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17/08/2013

Paul Albert Besnard - Plafond du Salon des Sciences

Paul Albert besnard.jpg

 

Je dois marcher.

 

Voltige de lunes dans les ténèbres tamisées.

Visions éclatées de l’oracle.

 

Je vois l’ange tatoué d’éclipses.

L’âpre déchirement tellurique.

 

 

cg in Fugitive (Cardère, mars 2014)

 

 

15/08/2013

Michèle Katz - Petites apparitions 7

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LE STRICT MINIMUM

 

Le manque fore des puits toujours plus nombreux, toujours plus profonds. Elle est trouée de toute part et lourde pourtant, si lourde de chagrins ravalés. Elle écrit pour ne pas mourir, c’est un cri d’encre à nul autre destiné, un cri qui peut se fondre en chant de sirène. Cosmique ou comique, c’est selon.

 

Sa solitude parfois effrayante et son immense fatigue ne sont que les vagues d’un désespoir camouflé. Elle est à côté, toujours à côté et la vie au sens humain du terme est toujours ailleurs. Elle serait plutôt du côté végétal, minéral. Les arbres pourtant sont moins seuls.

 

Il ne s’agit pas de solitude à vrai dire, mais d’un sentiment de vanité, de rage, trop de concessions pour si peu de sérénité, sachant que le pire est encore à venir.

 

Il faut stopper net la plainte, renouer le fil ténu, la corde de poussière, la corde d’étoiles, la sentir vibrer. C’est cela et rien d’autre, une vibration infime mais si puissante.

 

C’est novembre en été, sombre, froid, brouillard et elle est en sous-vie. Elle ne rit plus, ne chante plus, ne danse plus, contredit tout ce qu’elle pense, contrepense tout ce qu’elle dit.

 

Autopunition à y perdre le goût de vivre.

Le goût mais pas l’envie.

 

Pas suicidaire, simplement elle ne s’accorde pas plus que le strict minimum.

.

 

 

cg in Le baume, le pire et la quintessence

 

 

Otto Dix

Otto Dix la guerre.jpg

 

MÉMORIAL

 Statues guerrières

Au coucher flamboyant

Brandissant meurtrières

Vos étendards sanglants

Qui vous tenez

Hautes, droites

Immobiles et féroces

Tandis que sonne le glas

Que l'on recouvre la fosse

Splendides épouvantails

Sur vos socles maudits

Statues gorgées

De tant de sang répandu

Foutez donc la paix

Aux soldats inconnus.

 

cg 1995

in Guerre et autres gâchis

14/08/2013

Huib Limberg

Huib Limberg photo.jpg

 

Dois-je te remercier ? J’ai accepté que l’amour puisse être discret au point de paraître inexistant. J’ai accepté de n’avoir souvent pas plus d’effet sur toi qu’un bruissement de feuille. J’ai accepté de porter plusieurs fois mon poids pour te soulager des tiens. J’ai accepté de protéger ta fierté en écrasant la mienne, mais ça je dois dire, j’ai encore à apprendre car me sont poussées des épines que tu n’apprécies guère.

cg in Le baume, le pire et la quintessence

 

Hengki Koentjoro - The Wave, 2013

 

Hengki Koentjoro The Wave 2013.jpg

 

Dépli des chairs. Territoire du dedans. Territoire féminin. Mémoires et pulpe qui les contient toutes. Dedans dehors, envers endroit. Je t’aime en moi, je m’aime en toi. Ultime cercle de l’abandon.

 

Sans cesse remodeler le sensible, l’obscure palpitation.

 

Nous sommes de grands pliés, de grands replis, dans l’attente de la vague des doigts. Densité étrange de la peau, parchemin du rêve. Un jour, notre rêve aura la précision du laser. Nous taillerons la frange des anges.

 

cg in Celle qui manque, Asphodèle 2011

 

12/08/2013

Otto Greiner - Le mortier, 1900

Otto Greiner, Le mortier 1900.gif

 

 RÉSURGENCE

Je suis la Truie dit-elle
et la Lionne.
Mon jardin fut des plus fertiles,
ma fontaine des plus sacrées.
Je contiens tous les âges,
le temps devant moi
docilement s’inclinait.
 
Ils sont venus
en mon ventre
arracher le soleil.
Ils m’ont liée à la lune,
jetée à la nuit
mais jamais lumière
ne fut plus blanche
qu’entre mes cuisses
 
Toi le frère, le fils, le père
et l’Ancien qui a trahi,
tu te dresses en conquérant
sur des ruines et des cendres.
Tu invoques l’amour
glaive à la main,
des fusils des roquettes,
innombrables phallus
de destruction.

Tu n’as jamais été pourtant
aussi impuissant,
homme émasculé du sens,
depuis que les déesses de l’amour
tu as maudites.

Innana, Ishtar, Astarté
Brûlés le fruit le jardin
Symboles de ta perdition

Tu as réduit les mères nourricières
au rang de putains de l’agro-industrie,
tu leur a mis le joug
de tes folies mécanistes.

Cérès Déméter pleurent sans fin,
quelle que soit la saison,
Perséphone ne quitte plus les enfers.
La vulve de Gaïa est sèche,
ses seins sont crevés,
ses veines lourdes et souillées.

La vérité n’est plus voilée,
elle est violée sans répit
mais tu as beau pilonner homme
je reste l’Inviolable
et la Vierge éternelle

« car je suis la première et la dernière.
Je suis l’honorée et la méprisée.
Je suis la prostituée et la sainte.
(…)
Ayez du respect pour moi.
Je suis la scandaleuse et la Magnifique. » *

 

CG in Salines, 2008

Eskhatiaï, Ed de l'Atlantique 2010 



* transcrit de papyrus gnostiques traduits en copte au IIIe ou Ive siècle,
découvert vers 1945 à Nag’ Hammâdi, en Haute-Egypte

 

 

 

 

 

 

Otto Dix

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 1924

 

 

MADEMOISELLE GUERRE

 

 Sa main de gaze

Aux ongles aiguisés

Se chauffe à l’extase

Au feu du massacre

 

 

 Dans les champs de lys

Ce sont des brassées d'âmes

Qu'elle cueille en souriant

Sur des brancards en larmes

 

 

Et elle fauche heureuse

Hommes femmes et enfants

La pâle moissonneuse

Aux longs jupons sanglants

 

A la guerre comme au bal

Valse au rythme des bombes

Vous jure qu'il n'y a pas de mal

A faire pousser des tombes

 

Cette Cendrillon vous cuisine

Si l’envie la chatouille

Bien avant minuit  

Purée de citrouille

 

 

 Ah messieurs cette maîtresse

Vous couche mieux qu'aucune femme

À cette fielleuse ogresse

Vous rendrez corps et âme.

 

 

 

 

cg 1995

in Guerre et autres gâchis,

éd. Nouveaux Délits 2014

 

 

 

08/08/2013

Patrick Tang - Onryo

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FUMÉE

 

Femme fantôme aux yeux de cendres

Belle bouche anémone

Aux fruits de brume

Tes bras tracent des arabesques

Dans la pourpre de mes insomnies

Ton nom est gravé sur un os

Enfoui quelque part sous une colline

Marquise vaporeuse

Accorde-moi encore une valse

Un tour de passe-passe

Car sur mes lèvres de glace

La vie se consume.

 

CG 1999

06/08/2013

Oldřich Kulhánek

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Dans l’évidé des yeux, une convention : le repos, le trépas s’affichent comme couleur. Il faudra de la résolution pour régler l’inéluctable, codifier tous les cadrans sur le temps obligatoire. Les affreux camelots ont cédé la nouvelle, les beffrois frappent et beuglent de plus belle. Aux douze collisions se substitue le calme et sous les étoiles effarées, de sournois guerriers nous guident dans les troubles d’escarbilles.

 

cg in L’IRE EST VOCABLE, 1993

 

George H Seeley - The Faceless Girl c.1906

George H Seeley The Faceless Girl c.1906 .jpg

 

Boucler la boucle ou refuser en bloc.  

L’aventure qui est la nôtre se passe d’outils.

L’œuvre est magique c'est-à-dire intégrale.

 

La réalité est un œuf, parfois du caviar. Œuf-océan.

Les poèmes deviennent visions. 

 

J’atteindrai le mot ultime. Le mot qui a vu le visage de la mort. En attendant ce jour, je polis mes cailloux, mes pacotilles.

 

cg in Chroniques du hamac, 2008

 

  

02/08/2013

Muramasa Kudo

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PASSAGE

 

En lotus, les yeux clos

Lentement il porte à sa bouche

Les baies amères

 

 Ses doigts couverts

De jus sombre

Ne tremblent pas

 

Il ouvre les yeux

Et la lune pénètre

Le fond de son regard

 

 Cette nuit peut-être

Verra-t-il une femme éclore

De la gueule de jade

D'un grand lézard

 

Une femme aux lèvres pourpres

Aux longs cheveux noirs

Qui lui révèlera

 

La magie des racines

Le secret des écorces

La langue des sèves

 

Les mystères du vivant.

 

Cg 1996 in Oniromancie

 

 

Henri Horenstein

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Je jouirai à ton port, ma belle pieuvre,

enlacé par tes bras multiples, au flux et reflux de nos baisers dissolus...

 

cg in Le Port de Cythère

 

 

31/07/2013

Miss Tic - Série Go Homme : Jouissons

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L’AMOUR

 

la lune belle pavane

ses courbes rousses

à faire bander

l’arc du soleil

dans toute son intensité

 

le vent haleine chaude

de douce bête

échevelle

la crinière du ciel

 

ce parfum

unique

de galops

sauvages

danse vertige

des oiseaux

 

la musique

est née tzigane

jetée au feu

donne vie

donne souffle

 

l’amour n’est pas l’amour

l’amour c’est l’amour

mais ouvrez

ouvrez !

 

ouvrez lâchez

désenchaînez

les pantins !

 

ouvrez la cage

du sang qui cogne

laissez jaillir

la fontaine de vivre

 

donnez à boire

à tous ces assoiffés

qu’on les fasse

danser enfin !

 

l’amour

l’amour !

 

l’amour est perdu d’avance

laissons-le divaguer

qu’il profite de la mer

moite et douce

 

l’amour

dessus dessous

au-delà

 

qu’il soit roi

des oisillons frileux lancés au soleil

des rêves poussière à se frotter les yeux

à s’amouracher

de vers lumineux

 

(l’amour…

épargnons-lui

le sinistre sérieux

de nos serments théâtraux

la camisole du manque

nos angoisses toxiques)

 

aimer oui !

trop mais sans limite

 

oublier d’être beau intelligent parfait

pour se déguiser de chenilles

et faire peur aux orfraies

se vêtir de lune de terre de vent

faire l’amour comme les herbes

frotter la peau

tendre les fesses

ululer jouissance

 

éclater

de rire

 

al dente

 

le geste

toujours neuf

 

 

Cg in Salines, 2008

 

(Eskhatiaï, ed de l'Atlantique 2010)

 

29/07/2013

Bruno Sourdin - Collage

bruno sourdin n.jpg

 

JE FAIS POÈTE

 

Je suis poète. Quèsaco ? Dictionnaire, définition, synonymes, contraires ? À quoi ça sert poète ?  A rien ! Accomplissement suprême du vide, un pionnier de la physique quantique. Je suis poète et je fais RIEN. Je suis RIEN et je fais poète. Mais qu’on se le dise, les poètes sont des gêneurs, il n’y a qu’à voir l’historique des poètes assassinés. Si ça se trouve, les poètes sont des empêcheurs de tourner carré.

 

 Cg in Complainte du poète

Miguel Gómez Losada - Invernaderos - materiales diversos, 2003

Miguel Gómez Losada  Invernaderos - materiales diversos 2003.jpg

 

 

PRÉSENT

 

Le présent tient dans la main le présent tient dans la main le présent tient dans la main le présent tient dans la main le présent tient dans la main le présent tient dans la main le présent tient dans la main le présent tient dans la main le présent tient dans la main le présent tient dans la main tenant le présent

 

 cg in BONZAÏS HALLUCINOGÈNES ou nano-histoires sans les nains