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23/11/2013

Golnaz Fathi

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Rouge j’ai vu les flambeaux veines à ma bouche

si vive à dévorer l’aréole du ciel

J’ai vu les vagues les poissons les bâtiments crasses

Les amanites de tôle les balles fleurs les écornures

Les langues perforées sur des morceaux de soleil

J’ai vu les boursouflures colliers de perles rares sur la terre mûre

 

 

in Bleu écarlate

Mystica perdita, 2009

 

 

 

Elisabetta Diamanti

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Les pissenlits en graines, réfractaires aux vœux, nous manquons de souffle. Se séparer. Être dans l’instant d’un bourdonnement qui passe, faire taire les pensées, l’espoir, le désespoir. Se séparer. Arrêter les pensées ? Impossible ! Elles tournent, tournent, infernal manège, on n’en veut pas, on n’en veut, à l’autre. Un bourdon sur ma peau, doux, mais aussitôt la peur, ancestrale peut-être, de la piqûre.

 

cg in A la loupe, tout est rituel

 

 

 

 

 

Mikio Watanabe

MIKIO WATANABE a.jpg

 

J’apprends la tranquillité du chat et reçoit l’assourdissant bruissement de tout ce qui m’entoure. Chante l’oiseau, à me tourner la tête d’un bonheur toujours plus fou, à me faire juter l’âme. Des pans entiers d’armure étriquée qui s’effondrent, étriquée et ridicule. J’avance, féline, toujours plus nue, toujours plus libre. Le monde est dense, moelleux et la végétation est un champ de louanges. Les coutures ont craqué, les masques, les camisoles, les obligations factices ont fondu comme cubes de glace sous des cascades de feu, comme voleront ces mots à la prochaine tempête…

 

 

cg in A la loupe, tout est rituel

 

 

 

 

 

 

Mikio Watanabe - Equilibre - 2006

 

MIKIO WATANAB Equilibre 2006.jpg

 

Respirer, ne pas perdre cette joie paisible, cet équilibre retrouvé depuis le début de l’été. Respirer, comme les arbres, encore verts. Finalement, l’automne pourrait bien être doux et ce serait tant mieux. Nous avons besoin de douceur.

 

cg in A la loupe, tout est rituel

 

 

 

 

 

 

 

Mick Payton et Sexe de Pan

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SEXE DE PAN

 

 

deux étoiles ont filé

dans la nuit belle

douces fièvres herbacées

ou peut-être mélodie

d’un prélude à la folie

 

 

trouvé à mes pieds

chez un ami

un ami ?

un phallus

de bois noir

dans son étui d’écorce

 

 

moi

jetée au ciel

en attente toujours

de jaillissement

ce qui n’empêche…

 

 

j’aime à fleurir

clandestinement

m’ouvrir à des nuits étoilées de plaisir

éclater sous la brûlure d’un soleil mâle

 

 

perles d’ombres

sous les paupières

dans mon creuset

mélanges ardents

 

 

je pense à toi virtuose

de ma sensualité débridée

 

 ces façons intimes d’allumer le feu

réchauffer la vie

nous appartiennent

 

 

ma bouche gorgée de ta bouche

de ton oiseau sexe palpitant phare de fièvre

de nos cabotages nocturnes 

 

tu es parfum d’humanité un mâle de mon espèce

et tu tiens entre doigts et langue des bouquets d’étoiles

à jouir  

je grésille ne suis que source épanchée

et mon cœur anémone

se déborde à tous vents

 

ne sent pas le danger

seulement l’ivresse de la chute

sans aucune autre limite

 

que nos faiblesses

humaines.

 

 

 

cg in Salines

(in Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique 2010)

 

 

 

22/11/2013

Mike Goldwater - Dark monsoon clouds gather over the Envira River in Acre Province, Brésilil

mike goldwater Dark monsoon clouds gather over the Envira River in Acre Province, Brazil.jpg

 

LE FLEUVE

 

Chaloupe fervente

Rythme frappé

Aux flancs du monde

 

Le sinueux

A clochettes

A crécelles

Se glisse

S’entrelace

Trace des signes

De sable

 

Fumée peau tendue

Curieuses résonances

Pulsations

Pantomime sauvage

Des oiseaux de bois

 

Eclats de forêt

Vortex piqués de vertige

Echelle des sons

Aspiration

Siffle la tête l’onde

Les jambes qui la fendent

 

La voix du vieil homme

Ulule une sève de rêve

Fait danser les écorces

 

Le feu empoigne le cœur

Forge visages sourires

Que l’on croit reconnaître

 

Cercles humains tissés

Sans commencement ni fin

Entrelacs de serpents

Souffle femelle

 

Poison initiatique

La dissolution des frontières

Réveille les passes des sorciers

Affole la cadence des luttes

 

Du vagin de la terre

Monte la voix barbare

Aux mamelles innombrables

Montent les aigreurs les misères

Le sang tant et trop versé

Montent les peurs les viscères

Les espoirs décomposés

 

Sentir soudain

La force du courant

Aux rives du monde.

 

 

cg in Mystica perdita, 2009

in Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique, 2010

 

 

Michal Mozolewski et Créature

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CRÉATURE

 

Une poésie s’écoule

Se déploie se hérisse

 

Entre tes doigts elle naît 

Laisse-la faire s’affoler 

 

Aurais-tu peur qu’elle déborde

La  furibonde

T’arrache le mors aux dents ?

 

Infiniment grande

Si petite

 

Avec quoi caressera-t-elle

ta peau?

 

 

 

cg in Mystica perdita, 2009

(in Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique, 2010)

 

 

 

 

 

Michal Mozolewski

Michal Mozolewski0.jpg

 

ON SE DEMANDE

 

 Tant de vies breloquées

 Mémoires éclipsées crânes fendus

 par tremblements de guerre

 

 Visqueuses coulures

 Sperme belliqueux

 Ovules avides

 

 Une marée de fureur de haine

 brûle l’écorce du monde

   et on se demande pourquoi

   

Pourquoi ce trou

 ce vertige cette nausée 

   On se demande qui

 dans le miroir

 de nous ou de lui ?

 

 Et on voudrait siffler

 la source

Recracher les gorgones

 pour se pleuvoir nu

 jusqu'au néant. 

 

 

Cg in Mystica perdita, 2009

(in Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique 2010)

 

 

 

 

 

 

Laura Burlton

Laura Burlton.jpg

 

Poésie, langue noire  et chatoyante de la gitanerie. Fragilité, espièglerie, obsession de la mort, qu’en est-il du dosage andalou dans mon sang ? « Tu es seul et seul tu vivras », le bel héritage. Si vrai pourtant. Tener ángel ou tener duende ? La grâce céleste ou le noir pouvoir, caché au fond de nos entrailles ? Celui qui brûle les sangs, comme l’écrivait Llorca. L’ange descend sur nous, le duende remonte à la gorge, en connivence avec la mort intruse.

 

cg in A la loupe tout est rituel

 

 

 

 

 

Peter McCabe - Sinead

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Retour au silence, oiseau, ombre, pain, ombelle, soir, sorcier. À la brise qui joue du carillon japonais, sol jonché de feuilles déjà mortes, encore un peu d’eau pour le corps, de nudité pour l’esprit, de plénitude pour l’âme. Tout mûrit pour arriver à son terme, l’avenir du monde est aussi sombre, que le mien à cette heure me semble lumineux. Vivre le présent, savourer le rouge éclatant de la capucine, cette douceur de septembre, ponctuée des premiers glands qui se jettent dans le vide. Appelés par la terre qui les fera arbres.

 

cg in A la loupe, tout est rituel

 

 

 

 

 

Michel Lagarde - L'homme aux serpents - 2008

Michel Lagarde L'homme aux serpents from Cote d'azur 2008.jpg

 

LE CIRQUE !

 

 Sous la toile coquelicot délavé du grand chapiteau, Matefaim et Matesoif balaient la piste, l’île de copeaux. Le spectacle va bientôt commencer.

 

 « Mesdames et Messieurs, approchez ! Approchez ! Venez, venez ! Venez voir les cingleurs d’étoiles sur leurs hippocampes échevelés, venez  frémir devant les terribles montreurs d’oursins ! Venez pleurer de rire avec la course en sac des crocodiles ! Venez transpirer avec les accroballadins, les trapézistes, les hexagonistes et même quelques cubistes emboîtés ! Allez, allez ! Le saut de la mort, mesdames et messieurs, sans trucage, pour vous, rien que pour vous, le cercueil est déjà prêt ! 

 

Allez, allez approchez ! Venez mourir de rire avec les clowns sans nez ! Osez, osez vous confronter à la séduisante Ivoire, la monteuse d’éléphantasmes, garantis sans défense. Approchez, approchez ! Venez tremblez avec Noël, le dompteur de faux-vœux, armé de son fouet en chocolat ! Vos désirs les plus crémeux sont les bienvenus.

 

A minuit frappante le magicien Capable enfoncera le clou de la soirée dans un infernordinaincroyablissime numéro de gamme damnée !

 

Tout ça pour vos grands yeux, mesdames et messieurs, vos grands yeux ébahis que vous ne manquerez pas de laisser en sortant, dans la corbeille prévu à cet effet…

 

Allez approchez, approchez, entrez, entrez, mesdames et messieurs !

Le spectacle va comment c’est déjà ?  Ah oui ! le cirque ! »

 

 

cg 2004

in Trans(e)fusée

21/11/2013

Cathy Garcia - Marais de Bonnefont

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Trouver une île dans la tempête, une lueur dans les ténèbres, un espace, un silence dans le vacarme. Trouver une respiration dans le lent étouffement des jours, trouver l’amour sur le champ de bataille. Discerner. Ne plus être cernée. Toujours laisser une porte ouverte, une brèche, un intervalle, pour que le flux puisse passer, pour pouvoir rester en vie – en éveil – et donc en joie. L’en-joie du Soi, un lotus épanoui à la surface du marais.

 

cg in Calepin paisible d'une pâtresse de poules

Ed. Nouveaux délits, coll. Les Délits Vrais, n°2

Michael Kenna

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PANACHÉ ZEN

 

  Il fait très beau, le ciel est très bleu, les oiseaux chantent très bien

C’est le jour du premier passage du nuage nucléaire japonais.

 

 

cg in Purgatoire du quotidien

Mi(nicrobe 32, janvier 2012

 

 

 

 

 

Gábor Béla

 

 

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 ACCESSOIRISTES D'UN SOIR
AUX MÉNINGES TROUBLÉES
 

Quel rivage pour les clandestins
pour quel festin ?
Le jeu ?
 
Faire l’amour farfelu
divaguer avec les truies
puiser à la nuit
les liqueurs illicites
leurs parfums
mystiques
 
et la pluie étonnée
nous rejoindrait à la nage ?
 
Quand les longs doigts du rêve
pénètrent le réel
le frottement crée
des étincelles
des jouissances qui flambent
comme des allumettes
 
Fiel noir
lettres impossibles
rire éclatant du soleil
 
profite, profite
des souffles ultimes
petite sœur
et ne joue pas avec les allumettes
 
mais il fait froid aujourd’hui
le monde est froid

le cœur grelotte
il pleut tristesse
l’automne
à la gorge
commence à serrer
 
Solitude
le cœur dans son terrier
un lapereau tremblant
 
Se mettre à l’abri
en hauteur
ne pas se prendre
le plein fouet
le versant nu de nos extrêmes
fragilités
 
Chercher l’autre rive
des yeux seulement
paysages projetés
crachés au visage
 
Le mythe usé jusqu’au nerf
maudit
au taux destructeur
 
Sous les doigts s’effrite la surface
 
et si on n’était pas aussi fort
que l’on croyait ?
et si ?
 
Après A vient Z
la connaissance
des raccourcis.

 

 

 

cg in Salines, 2005

(in Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique, 2010)

 

 

 

 

 

 

20/11/2013

Cathy Garcia - Tea time passé

tea time passé (2).JPG

 

 

 

MINUTE ZEN

 

 Lac bouillonnant, barques de cannelle.

Thé vert en pluie, Bouddha parfait.

 

 

 

 

 

 

cg in Purgatoire du Quotidien

Mi(ni(crobe) 32, janvier 2012