Le jour où Beatriz Yagoda s’assit dans un arbre d’Idra Novey
traduit de l’anglais (États-Unis) par Caroline Bouet
Les Escales, octobre 2017
272 pages, 20,90 €.
Que l’auteur soit américaine et traductrice du Portugais, spécialiste de l’œuvre d’une romancière brésilienne, n’a sans doute pas rien à voir avec cette histoire de traductrice américaine qui vole au secours de son auteur brésilienne, Beatriz Yagoda, soudainement disparue.
Idra Novey nous fait entrer dans la peau de cette traductrice qui elle-même, au bout de toutes ces années à traduire sa romancière carioca, ne sait plus trop dans quelle peau elle vit. Rajoutons à cela les enfants de la romancière, un peu égarés eux aussi dans son sillage de mystère, dont le très beau Marcus qui a les mêmes yeux vert électrique que sa mère.
Laissant derrière elle chats, pavillon, future belle-mère et futur mari adepte de la course chronométrée, Emma prend le premier avion pour le Brésil où elle s’est déjà rendu de nombreuses fois dans le cadre de son travail. Sitôt débarquée, la traductrice montre tous les symptômes de cette douce maladie, que connaissent bien tous les amoureux du Brésil, ce virus brasiliensis dont on ne peut plus jamais se défaire.
« Quand elle émergea enfin de l’aéroport international Galeão de Rio, Emma absorba le relent familier d’aisselles, de pots d’échappement et de goyaves qui l’assaillit lorsqu’elle sortit (…) et que l’air extérieur s’abattit sur elle. Elle sentit tout de suite sa robe adhérer à ses bras et au bas de son dos. Après autant d’hiver, cette chaleur poisseuse, ces remontées d’odeurs étaient merveilleuses. Arriver à Rio, c’était se souvenir qu’on avait un corps et qu’on l’emmenait partout avec soi. »
L’intrigue pourtant est plutôt glauque comme peuvent l’être les dessous de Rio et Emma à peine sortie de l’aéroport est mise au fait. On découvre alors que la romancière dont la popularité était en chute libre, se serait beaucoup endettée en jouant au poker en ligne et un usurier crapuleux et brutal est bien décidé à récupérer sa mise. Si le ton reste léger, un mélange d’humour un peu british et de poésie, arrosés de caïpirinha, le criminel lui est bien réel, ce qui créé une sorte de contraste typiquement brésilien. Emma, les enfants de Beatriz, un ancien éditeur, tous se trouvent pris entre la toile tissée bien malgré elle par les mots de la romancière et la brute réalité de la violence carioca.
Malgré cette violence, Emma succombe pourtant à l’attraction irrésistible qu’exerce depuis toujours son auteur sur elle, et l’on comprend peu à peu qu’il s’agissait bien plus qu’un travail de traduction. Emma à travers les mots d’une autre, cherche sans doute une autre vie que la sienne à Pittsburg, une vie confortable et ennuyeuse, avec un mariage en vue qui finirait de clôturer ses horizons. Sitôt débarquée à Rio, outre le virus brasiliensis, nait aussi un désir très réciproque entre elle et Marcus, alors qu’ils tentent de retrouver la romancière et mère disparue.
La traductrice pense être utile pour la retrouver, comme si la solution se trouvait non pas à l’extérieur mais au sein même de ses livres. Le jour où Beatriz Yagoda s’assit dans un arbre est à la fois une sorte de polar sans policier et un hommage à la grandeur de la littérature qui transcende le délabrement et le tragique de la vie réelle. Ainsi Beatriz Yagoda avait disparu comme si elle devenait elle-même un personnage de ses romans.
(…) ses gestes paraissaient historiques. C’était comme regarder un léopard vieillissant se déplacer furtivement à travers la forêt. Tous avaient été fascinés et avaient essayé d’imaginer comment, un jour, elle avait dû chasser sans que cela ne lui coûte le moindre effort. »
Il y a quelque chose de l’ordre de la peinture dans l’écriture d’Idra Novey, qui donne à son roman une atmosphère légèrement envoutante, un curieux tissage de sensations et on se laisse volontiers absorber entre le loufoque, la douceur et la violence. L’intensité de ce virus brasiliensis dont on ne peut se défaire.
Cathy Garcia
Idra Novey est romancière, traductrice et poétesse. Traductrice du portugais, elle est spécialiste de l’œuvre de l'écrivain brésilien Clarice Lispector (1920-1977). "Le Jour où Beatriz Yagoda s'assit dans un arbre" (Ways to Disappear, 2016), son premier roman, a gagné le Sami Rohr Prize for Jewish Literature 2017 et a été finaliste pour le Los Angeles Times Book Prize for First Fiction. Son roman, ainsi que ses poèmes, sont traduits dans une dizaine de langues. Elle a enseigné à l'Université de Princeton, l'Université Columbia, l'Université de New York, l'Université Fordham.

Murièle Modély est née en 1971 à Saint-Denis, île de la Réunion. Installée à Toulouse depuis une vingtaine d'années, elle écrit depuis toujours, essentiellement de la poésie qu’elle publie régulièrement sur son blog : 
Rachel Vanier est née à Budapest en 1988. Après avoir grandi à Lille, fait ses études à Paris, s’être échappée à Boston puis avoir crapahuté au Cambodge, elle travaille dans le monde non moins dépaysant de l’innovation et des start-up. Après le remarqué 
Olivier Chantraine travaillait comme responsable de l’innovation pour une multinationale agroalimentaire, qu’il a quitté saturé « de l’inculture, de l’obsession de la performance et de la surenchère des chiffres » pour un retour aux sources en 2013, dans les Alpilles. Il y crée la biscuiterie artisanale bio A & O. « Une entreprise humaniste avec un modèle d’économie durable. Plus proche de mes convictions », confie-t-il. Le moyen, surtout, de donner enfin une chance à l’écrivain qui attend sagement son heure depuis l’adolescence. Un élément perturbateur est son premier roman.
Rachel Vanier est née à Budapest en 1988. Après avoir grandi à Lille, fait ses études à Paris, s’être échappée à Boston puis avoir crapahuté au Cambodge, elle travaille dans le monde non moins dépaysant de l’innovation et des start-up. Elle est aujourd'hui en charge de la communication du campus de start-up STATION F. 






John Burnside a reçu le Forward Poetry Prizes 2011, principale récompense destinée aux poètes en Grande-Bretagne. John Burnside est né le 19 mars 1955 dans le Fife, en Écosse, où il vit actuellement. Il a étudié au collège des Arts et Technologies de Cambridge. Membre honoraire de l’Université de Dundee, il enseigne aujourd’hui la littérature à l’université de Saint Andrews. Poète reconnu, il a reçu en 2000 le prix Whitbread de poésie. Il est l’auteur des romans La Maison muette, Une vie nulle part, Les Empreintes du diable et d'un récit autobiographique, Un mensonge sur mon père
Walter Ruhlmann enseigne l’anglais. Il a dirigé mgversion2>datura de 1996 à 2017 et les éditions mgv2>publishing de 2008 à 2017. Walter est l’auteur de recueils de poèmes en français et en anglais et a publié des poèmes et des nouvelles dans diverses revues dans le monde entier. Son blog : 




