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30/05/2014

Patricia Cottron Daubigné

 

Théière fauve pour le temps des thés d’après-midi dans les heures étincelantes et mal apprivoisées du désir.

 

 in La théière

 

 

 

Roberto Juarroz

 

La part du oui qu'il y a dans le non et la part du non qu'il y a dans le oui sortent parfois de leur lit et s'unissent dans un autre lit qui n'est ni oui ni non Dans ce lit court le fleuve des plus vives eaux.

 

 

29/05/2014

Marie Laroche

 

Comme une muqueuse en relief, le mur saigne à vif.

Ses mille vaisseaux invisibles charrient la couleur de l’impasse.

 Le mur ne semble pas souffrir.

 

 

Jean-Christophe Fonteyne

 

Un jour tu te fis gouffre où j’ai jeté toute ma gentillesse

 

 in Ames/sang

 

 

 

Marguerite Yourcenar

 

la possibilité de jeter le masque en toutes choses

est l'un des rares avantages que je trouve à vieillir.

 

in Mémoires d'Hadrien

 

 

 

26/05/2014

Jacques Prévert

 
Il y a sur cette terre des gens qui s'entretuent ; c'est pas gai, je sais. Il y a aussi des gens qui s'entrevivent. J'irai les rejoindre.
 

 

24/05/2014

Michel Camus

Si l'écriture poétique est un art d'éveiller la conscience à l'énigme du sens, ou de faire abruptement allusion au secret du sens du sens au-delà du sens, avec le minimum de mots, autrement dit un art de l'intensité et de la densité, elle n'est pas seulement le résultat d'un savoir-faire (toujours impossible et toujours remis en question), mais surtout le fruit d'un ascétique processus de transformation intérieure qui se nourrit à tout instant de l'expérience la plus consciente et la plus immédiate de la vie. C'est un art de voir l'Imperceptible dans le perçu, le sacré dans le profane, la surnature dans la nature. Aux yeux de la conscience transcendantale, tout est signe de l'abyssale présence du Sans-Signe. Au fond, tout est sans fond, tout est sans nom. L'écriture poétique n'est jamais qu'un moyen de maîtriser le vertige ou la folie. De faire des sauts dans l'Inimaginable sans devenir fou.

 

  in Transpoétique. La main cachée entre poésie et science

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

22/05/2014

Rainer Maria Rilke

 

J'implore tous ceux qui m'aiment d'aimer ma solitude 

 

 

Michel Camus

La poésie ne travaille pas dans un champ clos, même si le langage est en lui-même un champ clos indéfini. Que sait-on de l'origine du langage ? Rien. La poésie est d'abord vécue dans une sorte de perception sans forme, silencieuse, mais illuminative. Ce n'est pas un savoir, c'est autre chose, c'est l'intuition donatrice originaire que l'espace de la poésie est infini , sans nom et sans fond, donc bien plus "fondamental" que n'importe quel niveau de réalité. Le paradoxe de la poésie c'est de faire allusion à la transparence de l'infini dans le fini avec-et-contre les mots de la tribu. Le champ de conscience de la poésie, c'est l'infiniment ouvert à l'intérieur de la langue comme un "trou" dans la langue.

 

On peut toujours dire que la poésie écrite est habitée par un certain imaginaire constitué par son langage métaphorique, mythique ou symbolique. Mais l'essentiel de la poésie, son miel le plus secret, n'est pas accessible dans l'oeuvre incarnée c'est-à-dire dans les sons, dans les images visuelles ou dans l'encre d'imprimerie sur le support du papier. L'essentiel de la poésie se vit en amont de l'imaginaire, du côté de la corne d'abondance de sa source d'inspiration. Source énigmatique dont on ne sait rien. Le paradigme de la transpoésie, c'est avant tout la nécessité de l'éveil de l'homme à ce qui le fonde, à ce qui le traverse et à ce qui le dépasse silencieusement.

 

En évoquant le miel le plus secret de la poésie, nous touchons ici un domaine où il n'y a rien à comprendre rationnellement, mais tout à vivre intuitivement. Le sentiment de l'Absolu ne se définira jamais. Il est vécu ou il n'est pas vécu. Tout rationnaliste ne verra là qu'illusion ou absurdité. Il n'est pire sourd, dit-on, que celui qui ne veut pas entendre. Mais la question est plus radicale : n'entend pas celui qui n'a pas le pouvoir d'entendre. Trop d'êtres humains sont hélas des huîtres scellées : jamais la lumière ne pénètre à l'intérieur.

 

  in Transpoétique. La main cachée entre poésie et science

 

 

Marcel Proust

Les chagrins sont des serviteurs obscurs, détestés, contre lesquels on lutte, sous l'empire de qui on tombe de plus en plus, des serviteurs atroces, impossibles à remplacer et qui par des voies souterraines nous mènent à la vérité et à la mort. Heureux ceux qui ont rencontré la première avant la seconde, et pour qui, si proches qu'elles doivent être l'une de l'autre, l'heure de la vérité a sonné avant l'heure de la mort.

in Le Temps retrouvé

 

 

14/05/2014

Michel Camus

 

La poésie ne cesse de faire allusion

à ce qui échappe au langage,

à ce qui le traverse et le dépasse.

 

in Transpoétique. La main cachée entre poésie et science

 

 

13/05/2014

Charles Baudelaire

 

Il n'est pas de plaisir plus doux que de surprendre un homme

en lui donnant plus qu'il n'espère. 

 

in Le spleen de Paris

 

 

 

Jean-Sébastien Lemey

 

  

Malbrought s’en va t-en guerre

pendant que Dame Malbroutée se fait sauter en paix

 

 

11/05/2014

Daniel Daligand

 

L’illusion a existé de tous temps en minorité,

mais ce siècle elle est en majorité.

Nous respirons la violence des pouvoirs par tous les pores.

 

 

 

 

09/05/2014

Jean de La Fontaine

 

Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas Où vous voulez ?

- Pas toujours, mais qu'importe ?

- Il importe si bien, que de tous vos repas Je ne veux en aucune sorte, Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.

Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encore.

 

in Le Loup et le Chien