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29/01/2015

André Laude

 

un seul visage qui s'avance avec les pépiements
d'oiseaux les brindilles sèches de l'aube
et le sang exalté fourbu fracture majestueusement les tiroirs
des marées
une fiancée touchante danse dans le globe de la lampe
une loutre bleu tend son long cou de fenouil
le plus clair de mon temps scintille aux tempes du matin neuf
un seul visage qui s'empourpre de gestes d'amour de baisers fluides
un seul visage un rire cassant la glace le reflet dans une vitrine
d'un Passage d'une mouette qui proclame la fonte des ombres
une brouette chargée de soleil roule le long de l'avenue
contemplée par des fillettes en tabliers de silence
un seul visage qu'on accueille avec cette inquiétude de l'adolescence
griffée par les rumeurs et les appels
qu'on accueille avec des fleurs de neige et de mutisme
qu'on soulève au creux des paumes jusqu'à la lumière vraie qui
coule des pierres des métaux des corps humains
dans la ville les fêtes se rassemblent et convergent vers
une poitrine de feu
les morts se dissolvent dans l'éther léger de l'instant

 

in 19 lettre brèves à Nora Nord

 

Coluche

 

on ne peut pas dire la vérité à la télé,

il y a trop de gens qui regardent !

 

 

Rosa Luxembourg

 

Ceux qui ne bougent pas

ne sentent pas leurs chaînes.

 

 

 

Louis Savary

 

 

 

 s’il est indispensable

 

de se parler

 

l’essentiel

 

est de s’entendre

 

 

 in Livre sans objet

 

 

28/01/2015

Stanislaw Jerzy Lec

 

Il est un système dont nous ne parviendrons pas à sortir avant longtemps :

le solaire.

 

in Nouvelles pensées échevelées

 

 

André Laude

 

Sauvagement noue sa bouche à ma bouche
un serpent de soif
un serpent de minéral pur
Sauvagement saigne entre mes jointures l'ange
décapité
sur ordre secret
de juges dont les voix
se répercutent au loin de colline pelée à paroi sèche

 

in 19 lettres brèves à Nora Nord

 

 

Charles Bukowski

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27/01/2015

André Laude

 

O Dieux – parce que je ne sais pas très bien
à qui m'adresser
entre quelles mains indifférentes
remettre ma plainte contre Inconnu –
Ne m'enlevez pas la vivante qui a brûlé mes lèvres d'une joie
sauvage autant qu'un galop de mustang dans la prairie cheyenne
Qui a écarté mes genoux afin que se lève le soleil unique vital
selon la loi non écrite mais proclamée par la gorge de l'eau, la queue de paon du crépuscule
sur les jardins indestructibles
Qui a délivré l'oiseau de gel encagé entre mes épaules toujours crucifiables
Qui a de ses longs doigts minces musiciens inspirés creusé d'immortelles galeries dans mon souffle
où il fait beau où il fait terreur et fiévreuse incantation

 

in 19 lettres brèves à Nora Nord

 

 


 

Jean Giono

 

Toutes les erreurs de l'homme viennent de ce qu'il s'imagine marcher sur une chose inerte alors que ses pas s'impriment dans de la chair pleine. 

 

 

25/01/2015

André Laude

.
  et une forêt d'Amazonie soudain s'est tendrement refermée
sur mes aventures
Les oiseaux verts rouges jaunes ont crié notre règne
au cœur de l'été torride, infracassable.


 
in 19 lettres brèves à Nora Nord

André Laude

 

Dis-moi d'urgence le tracé des îles
combien sont les gardes qui veillent sur les carcasses
pourries des navigations
donne-moi le nord
j'ai hâte des vents maigres chiens affamés des ressacs de plomb
je brûle pour ces énigmatiques figures de proue
qui hantent mes rues chaudes
et lavent leurs épaules douces dans des alcools de lune
farouche
Dis-moi où la fête se passe

Où les portes ne sont que des
soupirs d'amantes
à peine blessées par le duvet nocturne.

 

in 19 lettres brèves à Nora N.


 

24/01/2015

André Laude

 

J'ai hanté son sexe cercueil et caverne
où naître et mourir étaient une même jouissance
d'algues d'ouest collant aux reins huilés du voyageur
brûlé par les étapes
initié par les poussière et les migrations de comètes
J'ai hurlé de joie dans cette monstrueuse verdure
incendié par des soleils tropicaux
O danse de sioux des globules rouges
O martèlement de tambours nègres des doigts
luisants de semence
j'ai dormi une aube plus vaste que le désert des Tartares

 

in 19 lettres brèves à Nora N.

 

 

 

 


 

André Laude

 

Enterrez-moi dans son nom
qu'avec elle je voyage partout
dans le bleu des triangles d'oiseaux sauvages
dans le pollen des fous de Bassan
dans le noir ténébreux des énigmes
dans la chute libre des sangs qui, une fois, ont épousé les soleils caraïbes.
Enterrez-moi dans sa gestualité inquiète
dans sa beauté tuméfiée
dans son agenouillement face aux ordures de la nuit

dans le vert espérance de sa durée.

De sa violente présence
aux vagues et aux Etoiles
aux enfants et aux fées.

 

 

in 19 lettres à Nora N.

 

 

 

André Laude

ne cognez pas à ma vitre
je n'y suis pas
ne me hélez pas entre
les grands arbres de ciment muet
je n'y suis pas
ne me sonnez pas au téléphone
ne courez pas derrière
mon ombre tragique Rue Saint-Martin
je n'y suis pas
ne m'invitez pas à dîner
à danser à boire
Porto Tokaÿ eau de vie
je sais «le beaujolais nouveau
est arrivé»
je n'y suis pas
ne vous glissez pas chaleur ténue
entre les draps défaits
dans le pauvre lit d'effroi
je n'y suis pas
ne fouillez pas vers ma bouche
qui sait se faire lait pur
fruit mat mais aussi lueur de corbeau
et petite pluie de novembre
je n'y suis pas
ne demandez pas à la concierge
l'étage où habite la blessure
sans limites sans nom sans sommeil vrai
je n'y suis pas
ne tourmentez pas je vous en prie
ne tourmentez pas la nuit
pour qu'elle vous dise
sur quelle falaise j'efface mes traces
sous quelle lune d'acide je soliloque
loque de voix
elle ne saurait rien répondre

 

in 19 lettres brèves à Nora N.

André Laude

 

Ne m'enlevez pas la vivante coupée de mon sang par une distance plus terrible encore
que cet espace vaste où rugissent mes mots plaintifs mes mots fous mes mots de métal enragé
Quelque part peut-être dort-elle
caressant encore le corps traversé par les rudes lames des solitudes
Quelque part peut-être gémit-elle
à nouveau reprise par la chaude clarté de mes paumes bavardes
tandis qu'ailleurs une chair bouleversée écrase un cri
d'agonie et de fureur
tandis qu'ailleurs deux yeux se posent comme des blessures sur la grande plaie visible
O Dieux – parce que cette nuit je suis un petit enfant innocent comme l'haleine du fleuve et désarmé –
Ne m'enlevez pas la vivante
qui s'en est retournée au pays sien avec ma terrifiante douceur touchée à mort
enracinée dans son ventre bleu au fond duquel hurle un visage
abordant la nuit de biais
sachant qu'elle mord
Qu'elle fait mal
Qu'elle ne pardonne pas.

 

in 19 lettres brèves à Nora N.