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31/12/2015

Cécile Sauvage

 

Ô mon fils, je tiendrai ta tête dans ma main,

Je dirai : j'ai pétri ce petit monde humain,

Sous ce front dont la courbe est une aurore étroite j'ai logé l'univers rajeuni qui miroite Et qui lave d'azur les chagrins pluvieux.

Je dirai : j'ai donné cette flamme à ces yeux,

J'ai tiré du sourire ambigu de la lune,

Des reflets de la mer, du velours de la prune

Ces deux astres naïfs ouverts sur l'infini.

Je dirai : j'ai formé cette joue et ce nid

De la bouche où l'oiseau de la voix se démène;

C'est mon oeuvre, ce monde avec sa face humaine.

O mon fils , je tiendrai ta tête dans ma main et, songeant que le jour monte, brille et s'éteint,

Je verrai sous tes chairs joyeuses et vermeilles

Couvertes d'un pétale à tromper les abeilles,

Je verrai s'enfoncer les orbites en creux, l'ossature du nez offrir ses trous ombreux,

Les dents rire sur la mâchoire dévastée

Et ta tête de mort, c'est moi qui l'ai sculptée.

 

in L'âme en bourgeon, un recueil de poésie de 1908, qu'elle dédie à son fils Olivier Messiaen

 

 

 

30/12/2015

Luis Sepúlveda

 

« - Comment avez-vous fait ? a demandé mon socio.

- Quoi donc ? s’est étonnée la vieille dame.

- La fleur, ai-je ajouté en montrant le rameau qui avait fleuri entre ses mains.

- Je ne sais pas. C’est un don, parait-il. Tout ce que je touche vit, a-t-elle répondu timidement. »

 

in Dernières nouvelles du Sud

 

 

Louis Raoul

 

Je te cherche encore

Sachant l’inutile

J’interroge les rues de tes pas

J’essaie des portes

Dans la chambre-seconde

Où ton souffle habitait. 

 

in Triptyque du veilleur

 

 

 

Erri de Luca

 

L’humanité sera rare, métisse, bohémienne

Et elle ira à pied. Elle aura pour butin la vie

La plus grande richesse à transmettre ses fils. 

 

 

Erri de Luca

 

Nous nous détachons de la moitié du monde, non pas du Sud

 

in Aller simple

 

 

 

Luis Sepúlveda

 

On a la nostalgie de ce qu’on vous arrache, non de choses imaginaires.

 

in Dernières nouvelles du Sud

 

 

 

Elisa Parre

 

L’âme dit au corps

j’ai besoin que tu cuises

ton argile crue

aux enfers

 

 in Quotidiens surpris

 

 

Jacques Coly

 

& la moelle & l’âme dans la gueule du loup ce sont toujours les mêmes personnages hirsutes qui posent l’indéchiffrable énigme saurions-nous marcher sans croix blanche dans le dos ? n’éveillez pas le chien qui dort dites-lui tout bas que la lune n’est pas une tranche de citron amer qu’elle saigne bel et bien fidèle & glacée

in  Livre d'Öpame

 

 

29/12/2015

Marthe Émon-Peyrat

 

seins de silence

arbres profonds

la lumière transperçait les feuilles

tu me montrais les sangliers

qui se baignaient dans l’eau du monde

et qui gîtaient contre mon ventre

 

 in tu as ouvert l’autre porte

 

 

 

Armand le Poète

 

Quand tu dors

(mais tu ne le sais pas)

tu deviens

le quartier général

des papillons 

 

in Mes plus beaux poèmes d’amour

 

 

 

28/12/2015

Ile Eniger

 

– Tu comprends, à choisir un code je n’en vois qu’un : l’amour. Je me fiche que cela paraisse désuet, ou décrété impossible par une tonne de crétins. Il y a une perfection quelque part, je la cherche. Je ne vis pas à contre-courant, j’essaie d’aller dans mon courant. 

 

 in La femme en vol

 

 

 

Georges Cathalo

 

sept ans de visites

ont achevé Lascaux

effacé 15000 ans d’Histoire

mais on a reconstitué

une grotte postiche

pour se souvenir du passé

après ça dépêchons-nous

de reproduire la planète

en photocopie-minute

car elle n’a pas de double

 

in Quotidiennes pour oublier

 

 

Saïd Mohamed

 

La dentelle des jours nous pousse à faire escale

dans les ports aux romances inachevées,

à chercher dans la multitude des petits riens

ces choses de peu qui manquent le plus.

 

in L’éponge des mots

 

 

André Laude

 

 Je longe le long sillon qui conduit aux morts muets.

Je songe à la neige, aux chevaux de feu,

à l’hiver des paroles.

Je vois des bois brûlés, des vaisseaux échoués,

des mouettes prises par le gel.

Je longe le fleuve de sang et de larmes

qui traverse les inquiétantes ruines.

Je sens l’odeur des prédateurs, l’urine

de la hyène, la matière fécale des jeunes bébés.

J’écris à partir d’un noyau de nuit.

J’écris à partir d’une tranchée noyée de boue.

J’écris corde au cou.

La trappe déjà tremble sous mes pieds.

Je longe le marbre froid qui donne le frisson

et chante une très étrange et vieille chanson,

qui dit qu’aujourd’hui et pour toujours

le ver est dans le fruit.

 

 

 

 

Lautréamont

 

 J'ai reçu la vie comme une blessure et j'ai défendu au suicide de guérir la cicatrice.