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01/06/2014

Xavier Lainé

 

 

Nous étions peuple du soleil et de l’amour

Nous voici peuple des brumes et des déserts

 De nos cœurs secs nous ne tirons que bois morts

  

in En quel sens irons-nous ?

 

 

Milan Kundera

Telle une femme qui se maquille avant de se dépêcher vers son premier rendez-vous, le monde, quand il accourt vers nous au moment de notre naissance, est déjà maquillé, masqué, préinterprété. Et les conformistes ne seront pas seuls à en être dupes; les êtres rebelles, avides de s'opposer à tout et à tous, ne se rendent pas compte à quel point eux-mêmes sont obéissants; ils ne se révolteront que contre ce qui est interprété (préinterprété) comme digne de révolte.  

 

in Le rideau

 

 

Jean-Christophe Fonteyne

  

Oui, nos pagodes s'évaporent en délires de lois froides,

Nous arrosons nos nuits de douleurs mécaniques et désincarnées,

Haïssant tant la vie que nos rues

Sont vides même d'insectes !

  

 in Barbares

 

Jean-Pierre Siméon

sais-tu le proverbe

qui dit que l’homme a trois oreilles

le cœur est la troisième

 

in lettre à la femme aimée au sujet de la mort

 

 

30/05/2014

Jean-Pierre Siméon

 

dehors la lumière glisse des doigts

 et se mêle à la boue du soir

les vents quittent la chaleur des toits

 

  

in lettre à la femme aimée au sujet de la mort

 

 

Patricia Cottron Daubigné

 

 rien qu’un goût de bouche

bouche à la bouche abreuvée

 au poivre de chair

 

in La théière

 

 

Patricia Cottron Daubigné

 

Théière fauve pour le temps des thés d’après-midi dans les heures étincelantes et mal apprivoisées du désir.

 

 in La théière

 

 

 

Roberto Juarroz

 

La part du oui qu'il y a dans le non et la part du non qu'il y a dans le oui sortent parfois de leur lit et s'unissent dans un autre lit qui n'est ni oui ni non Dans ce lit court le fleuve des plus vives eaux.

 

 

29/05/2014

Marie Laroche

 

Comme une muqueuse en relief, le mur saigne à vif.

Ses mille vaisseaux invisibles charrient la couleur de l’impasse.

 Le mur ne semble pas souffrir.

 

 

Jean-Christophe Fonteyne

 

Un jour tu te fis gouffre où j’ai jeté toute ma gentillesse

 

 in Ames/sang

 

 

 

Marguerite Yourcenar

 

la possibilité de jeter le masque en toutes choses

est l'un des rares avantages que je trouve à vieillir.

 

in Mémoires d'Hadrien

 

 

 

26/05/2014

Jacques Prévert

 
Il y a sur cette terre des gens qui s'entretuent ; c'est pas gai, je sais. Il y a aussi des gens qui s'entrevivent. J'irai les rejoindre.
 

 

24/05/2014

Michel Camus

Si l'écriture poétique est un art d'éveiller la conscience à l'énigme du sens, ou de faire abruptement allusion au secret du sens du sens au-delà du sens, avec le minimum de mots, autrement dit un art de l'intensité et de la densité, elle n'est pas seulement le résultat d'un savoir-faire (toujours impossible et toujours remis en question), mais surtout le fruit d'un ascétique processus de transformation intérieure qui se nourrit à tout instant de l'expérience la plus consciente et la plus immédiate de la vie. C'est un art de voir l'Imperceptible dans le perçu, le sacré dans le profane, la surnature dans la nature. Aux yeux de la conscience transcendantale, tout est signe de l'abyssale présence du Sans-Signe. Au fond, tout est sans fond, tout est sans nom. L'écriture poétique n'est jamais qu'un moyen de maîtriser le vertige ou la folie. De faire des sauts dans l'Inimaginable sans devenir fou.

 

  in Transpoétique. La main cachée entre poésie et science

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

22/05/2014

Rainer Maria Rilke

 

J'implore tous ceux qui m'aiment d'aimer ma solitude 

 

 

Michel Camus

La poésie ne travaille pas dans un champ clos, même si le langage est en lui-même un champ clos indéfini. Que sait-on de l'origine du langage ? Rien. La poésie est d'abord vécue dans une sorte de perception sans forme, silencieuse, mais illuminative. Ce n'est pas un savoir, c'est autre chose, c'est l'intuition donatrice originaire que l'espace de la poésie est infini , sans nom et sans fond, donc bien plus "fondamental" que n'importe quel niveau de réalité. Le paradoxe de la poésie c'est de faire allusion à la transparence de l'infini dans le fini avec-et-contre les mots de la tribu. Le champ de conscience de la poésie, c'est l'infiniment ouvert à l'intérieur de la langue comme un "trou" dans la langue.

 

On peut toujours dire que la poésie écrite est habitée par un certain imaginaire constitué par son langage métaphorique, mythique ou symbolique. Mais l'essentiel de la poésie, son miel le plus secret, n'est pas accessible dans l'oeuvre incarnée c'est-à-dire dans les sons, dans les images visuelles ou dans l'encre d'imprimerie sur le support du papier. L'essentiel de la poésie se vit en amont de l'imaginaire, du côté de la corne d'abondance de sa source d'inspiration. Source énigmatique dont on ne sait rien. Le paradigme de la transpoésie, c'est avant tout la nécessité de l'éveil de l'homme à ce qui le fonde, à ce qui le traverse et à ce qui le dépasse silencieusement.

 

En évoquant le miel le plus secret de la poésie, nous touchons ici un domaine où il n'y a rien à comprendre rationnellement, mais tout à vivre intuitivement. Le sentiment de l'Absolu ne se définira jamais. Il est vécu ou il n'est pas vécu. Tout rationnaliste ne verra là qu'illusion ou absurdité. Il n'est pire sourd, dit-on, que celui qui ne veut pas entendre. Mais la question est plus radicale : n'entend pas celui qui n'a pas le pouvoir d'entendre. Trop d'êtres humains sont hélas des huîtres scellées : jamais la lumière ne pénètre à l'intérieur.

 

  in Transpoétique. La main cachée entre poésie et science