foire aux statues
    dans la chapelle – ventre inquiet – de ma mère
    et dans les yeux de ma grand-mère
    le feu brûlait sans cesse un loup

     

    in L'écharpe rouge et les chiens bleus, extraits de L'immédiate, 1977

     

     

    Voulez-vous détacher la barque
    je suis au terme du voyage

    Il faut ouvrir la porte au vent

     

    in Brocéliande, que veux-tu ? Ed. Rougerie, 1978

     

     

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    Angèle Vannier (1917-1980) passe sa petite enfance à Bazouges-la-Pérouse chez sa grand-mère, avant de rejoindre ses parents à Rennes à 8 ans, ville où elle fait ses études. En 1938, alors qu'elle est étudiante en pharmacie, à 22 ans, elle perd la vue à la suite de la formation d'un glaucome et revient vivre à Bazouges-la-Pérouse. Elle n'a alors de cesse de soigner son mal par les mots. Le 2 décembre 1980, au jour de la sainte Viviane, pour elle nom magique, Angèle Vannier est tombée, foudroyée, alors qu'elle travaillait à cette anthologie. De son œuvre poétique, elle avait elle-même tracé les fils conducteurs, aidant le regard de son lecteur à scruter les images au fond de leur puits sans fond et sans fin

     

     

     

  • Thierry Metz - Le Grainetier

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    Ed. Pierre Mainard, 2019

     

    " (...) Nos noces de tout corps, et de l'âme que cette craie d'amour fait crisser sous ma langue. Je te consacre en cette parole, un poème que l'homme m'enseigne par cette bouche que je t'envoie. Elle nous unit pour notre livre où respirer les mots s'appellera lecture. (...)
    Ces paroles m'incendiaient, source puis ressac, une fécondation. Puis dedans moi, la bouche, seulement elle, sans visage mais visage à elle seule. Dans le silence de ma petite pièce, elle était beauté : elle me dédiait cet espace d'amour que le grainetier venait de dire : l'écriture, son baiser. Et ce baiser questionnait ma bouche, soudain propice à l'audience d'un non nuptial qui venait habiter ma voix.
    Je lui parlai :
    « Bouche chaude comme deux plumes serrées. Bouche où repose l'oiseau monacal qui m'apportera graines et insectes. En toi, je suis celui qui va être dit. »
    Ce que je voyais, entendais n'était pas labyrinthe mais montait, simple, comme une pâte à pain.

     

    (...)

    Je me réveillai comme au sortir d'un bain, entrant dans cette journée comme dans une étable chaude. Après mon bol de café, je m'assis devant mon poème et lui parlai :
    « Tu es poème, quelque chose d'infatigable, de robuste, un appui toujours en sève, un arbre. Ce que je mets dans ta voix, je le porte dans ma chair. Je suis l'homme que tu fais quand tu m'écris, quand se bouclent nos deux ombres. (...) »
    Je lui posai un sourire dans sa paume et sortis.

     

    (...)

    – Bien-sûr, fit le grainetier en souriant. La pierre a sa racine en elle-même ; la plante dans la terre et l'insecte dans son sol. Mais ces dernières n'ont-elles pas aussi leurs racines en elles-mêmes ?

    (...)

    La bruine nous pouffait à la face sa jeunesse malicieuse, fraîche comme un mufle sauvage. (...) La lumière naissait à chaque instant des greffons de la pluie, là éparpillant ses grains, ici crevant comme un piment trop mûr. Même les couleurs désobéissaient, mouillant et tachant leurs robes sur l"humus détrempé.
    (...) Les odeurs faisaient des nids.

     

    (...)

     

    « Le feu est destruction, dis-je, et purification dans l'offrande de la cendre. Il est silence de la graine. Et l'eau aussi est destruction dans son abondance mais fertilisation. Elle est parole de la graine. »

     

    *

     

    « Le Grainetier fut publié, de façon confidentielle, par épisodes dans les numéros 12 à 18 (hiver 79-hiver 82) de la revue Résurrection de Jean Cussat-Blanc. Le texte se présente sans étiquette, ni roman, ni conte, ni poème. Il s’agit d’un récit symbolique qui s’affirme lui-même comme un récit d’ “initiation”. Il rappelle les classiques récits initiatiques des traditions alchimiques et maçonniques ; en particulier le texte majeur de La Bible des Rose-Croix : Les Noces chimiques de Christian Rose-Croix, en 1459. Comme dans toute initiation, le narrateur subit une série d’épreuves dont la plus importante est le passage par la mort qui lui permettra de re-naître. Ici, il est mis au tombeau, moitié dans un socle blanc, moitié dans le gisant noir creux. Au terme du parcours initiatique, le narrateur sera devenu à son tour grainetier, c’est-à-dire poète, celui qui fait germer les mots et les poèmes dans l’esprit des lecteurs. La quête présente dans Le Grainetier alimentera toute son œuvre. »

    Extrait de la préface d’Isabelle Lévesque

     

    *

     

    Thierry Metz (1956-1997) est né à Paris. Prix Froissard pour Dolmen (Cahiers Froissard, 1988) et prix Voronca pour Sur la table inventée (Jacques Brémond, 1989), il vécut dans le Lot-et-Garonne à Saint-Romain-le-Noble, fut manœuvre, maçon puis ouvrier agricole. Jean Cussat-Blanc, premier à le publier dans sa revue Résurrection, favorisa son entrée chez Gallimard qui publia en 1990 Le Journal d’un manœuvre et Lettres à la bien-aimée (1995), qui atteindront un cercle de lecteurs ne demandant qu’à s’élargir. Paraîtront ensuite Terre et L’Homme qui penche (1997) et, enfin en 2017, à nos éditions, Poésies 1978-1997. Avec Le Grainetier et la réédition de Terre, Pierre Mainard poursuit son projet de donner à lire un fonds d’écrits devenus introuvables.
    Dans l’œuvre de Thierry Metz, souligne Isabelle Lévesque, « Tout ce qui s’écrit s’entend, le blanc autour du poème – le silence. (…) La syntaxe simple, la volonté de n’être jamais dans l’excès portent une poésie où tout se réduit dans la lumière. »

    Ressources : « Thierry Metz » émission radiophonique réalisée par Christian Saint-Paul (après l’intro, l’hommage reprend à 18ème minutes) Radio Occitanie, fév. 2022
    « À voix comme à mains nues, Thierry Metz » par Pierre Dhainaut, dossier préparé par Lionel Mazari, Revue Phœnix, n° 32, été 2019

     

  • Jan Bardeau - Journal

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    Urtica, 2019

    excellente édition, livre épuisé 

     

     

    18 septembre 2018, seconde entrée

    Notre compréhension n'appréhende pas depuis quand autant se contente de moissonner les déchets de si peu, quelques docteur ès science infuse nous martèlent le crâne de leurs certitudes, pour les y enfouir, mais nonobstant ces mauvais plaisants, rien de ce que les strates sédimentaires nous enseignent ne permet de dater l'inauguration des sociétés inégalitaires. (...)

     

     

    19 septembre 2018, seconde entrée

    La moindre miette leur appartient, et nous grattons chaque résidu pour le leur confier, dans l'espérance qu'ils partageront quelques microns des trésors que nous érigeons. Bien enseignés à respecter l'autorité, bien taillés dans les manufactures où ils nous façonnent, bien apeurés par tous les camps qui dressent leur misère en avertissement, bien calfeutrés avec les possessions qui glissent entre nos mains gourdes de tâches insensées, nos organismes même subissent la métamorphose des conditions qu'ils nous octroient. Mon dos de prolétaire, mon bide de prolétaire, mes genoux de prolétaire, mes esgourdes de prolétaire, la lourdeur de mon pas, le port de mon chef, la lenteur de mon train d'humains de bât, tout dévoile mon rang dans la hiérarchie qui me jauge et m'adjuge  subséquemment les mérites qu'elle consent à chacun des degrés qu'elle invente. Livré à eux, à eux dont je ne possède seulement pas le nom, j'observe les pans de mon autonomie se réduire : j'achète ma nourriture, j'achète mon logement, j'achète mon énergie, impuissant à aménager, par mon habileté, mon foyer, mes victuailles et mon feu.

     

    Jan Bardeau (courte bio) : Né d'une mère Chihuahua à temps plein et d'un père pas trop marin. Folâtre dans les soirées mondaines de son patelin, où il fréquente le gratin en gloussant beaucoup et en postillonnant ses petits fours. En toutes choses, s'efforce de paraître mieux qu'il ne l'est, ce qui ne pose pas réellement de problème. Il vous embrasse tous très fort et vous serre contre sa poitrine velue.