Vera Feyder
dégorgez des chimères la
crinière trempée et qu’appareille
enfin le galion des embruns
cinglant ses sortilèges
délavez des légendes la pourpre et la dorure
mettez à nu le blanc dont le temps fait des spectres
in Ah ! salines des aubes…
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dégorgez des chimères la
crinière trempée et qu’appareille
enfin le galion des embruns
cinglant ses sortilèges
délavez des légendes la pourpre et la dorure
mettez à nu le blanc dont le temps fait des spectres
in Ah ! salines des aubes…
Et alors, j'ai pris feu dans ma solitude car écrire c'est se consumer... L'écriture est un incendie qui embrase un grand remue-ménage d'idées et qui fait flamboyer des associations d'images avant de les réduire en braises crépitantes et en cendres retombantes. Mais si la flamme déclenche l'alerte, la spontanéité du feu reste mystérieuse. Car écrire c'est brûler vif, mais c'est aussi renaître de ses cendres.
in Lettre à Edouard Peisson, Aix-en-Provence le 21 août 1943
Viendront encore
Des forges violées par le feu
Des branches sans oiseaux
Avec des cordes qui pendent
Du grand deuil des cerisiers
Sous lesquels les mâchoires tremblent
in See you later alligator
Nous naissons tous fous. Certains le demeurent.
À l’impossible je suis en proie,
et à ce qui jour après jour
dans le temps suspendu
m’exténue et me tue et me mène,
comme le désir plus vif que l’aube
de tous les univers,
ou le feu du soleil noir qui nous escorte
Un soir de paseo grande.
in Paseo grande
Ce qui nous sauve, ne nous protège de rien et pourtant cela nous sauve.
Une science subtile de l'égarement illuminera les plus humbles choses.
in Rhétorique fabuleuse
Il n’y a plus d’infini. Il y a de l’interminable. Le problème de l’homme est d’assumer cet interminable. Ecrire = c’est comme s’effondrer... au-dedans. Ecrire = faire le vide pour qu’une précipitation soit possible. Rendre l’empreinte verbale de l’empreinte charnelle, voilà ce que je cherche. Être humain est un long travail d’illusion.
Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque.
A te regarder, ils s’habitueront.
Tu seras aimé lorsque tu pourras montrer ta faiblesse
sans que l'autre s'en serve pour affirmer sa force.
Tu es libre
Tu es vivant
avec ta souffrance et ta joie
tu es un immense regard
Si tu plonges longtemps ton regard dans l’abime, l’abime te regarde aussi
L'éclat de la lumière qu'un être est capable de tirer de soi en se meurtrissant aux silex de la route se mesure à l'épaisseur de la nuit, à la profondeur des abîmes dans lesquels il peut avancer sans sombrer.
in Les Yeux d'Ezéchiel sont ouverts
L'un de mes compagnons, qui se présentait lui-même comme "un écrivain raté", m'a dit que les autorités du Kentucky avaient découvert dans le journal d'un schizophrène échappé d'un asile la citation suivante : "Les oiseaux sont des trous dans le ciel à travers lesquels un homme peut passer." J'en suis resté bouche bée. Je me suis pieuté à dix heures, légèrement perturbé par cette phrase.
in Une odyssée américaine
Et donner à boire aux mémoires trahies.
Figés dans nos masques d’effraies
Tout nous éteint. Les nouvelles
Qui nous parviennent du front de la vie
Sont si laides que les écouter
Ne donne plus envie de vivre.
in Souffles