Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

RÉSONNANCE & COPINAGES - Page 10

  • Gharib Asqalani  - Les oiseaux dans le ciel de Gaza

                 

    JL Millet 2004.jpg

     jlmi 2020 

     

    Il n’y a pas d’oiseaux dans le ciel de Gaza,

    aucun vent ne porte les plumes de leurs ailes,

    aucune brise n’apporte la senteur des saisons.

    Les saisons : portes de sang à l’infini.

    A Gaza, l’air est lourd

    triste

    pollué

    occupé.

    Les gens ne considèrent plus les corbeaux

    et les hiboux comme les oiseaux de malheur,

    les corbeaux noirs ont abandonné les cimes des cyprès et ont cessé de croasser,

    les hiboux ne trouvent plus dans les arbres

    assez d’obscurité pour s’y réfugier pendant le jour,

    les ailes des chauves-souris se sont déchirées

    à cause des débris d’explosions.

    A toute heure, les avions bourdonnent dan l’espace,

    filment ce qui se passe sur le sol,

    enregistrent les mouvements des gens,

    même dans leurs chambres à coucher,

    sur les pauvres tables des déjeuners.

    A Gaza,

    la situation annonce une nudité forcée,

    sans honte ni scandale,

    sinon celle des Israéliens,

    à chaque instant,

    tous les jours,

    il n’y a de présence que pour les hurlements des Apache,

    des F16 et des Cobra, s’il y a lieu.

    Dans les airs, la mort guette les gens,

    les bêtes,

    les oiseaux,

    les maisons,

    l’asphalte des rues qui ne sont plus goudronnées.

    Le gibier c’est un enfant 

    un homme 

    une femme 

    une ruelle qui dort sur sa faim,

    ses blessures et ses morts.

    L’assassinat à Gaza est devenu un rite

    quotidiennement renouvelé qui dispense son éclat,

    l’assassiné 

    le martyr ferme ses paupières dans un repos éternel

    sans se demander si ses membres se sont dispersés ou ont éclaté.

    La situation à Gaza c’est le siège.

    La situation c’est la mort et les questions à propos d’une patrie.

    La situation à Gaza c’est la recherche d’une fleur

    dans les méandres des cauchemars,

    un archet et un rebab (*) qui laissent fuser un air fissuré sur une corde cassée 

    fixée.

     

    (*) le rebab est un instrument de musique à cordes frottées

     

     

    Merci à jlmi

    http://auhasarddeconnivences.eklablog.com/

     

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Sylvie Rouat

     

    Notre Univers est composé de structures filamentaires de matière noire s’entrelaçant en un réseau cosmique dont les points de croisement concentrent les galaxies en amas.

     

    in Euclid : une première plongée époustouflante dans les abysses cosmologiques, Sciences et avenir, 7 novembre 2023

     

  • Jan Richardson

    I cannot tell you
    how the light comes.
    What I know
    is that it is more ancient
    than imagining.
    That it travels
    across an astounding expanse
    to reach us.
    That it loves
    searching out
    what is hidden
    what is lost
    what is forgotten
    or in peril
    or in pain.
    That it has a fondness
    for the body
    for finding its way
    toward flesh
    for tracing the edges
    of form
    for shining forth
    through the eye,
    the hand,
    the heart.
    I cannot tell you
    how the light comes,
    but that it does.
    That it will.
    That it works its way
    into the deepest dark
    that enfolds you,
    though it may seem
    long ages in coming
    or arrive in a shape
    you did not foresee.


     

     

    Je ne peux vous dire 
    comment vient la lumière.
    Ce que je sais,
    c'est qu'elle est plus ancienne 
    que l'imagination.
    Qu'elle voyage 
    à travers un espace stupéfiant 
    pour nous atteindre.
    Qu'elle aime rechercher
    ce qui est caché
    ce qui est perdu
    ce qui est oublié
    ou en danger
    ou en souffrance.
    Qu'elle a une affection pour le corps
    pour trouver son chemin vers la chair
    pour tracer les contours des formes
    pour éclairer à travers l'œil,
    la main, 
    le cœur.
    Je ne peux vous dire 
    comment vient la lumière,
    mais peux vous assurer qu'elle vient.
    Qu'elle le fera.
    Qu'elle se forera une voie
    dans l'obscurité la plus profonde
    qui vous enveloppe,
    même si cela peut sembler
    prendre une éternité à venir
    ou arriver sous une forme
    que vous n'aviez pas prévue.

     

    traduit par moi-même

     

     

  • Anne Dufourmantelle

    La douceur a fait pacte avec la vérité ; elle est une éthique redoutable.

    Elle ne peut se trahir, sauf à être falsifiée. La menace de mort même ne peut la contrer.

    La douceur est politique. Elle ne plie pas, n'accorde aucun délai, aucune excuse. Elle est un verbe : on fait acte de douceur. Elle s'accorde au présent et inquiète toutes les possibilités de l'humain.

    De l'animalité, elle garde l'instinct, de l'enfance l'énigme, de la prière l'apaisement, de la nature, l'imprévisibilité, de la lumière, la lumière.

     

    in Puissance de la douceur

     

     

     

  • Georges de Cagliari

    LA BEAUTÉ

     

    Sous les pieds du désert, la beauté prend patience.

    Elle naîtra peut-être de l’épine dans le talon d’un nouveau-né,

    ou d’un foisonnement d’oracles à l’embouchure du silence,

    ou du parfum d’un trait entre le cri de l’œil et l’hégémonie des couleurs,

    mais toujours à partir d’un rien, comme une montagne d’un chant de pâtre.

    La beauté naîtra !

    Aussi évidente qu’un lait de brume sur l’aréole des matins.

    Elle aura pour berceau l’espace et le confinement,

    la laideur et le ciel marin,

    tout ce qui fait le sang de son enfantement.

    Contre les sentences des codes,

    malgré les griffons noirs assis sur les marches du trône,

    la beauté naîtra par surprise,

    par violence ou détournement,

    ou par magie d’esprit, dans la bure épaisse d’une folie élaborée !

    Et ce sera tresses d’azur dans l’échancrure des grottes

    et ce sera l’effarement des dunes,

    confites dans la comptabilité béates des ondulations.

    La beauté naîtra !

    Que les vagues le disent aux plages pachydermes :

    quelle que soit sa mature, elle accostera sur nos ères comme un galion d’épices pour l’ivresse des vents de terre,

    et ce sera jeux de vitrail dans la composition des pistes neuves à fouler.

    Qu’on l'assène aux masques assoupis sous la férule des beffrois !

    Ils peuvent faire rouler les dés,

    ils peuvent biseauter les cartes,

    la beauté viendra du dehors,

    par le chemin inexploré,

    par la douve vouée à la fermentation des herbes,

    par les premiers mots de l’enfant devant la porte condamnée !

    La beauté viendra.

    Déjà, des géométries impalpables s’instaurent entre le geste ancien et le battement d’ailes,

    déjà dans les pierres grises, une oasis mûrit .

    Regarde mieux !

    Non pas le cavalier et sa fanfare d’orgueil, mais la sculpture du vent entre sa monture et le ciel.

    Regarde mieux !

    Tu seras ébloui comme au commencement.

     

    in Cécité pour mieux voir, éd. de la Musaraigne

     

     

     

     

  • Stranieri Ovunque

    Contrairement à ce que voudrait nous faire croire la propagande raciste, les migrations ne concernent que pour 17 % les riches pays du Nord, et concernent tous les continents (en particulier l’Asie et l’Afrique) ; ce qui signifie que pour chaque pays pauvre, il s’en trouve un encore plus pauvre d’où fuient des migrants. La mobilisation totale imposée par l’économie et les États est un phénomène planétaire, une guerre civile non déclarée et sans frontière : des millions d’exploités errent dans l’enfer du paradis marchand, ballottés de frontière en frontière, enfermés dans des camps de réfugiés, encerclés par la police et l’armée, et gérés par les organisations dites de charité — complices des tragédies dont elles ne dénoncent pas les causes réelles dans le seul but de profiter de leurs conséquences —, entassés dans les « zones d’attente » des aéroports ou dans les stades, enfermés dans des camps […] pour être enfin ficelés et expulsés dans l’indifférence la plus totale. »

     

     in Partout des étrangers

     

     

  • Georges Didi-Huberman & Niki Giannari

    (...) Après tout, les réfugiés ne font que revenir. Ils ne « débarquent » pas de rien, ni de nulle part. Quand on les considère comme des foules d’envahisseurs venus de contrées hostiles, quand on confond en eux l’ennemi avec l’étranger, cela veut surtout dire que l’on tente de conjurer quelque chose qui, de fait, a déjà eu lieu : quelque chose que l’on refoule de sa propre généalogie. Ce quelque chose, c’est que nous sommes tous des enfants de migrants et que les migrants ne sont que nos parents revenants, fussent-ils « lointains » (comme on parle des cousins). L’autochtonie que vise, aujourd’hui, l’emploi paranoïaque du mot « identité », n’existe tout simplement pas et c’est pourquoi toute nation, toute région, toute ville ou tout village sont habités de peuples au pluriel, de peuples qui coexistent, qui cohabitent, et jamais d’« un peuple » autoproclamé dans son fantasme de « pure ascendance ». Personne en Europe n’est « pur » de quoi que ce soit — comme les nazis en ont rêvé, comme en rêvent aujourd’hui les nouveaux fascistes — et si nous l’étions par le maléfice de quelque parfaite endogamie pendant des siècles, nous serions à coup sûr génétiquement malades, c’est-à-dire « dégénérés ».


     
     in Passer, quoi qu’il en coûte

     

     

     

     

     

     

  • Éric Barbier - entretien avec Éric Chassefière - Francopolis, déc. 2023

    Dans le dernier numéro de l'année de Francopolis, la joie de lire et relire un ami de plume comme Eric Barbier dans un entretien avec Éric Chassefière (quelques extraits ci-dessous) qui a repris la revue et les publications d'Encres Vives de Michel Cosem.

     

     

    Le très proche lointain, le vol d’un aigle ou d’un vautour – ‘l’oiseau même seul est un grand peuple’ – une vive lumière sur les adrets, le voyage de la roche immense. Ce qui ainsi par ce souffle rapproche les mots, là où le poème se fait chemin.

     

    (…)

    la beauté relève de ce qui échappe aux définitions. La beauté, prétention ou réalité, une insurrection au plus près de soi, l’éphémère, le dérobé, l’agitation du temps dans l’image provisoirement immobile.  La beauté, tentation à poursuivre, elle qui devrait nous préserver de l’inattention, nous permettre de reprendre vie.

     

    (…) Le poème devrait faire apparaître cette mémoire qui sans vouloir recourir sans cesse au passé, dans un vivifiant tremblement, offre l’histoire à notre présent ; cette mémoire que la beauté éveille, langue singulière parole dénuée d’ornements, pour retrouver ce que les hommes ont en partage.

     

    (…) avancer par ses moyens dans les plus sérieuses ombres vers la pointe du dénuement pour voir apparaître une rive différente, pour arpenter un sol qui ne cède pas.

     

    Et sont publiés à la suite de l'entretien des poèmes inédits donc voici quelques extraits également :

     

    (...)

     

    L’entretien infini renverse le crépuscule

    se reposer dans un temps éloigné

    tout retrouver ne rien reconnaître

    tout deviner ne rien apprendre

    rester à vue : la main elle

    voudrait reprendre le témoignage de

    cette jouissance stupéfaite qui épouse

    la rousseur de la roche.

     

    Le vent après avoir livré

    cent-douze histoires à

    l’assemblée des carex disperse

    l’apprentissage résigné de l’homme.

     

    (…)

     

    J’ai retiré mes yeux

    de la nuit qui s’avançait

    peut-être ces cris l’occupaient-elles

    splendeur distante

    lumière d’après les orages

    telle la pierre lancée

    dans l’accalmie du ruisseau

    ou la graine échappée du fruit

    goûté lors d’un songe tumultueux

    je tente une présence parmi

    l’alphabet en friches

    de la commune obscurité.

     

    (…)

     

    Eaux violentes nouveaux prétextes

    elle vivrait déjà en nous

    cette charbonneuse patience

    la débauche du soleil

    débordera les maisons

    nous en boirons les mémoires

    à gorge primitive

    le visage doucement ébréché

    par les semblants du crépuscule.

     

     

     

     

    Hors de souffle

    hors de portée

    hors d’atteinte

    une saison trompeuse

    invite à ne plus rien quitter

    au plus près il ne s’agit

    ni de peur ni de mort

    tout reviendra

    dans un jour différent

    tout se répètera

    pour mieux nous abandonner

    hors de souffle.

     

    (…)

     

    Le soleil s’étend prudemment

    dans ta bouche

    genévriers bouses sèches

    douceur abrupte de la neige tôt venue

    évidence qui ne devra être répétée

    ni mutisme ni aveux

    savoir exactement

    ce qui pourra être déclaré

    les nuages rabrouent la pâleur nouvelle des versants

    lumière rase yeux courbés

    au retour s’imposent d’anciennes réponses.

     

    *

     

    Boire une gorgée pour

    saluer les autres saisons

    de l’homme ciel

    confédération de nuées

    la beauté devient un

    instant tendu entre

    deux absences une mer

    somnolente d’orties

    peuple plusieurs imaginations

    laquets bruyères fleuries

    virtuosité herbeuse de l’été.

     

    *

     

    Eaux blanches

    Eaux brunes

    écume de mai

    la neige tardive reste gardienne de leurs chants

    fragile perpétuité arbres sentinelles

    près du col

    pierres belliqueuses

    réconciliées dans le bleu du ciel

    Eaux blanches

    Eaux brunes

    comme tout ce qui difficilement s’énumère

    la beauté accueille voluptueusement nos interrogations

    reste l’abandon

    des guides

    nulle distance entre espoir et devenir

    Eaux blanches

    Eaux brunes

    aucune question ne sera retenue

    splendeur mal retranscrite

    où se rassemblent les

    vertus dissipées du jour.

     

    *

     

    Chaleur incrédule

    ciel fou d’exactitude

    une fête s’annonce

    l’été déjà la sait ultime

    dernières rumeurs d’une célébration

    reste une promesse dont personne

    ne certifiera l’accomplissement

    mais

    quel corps justement devrait

    se donner aux nuages tardifs

    mutisme sans réponses

    baiser profond sur les lèvres

    inattendues du rocher.

     

    *

     

    Cette lumière

    que l’on ne peut nommer

    marcher à distance nécessaire

    de l’ombre qui me suit

    repos fleurs méconnues

    ignorance que n’éteindrait

    aucun livre

    roche sévère comme

    une jeunesse sans mensonges

    le temps et le sentier

    se dérobent sous le pas

    longue présence

    mémoire que

    chaque jour

    retrouve.

     

    *

     

    Ce qui n’était

    même ruisseau

    prend langue de glace

    la mort

    ne porte pas un nom fidèle

    sur la lente vitre

    le jour naissant

    confirme

    l’indiscipline ouvragée

    du temps.

     

    *

     

    Lumière difficile

    la chaleur qui l’épuise

    doit provenir des temps

    les mieux oubliés

    et voilà comme image

    celle d’un homme

    qui parlerait d’autres saisons

    sur le chemin

    la poussière de l’été

    improvise certains détours.

     

    (...)

     

     Source : http://www.francopolis.net/salon2/E.Barbier-NovDec2023.html

     

     

  • Le dernier poème de Refaat Al Areer

     
    "Si je dois mourir
    tu dois vivre
    pour raconter mon histoire
    pour vendre mes effets
    et acheter une étoffe
    et quelques ficelles
    (une étoffe blanche avec une longue traîne)
    pour qu'un enfant quelque part à Gaza
    en regardant le paradis dans les yeux
    guettant son père parti dans un brasier
    sans dire adieu à personne
    pas même à sa chair
    pas même à lui-même
    voie le cerf-volant, mon cerf-volant tout là-haut
    que tu auras fabriqué, volant tout là-haut
    et pense un instant qu'un ange est là
    ramenant l'amour
    Si je dois mourir
    fais que cela apporte de l'espoir
    que ce soit un conte"
     
     
    Refaat Al Areer, poète palestinien, professeur de littérature anglaise, mort à Gaza sous les bombes la nuit dernière avec six membres de sa famille, donc quatre enfants.
     
     
    NON À LA GUERRE ! STOP !