Félix Vallotton

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.


ne cognez pas à ma vitre
je n'y suis pas
ne me hélez pas entre
les grands arbres de ciment muet
je n'y suis pas
ne me sonnez pas au téléphone
ne courez pas derrière
mon ombre tragique Rue Saint-Martin
je n'y suis pas
ne m'invitez pas à dîner
à danser à boire
Porto Tokaÿ eau de vie
je sais «le beaujolais nouveau
est arrivé»
je n'y suis pas
ne vous glissez pas chaleur ténue
entre les draps défaits
dans le pauvre lit d'effroi
je n'y suis pas
ne fouillez pas vers ma bouche
qui sait se faire lait pur
fruit mat mais aussi lueur de corbeau
et petite pluie de novembre
je n'y suis pas
ne demandez pas à la concierge
l'étage où habite la blessure
sans limites sans nom sans sommeil vrai
je n'y suis pas
ne tourmentez pas je vous en prie
ne tourmentez pas la nuit
pour qu'elle vous dise
sur quelle falaise j'efface mes traces
sous quelle lune d'acide je soliloque
loque de voix
elle ne saurait rien répondre
in 19 lettres brèves à Nora N.

Un corbeau s’écume sur les galets bleus, comme une épave entre les cuisses. Reste la flamme. Les rayons de vent, le souffle du soleil, le chant de la tronçonneuse et la pétarade des oiseaux.
cg in Calepin paisible d'une pâtresse de poules
(Nouveaux Délits, coll. Délits vrais, 2012)

Chacun sa chance de prendre racine et vivre encore, sous une autre forme…
Mourir, renaître, mourir…
CG in Journal 1999

Ne m'enlevez pas la vivante coupée de mon sang par une distance plus terrible encore
que cet espace vaste où rugissent mes mots plaintifs mes mots fous mes mots de métal enragé
Quelque part peut-être dort-elle
caressant encore le corps traversé par les rudes lames des solitudes
Quelque part peut-être gémit-elle
à nouveau reprise par la chaude clarté de mes paumes bavardes
tandis qu'ailleurs une chair bouleversée écrase un cri
d'agonie et de fureur
tandis qu'ailleurs deux yeux se posent comme des blessures sur la grande plaie visible
O Dieux – parce que cette nuit je suis un petit enfant innocent comme l'haleine du fleuve et désarmé –
Ne m'enlevez pas la vivante
qui s'en est retournée au pays sien avec ma terrifiante douceur touchée à mort
enracinée dans son ventre bleu au fond duquel hurle un visage
abordant la nuit de biais
sachant qu'elle mord
Qu'elle fait mal
Qu'elle ne pardonne pas.
in 19 lettres brèves à Nora N.
D'après le premier tome de la Trilogie des jumeaux, un roman d'Agota Kristof qui m'avait profondément marquée : Le Grand Cahier, publié en 1986. Le deuxième tome étant La Preuve et la trilogie se terminant avec Le Troisième Mensonge.

je n'y suis pas
je suis ailleurs nulle part dans un ventre chaud
d'outre-univers
dans une nudité somptueuse implacable
dans une dimension inatteignable
par vos yeux
je suis dans un grand cimetière d'éléphants
qui ont la couleur de mes famines
de mes amours soies sombres déchirées de haut en bas
par une corne de cruauté aux froides résonnances de métal
je suis enterré dans la glaise d'un paysage vocal
dans la luminosité stridente d'un ongle
dans la courbe d'un fleuve bu à la source
dans la chair d'aube d'une épaule émouvante à gémir doucement
pour ne pas réveiller les racines
dans le ciel de la voyageuse
dans les paumes absentes
in 19 lettres brèves à Nora Nord

Les livres sont des miroirs,
et l'on n'y voit que ce qu'on porte en soi-même
in L'ombre du vent



aller vers soi
c’est sans fin
se frayer un chemin
in Livre sans objet