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07/09/2014

Yosa Buson

 

Soir de printemps

 - de bougie en bougie

la flamme se transmet

 

 

Sam Shepard

 
 Le missionnaire européen était assis accroupi avec les Indiens Hurons en grand cercle autour d’un feu de camp. C’était une position à laquelle il n’était pas habitué, et il avait le sentiment qu’elle ne l’aiderait pas à convaincre les Indiens de partager son point de vue. Néanmoins il leur a exposé courageusement l’idée selon laquelle il n’était pas un mais deux. En l’entendant les guerriers ont... éclaté de rire et ont commencé à jeter de gros bâtons et de la poussière dans le feu. Un étrange mélange de terreur et de ressentiment a alors envahi le cœur du missionnaire. Lorsque les rires ont cessé, il a poursuivi son exposé. Avec patience, il a expliqué aux sauvages que ce corps fait de chair et de sang qu’ils voyaient assis devant eux n’était qu’une coquille extérieure, et qu’en lui un corps invisible plus petit habitait, qui un jour s’envolerait pour vivre dans les cieux. Les Hurons ont gloussé de plus belle, en se faisant des signes de tête entendus tout en vidant les cendres de leurs pipes en pierre dans le feu crépitant. Le missionnaire avait le sentiment d’être profondément incompris, et était sur le point de se lever pour regagner sa tente, vexé, lorsqu’un vieil homme près de lui l’a arrêté en lui saisissant l’épaule. Il lui a expliqué que tous les guerriers et les chamans présents dans le cercle connaissaient l’existence de ces deux corps et qu’ils avaient également de petits êtres qui vivaient en eux, au cœur de leurs poitrines, et qui s’envolaient eux aussi au moment de la mort. Cette nouvelle a réjoui le missionnaire, et l’a convaincu que les Indiens étaient désormais sur le même chemin spirituel que lui. Avec un zèle renouvelé, il a demandé au vieil homme où, selon son peuple, ces petits êtres intérieurs s’en allaient. Les Hurons ont tous recommencé à rire, et le vieil homme a désigné du doigt la cime d’un énorme cèdre millénaire dont la silhouette se dressait dans la lueur du feu. Il a dit au missionnaire que ces « petits êtres » allaient au sommet de cet arbre puis descendaient dans son tronc et ses branches, où ils vivaient pour l’éternité, et que c’était pour cela qu’il ne pouvait pas l’abattre pour construire sa petite chapelle.
 
 
in Chroniques des jours enfuis
 
 

05/09/2014

Hermann Hesse

 

Si la majorité a raison, si cette musique dans les cafés, ces divertissements de masse, ces êtres américanisés aux désirs tellement vite assouvis représentent le bien, alors, je suis dans l'erreur, je suis fou, je suis vraiment un loup des steppes, comme je me suis souvent surnommé moi-même ; un animal égaré dans un monde qui lui est étranger et incompréhensible.~~

 
in Le Loup des Steppes

 

 

03/09/2014

Antoine de Saint-Exupéry

 

Je te le dis, la grande erreur est d'ignorer que recevoir est bien autre chose qu'accepter. Recevoir est d'abord un don, celui de soi-même. Avare non pas celui qui ne se ruine pas en présents, mais celui qui ne donne point la lumière de son propre visage en échange de ton offrande.

 

 

29/08/2014

Philippe Claudel

 

Elle a lampé à la bouteille un oubli aux couleurs de lune morte

 

 in Barrio Flores

 

 

27/08/2014

Pascal Perrot

 

Comme si nos révolutions s’étaient accomplies avec des anges de pureté, pas avec de sales types dépenaillés et sectaires, qui faisaient rouler des têtes dans des paniers pleins de son. Dont le ventre gargouillait. Qui pour briser le néant qu’on avait donné pour prix de leur existence, pillaient, violaient, massacraient !

 

in Rupture des stocks

 

 

Raymond Abélio

 

L'éclat de la lumière qu'un être est capable de tirer de soi en se meurtrissant aux silex de la route se mesure à l'épaisseur de la nuit, à la profondeur des abîmes dans lesquels il peut avancer sans sombrer.

 

in  Les Yeux d'Ezéchiel sont ouverts

 

 

Laurent Fadanni

  

je veux chanter le dépouillement

 l’abandon

les chemins avalés à nu

 je veux chanter la pierre sur laquelle mon pied a buté

 car c’est elle qui m’a appris à danser

 à dégager mon corps de l’attraction des astres

 c’est elle qui a réveillé l’acrobate qui dormait en moi

 qui m’a sculpté des ailes

 

 et je sais le prix des envolées à l’ampleur de la chute

 chaque fois que je suis tombé

 j’ai laissé un peu de moi sur la route

 voilà pourquoi je vais léger

 et démultiplié

 

 

18/08/2014

Proverbe ashanti, Ghana

 

Nul ne connaît l’histoire de la prochaine aurore

 

 

 

15/08/2014

Proverbe moru, Mali

 

C’est bien d’avoir une femme, même si elle ne fait rien,

elle peut au moins te couvrir de ses gros seins

 

 

 

Thomas Grison

 

Reste que les oies sauvages

N’ont d’yeux que pour le ciel

Du haut de leur mille ans d’oisiveté

 

 in Sans aucun doute peut-être

 

 

14/08/2014

Laurent Fadanni

 

Le vent redouble

Tu dis que tu as froid

Pourquoi ne deviens-tu pas vent

 

 

13/08/2014

Ludovic Kaspar

 

Il y eut brutalement un désert impeccable

 

in Le décapsuleur

 

 

Béatrice Gaudy

 

Le coquillage a traversé

Des millénaires

Pour jaser à ton oreille

Il connaît la source

D’où jaillissent les étoiles

 

in Fossile

 

 

 

Patrice Blanc

 

Ma nuit……

 

 Ma nuit

M’habille en colt

En souris

En vertèbres

 

Joyeuse impatiente et nue elle

Digère ma vie

 

 Ma nuit

m’habille de plumes

de morves

et de larmes

 

gigantesque présence elle

dégaine mes nerfs

 

Ma nuit

s’esquive en moi

en cratères

en orient

 

magnifique lumière nue elle

 assoiffe ma vie

 

Ma nuit…