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07/01/2019

Catherine Gil Alcala

 

Les paroles innommables clouent des sortilèges dans le ciel.

Des nations en marche me piétinent sur la pointe des pieds en remontant leur montre dans un battement de cœur synchronisé. 

in Zoartoïste

 

 

 

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04/01/2019

Fanny Sheper

 

Comme des singes cinglés,

Picolent et racontent des histoires de vivants.

Avec leurs corps d’enfants mal aimés,

Ils donnent leur amour à la rue des hasards.

 

in Cheval Rouge

 

 

 

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03/01/2019

José Emilio Pacheco

 

Pas de happy end en poésie

Les poètes finissent

par vivre leur folie.

On les dépèce comme des bœufs

(voyez Dario)

Ou bien on les lapide et ils se jettent

de dépit à la mer,

mâchent quelques cristaux de cyanure,

ou c’est l’alcoolisme qui les tue,

la toxicomanie la misère.

Bien pire encore :

ils deviennent poètes officiels

amères momies d’un sarcophage

appelé Œuvres complètes.

 

traduit par Laurent Bouisset

in Traction Brabant 80

 

 

 

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Saïd Mohamed

 

 

Notre père qui êtes aux cieux

Donnez-nous notre poésie du quotidien

Aussi inutile soit-elle. Nous ferons avec si peu

De chaque instant, celui de la beauté et du désir.

Donnez-nous la force de foutre cul par-dessus tête

L’ordre des souverains avec de simples mots.

 

in Paroles & Chansons comme ci – comme ça

 

 

 

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02/01/2019

Fanny Sheper

 

Tu te baladeras dans le pays gris

Des taupes à cul rose.

Et avec tes grands yeux, tu pourras même cajoler

Des requins noirs aux dents de satin.

 

in Cheval Rouge

 

 

 

 

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30/12/2018

Empédocle

 

Mais il était égal en tous sens, et tout à fait infini, sphérique et rond,

joyeux dans sa solitude circulaire. 

 

 

 

 

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Empédocle

 

Ne cesserez-vous pas ce meurtre au bruit funeste ?

Ne voyez-vous pas que vous vous dévorez les uns les autres

dans l'étourderie de vos cœurs ? 

 

 

 

 

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27/12/2018

Sarah Roubato

 

Un animal a envie de chialer en moi. Mais il a perdu son cri. Je me sens sec. Sec comme un arbre mort qui a encore assez de feuilles pour ne pas que ça se voie. Il faudrait quelque chose pour me rendre à nouveau vivant. Un autre regard qui se poserait sur ma vie. Quelqu’un qui verrait ce que je ne m‘autorise pas à être. Quelqu’un qui ferait bien plus que m’apprécier. Qui pourrait m’espérer.

 

In 30 ans dans une heure 

 

 

 

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Jiddu Krishnamurti

 

Indéniablement, l'amour, c'est être en communion avec quelqu'un, mais y a-t-il une communion - autre que physique - entre vous et votre femme? La connaissez-vous - excepté physiquement ? Et elle, vous connaît-elle? N'êtes vous pas l'un comme l'autre isolés, l'un comme l'autre à la poursuite de vos propres intérêts, de vos propres ambitions, chacun attendant de l'autre une gratification, une sécurité d'ordre économique ou psychologique? Une telle relation n'en est pas vraiment une - c'est un processus d'enfermement réciproque et de repli sur soi, né d'une nécessité psychologique, biologique et économique, dont le résultat évident est le conflit, le malheur, les reproches incessants, une possessivité doublée de peur, de jalousie et ainsi de suite.

 

in Amour, sexe et chasteté 

 

 

 

 

 

 

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25/12/2018

Antoine Emaz

 

Ce monde est sale de bêtise, d’injustice et de violence ; à mon avis, le poète
ne doit pas répondre par une salve de rêves ou un enchantement de langue ;
il n’y a pas à oublier, fuir ou se divertir. Il faut être avec ceux qui se taisent
ou qui sont réduits au silence. J’écris donc à partir de ce qui reste vivant dans
la défaite et le futur comme fermé. S’il n’est pas facile d’écrire sans illusion,
il serait encore moins simple de cesser et supporter en silence. Donc, j’aime
à penser la poésie comme un lichen ou un lierre, avec le mince espoir que
le lierre aura raison du mur.

in Entretien, in revue "Scherzo" n° 12-13, été 2001

 

 

 

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24/12/2018

Louis Calaferte

 

LE MONDE EST NOUS TOUS, OU RIEN

Haïssez celui qui n’est pas de votre race.
Haïssez celui qui n’a pas votre foi.
Haïssez celui qui n’est pas de votre rang social.
Haïssez, haïssez, vous serez haï.
De la haine, on passera à la croisade,
Vous tuerez ou vous serez tué.
Quoi qu’il en soit,
vous serez les victimes de votre haine.
La loi est ainsi :
Vous ne pouvez être heureux seul.
Si l’autre n’est pas heureux,
vous ne le serez pas non plus,
Si l’autre n’a pas d’avenir,
vous n’en aurez pas non plus,
Si l’autre vit d’amertume,
vous en vivrez aussi,
Si l’autre est sans amour,
vous le serez aussi.
Le monde est nous tous, ou rien.
L’abri de votre égoïsme est sans effet dans l’éternité.
Si l’autre n’existe pas, vous n’existez pas non plus.



 

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18/12/2018

Jorge Amado

 

(…) c’était encore trop pour les pauvres de vivre, vivre en résistant à tant de misère, à des difficultés sans fin, à cette extrême pauvreté, aux maladies, au manque total d’assistance, vive quand ils n’avaient que les moyens de mourir. Pourtant ils vivaient, c’étaient des gens obstinés, et ils ne se laissaient pas liquider facilement. Leur capacité de résistance à la misère, à la faim, aux maladies, venait de loin, elle était née sur les bateaux des négriers, et elle s’était affermie dans l’esclavage. Leurs corps étaient aguerris ; ils s’étaient endurcis au dénuement.

Et non contents de vivre, ils vivaient heureux, qui plus est. Et plus ils avaient des difficultés, plus ils riaient au son des guitares et des harmonicas (…). Ils affrontaient la misère avec allégresse, se moquaient de leur pauvreté et allaient de l’avant. Lorsqu'ils ne retrouvaient pas dès leur naissance les angelots des cieux, élus par Dieu et par la dysenterie, la faim et le manque de soins, les enfants s’élevaient à cette dure et joyeuse école de la vie, ils héritaient de leurs parents la résistance et la capacité de rire et de vivre. Ils ne se rendaient pas, ils ne se soumettaient pas au destin, humiliés et vaincus. Non, ils résistaient à tout, affrontaient la vie et ne la trouvaient pas nue et froide, ils la revêtaient de rires, de musique, de chaleur humaine et de gentillesse (…).

Voilà comment ils sont ces gens simples, des durs à cuire. Voilà comment nous sommes nous hommes du peuple, joyeux et obstinés. C’est ceux de la haute qui sont des mous, des piliers de pharmacie bourrés de barbituriques, rongés d’angoisse et de psychanalyse (…).

 

 in Les pâtres de la nuit (1970)

 

 

 

 

 

 

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13/12/2018

Sarah Roubato

 

Alors je venais au-dessus de toi et je te raccommodais le courage.

 

in 30 ans dans une heure

 

 

 

21:06 Publié dans CITATIONS | Lien permanent | Commentaires (0)

Jean Giono

 

Dès que les sens sont suffisamment aiguisés, ils trouvent partout ce qu’il faut pour découper les minces lamelles destinées au microscope du bonheur. 
Tout est de grande valeur : une foule, un visage, des visages, une démarche, un port de tête, des mains, une main, la solitude, un arbre, des arbres, une lumière, la nuit, des escaliers, des corridors, des bruits de pas, des rues désertes, des fleurs, un fleuve, des plaines, l’eau, le ciel, la terre, le feu, la mer, le battement d’un cœur, la pluie, le vent, le soleil, le chant du monde, le froid, le chaud, boire, manger, dormir, aimer.


in La Chasse au bonheur

 

 

 

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09/12/2018

Boris Vian

 

A tous les enfants
Qui sont partis le sac au dos
Par un brumeux matin d’avril
Je voudrais faire un monument
A tous les enfants
Qui ont pleuré le sac au dos
Les yeux baissés sur leurs chagrins
Je voudrais faire un monument
Pas de pierre, pas de béton
Ni de bronze qui devient vert
Sous la morsure aiguë du temps
Un monument de leur souffrance
Un monument de leur terreur
Aussi de leur étonnement
Voilà le monde parfumé
Plein de rires, plein d’oiseaux bleus
Soudain griffé d’un coup de feu
Un monde neuf où sur un corps
Qui va tomber
Grandit une tache de sang
Mais à tous ceux qui sont restés
Les pieds au chaud sous leur bureau
En calculant le rendement
De la guerre qu’ils ont voulue
A tous les gras tous les cocus
Qui ventripotent dans la vie
Et comptent comptent leurs écus
A tous ceux-là je dresserai
Le monument qui leur convient
Avec la schlague, avec le fouet
Avec mes pieds avec mes poings
Avec des mots qui colleront
Sur leurs faux-plis sur leurs bajoues
Des larmes de honte et de boue.

 

 

 

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