René de Obaldia
Cherche un amant
Aussi beau qu'un éléphant
Éléphant avec des ailes
Ayant des douceurs de gazelle
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Cherche un amant
Aussi beau qu'un éléphant
Éléphant avec des ailes
Ayant des douceurs de gazelle
tu constates que l'ordinaire ne l'est pas tant
et que l'extraordinaire ne l'est pas trop
la flemme devient ta religion officielle
l'an dernier à la même époque tu ne voulais voir personne
elle te mentait tellement mal
que c'était tellement beau
que tu brûlais tellement bien
trop vieux
trop pessimiste
tu t'en donnes des surnoms
monstre parmi les dieux
dans les caillasses de tes coussins
tu rêves d'une louve aux yeux cousus
tu rêves d'être à bord d'un train filant sous la lune
qu'ils te pourrissent l'esprit
ou bien qu'ils t'aident à croire en toi
les gens sont comme ça
toujours en transit
tu ne leur en veux pas cette fois-ci
tu surfes juste sur leur haleine morte
et leurs beaux sourires de faux culs qui se sentent si puissants
géométrie variable des oiseaux migrateurs par dessus le faubourg
où tu es ton propre coiffeur et ton propre infirmier
il ne s'y passe strictement rien en ce jour férié
et c'est exactement pour cette raison que tu es venu là
en quête de vin
poison qui te répare
au sortir du métro une voix horrible dit des choses si douces
les désespérés ont leur logique
les désespérés ont leur logique
émotions qui te percutent indéfinissables
la thérapie n'a pas marché
le désorientalisme t'apporte beaucoup plus
qui rend utiles les mauvais souvenirs
cocaïne des images
cocaïne des images
ton corps émet des codes
le ciel est fou
les nuages semblent en feu
les pertes que t'inflige ce monde brutal qui s'en fout te réduisent à l'essentiel
vérité vraie plus grande que toi-même
vieux concepts qui te mangent et qui te chient
tu voulais des trucs
tu les as eus et puis tu les as abandonnés
ego malade
sur le chemin du retour
tu marches sur le trottoir de cette rue qui n'en finit pas
une voiture perd le contrôle qui fonce vers toi et s'encastre dans la barrière boule derrière laquelle
tu attends figé
un choc qui ne viendra pas
cascade calibrée par ton ange gardien
qui apparemment ne picole plus lui
La société a vite fait de dénoncer comme « folle » une personne qui semble en-dehors de la norme. Or, en matière d’humanité, définir une norme est extrêmement dangereux : la norme ne contribue pas seulement à regrouper les « normaux » sous une bannière rassurante ; elle constitue surtout un moyen d’exclusion terriblement efficace, un outil de discrimination, parfois jusqu’à la négation de la personne dite hors-norme et jusqu’au doute sur son humanité. (…) Les scientifiques ont ainsi ouvert la boite crânienne de Ravachol en 1892, parce qu’ils pensaient prouver que le germe de l’anarchisme avait détruit son cerveau !
(…)
La maladie mentale est en effet largement politique : selon le contexte, sera déclaré fou tel ou tel, et si le contexte change, un malade mental pourra passer dans la catégorie des gens normaux et inversement.
in L'anarchie ou le chaos
Le besoin de critiquer est comme une maladie, et une maladie contagieuse. (…) Cela vaut aussi pour les individus : considère leurs qualités, prends en eux ce qu’ils ont de bon, et quant à leurs défauts, laisse-les leur. C’est leur affaire et non la tienne.
Et surtout Amadou, ne crois pas que le commandement, quel qu’il soit, ait jamais passé une nuit entière aux côtés de la vérité et de la justice. Ils ne peuvent demeurer ensemble, parce que la justice tue le commandement. Quand le commandement, ou le gouvernement, fait rendre la justice, c’est que cette justice ne lui gâche rien. Bien entendu, il arrive que le commandement revête le manteau de la religion, mais alors, attention ! Ce n’est plus de la religion, c’est du « commandement par la religion », ou de la « religion domestiquée ».
in Oui mon commandant !
Cette vie, la fêter
en allant jusqu’au bout
dans la paix et la fièvre,
ayant su la risquer
en se tenant debout
et la caresse aux lèvres.
La fêter en secret
en lui offrant son temps
et croire désapprendre
la peine et les regrets
en leur abandonnant
les jours tombés en cendre.
in De chair et de mots
Ne pas accepter un autre ordre que celui des affinités, une autre chronologie que celle du cœur, un autre horaire que celui des rencontres à contretemps, les véritables.
in Crépuscule d’automne
L’espoir est ce qu’il y a de plus désagréable aux âmes blessés.
Il n’y a plus qu’à attendre que la plaie du bonheur cicatrise.
Une injustice faite à un seul homme est une menace pour tous.
Moi n'existe pas si le nous est absent
La racine du racisme c'est la négation de soi-même, renier un alter ego de l'espèce humaine est un rejet de l'humanité, ne peut s'affirmer être humain un vivant qui se réclame d'une identité autre qu'humaine.
Le rejet de son semblable est le propre de l'inculture, la grande dérive de ce monde est le monopole des cultures, la culture d'un peuple est un air commun à chaque humain, ça circule, s'il n'est pas respiré, l'étouffement est assuré.
faut parfois bousculer le paysage et oser enfin
s’écorcher la langue sur le tranchant d’un jour neuf
in Un jour, j’ai pas dormi de la nuit
Si tu croises un mammouth à l’arrêt du bus, dis-toi que tu n’es pas le seul à perdre les pédales. Lui aussi s’est sans doute trompé d’époque et de chemins.
in Sentences de solitude
La vie est faite de hauts et de bas ; la mort est déjà plus horizontale.
in Sentences de solitude
Le diable sort au chant du corbeau
La première nuit à tire-d’aile, nous avons pris notre envol.
Tout juste sortis de l’enfer, nous avons niché
dans l’arbre à lunes
parce que l’arbre de vie
était chargé de citrons
et que l’arbre de mort
avait blanchi sous les cocons laiteux des anges.
Nous avons secoué l’arbre et les lunes
sont tombées à côté des crânes de mastodonte
éraflés et abrasés par le sable.
Le chant du corbeau
"Je suis venu de bien loin
Pour porter la mauvaise nouvelle.
J'ai surmonté la montagne,
J'ai traversé le nuage bas,
J'ai contemplé mon ventre dans l'étang.
J'ai volé sans repos
Cent milles sans repos
Pour trouver ta fenêtre
Pour trouver ton oreille
Pour t'apporter la triste nouvelle
Qui arrache la joie de ton sommeil,
Qui pourrit ton pain et ton vin,
Qui s'installe chaque soir en ton cœur."
Ainsi chante-t-il abject, dansant
Au-delà de la vitre, sur la neige.
Il se tait, regarde malignement,
De son bec, signe le sol d'une croix
Et tient ouvertes ses ailes noires.
Ô cœur de l’homme, ô toi, misérable martyr,
Que dévore l’amour et que ronge la haine,
Toi qui veux être libre et qui baises ta chaîne !
in Fiat Nox