Jiddu Krishnamurti
On ne peut pas inviter le vent, mais on doit laisser la fenêtre ouverte
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On ne peut pas inviter le vent, mais on doit laisser la fenêtre ouverte
Les paroles innommables clouent des sortilèges dans le ciel.
Des nations en marche me piétinent sur la pointe des pieds en remontant leur montre dans un battement de cœur synchronisé.
in Zoartoïste
Comme des singes cinglés,
Picolent et racontent des histoires de vivants.
Avec leurs corps d’enfants mal aimés,
Ils donnent leur amour à la rue des hasards.
in Cheval Rouge
Pas de happy end en poésie
Les poètes finissent
par vivre leur folie.
On les dépèce comme des bœufs
(voyez Dario)
Ou bien on les lapide et ils se jettent
de dépit à la mer,
mâchent quelques cristaux de cyanure,
ou c’est l’alcoolisme qui les tue,
la toxicomanie la misère.
Bien pire encore :
ils deviennent poètes officiels
amères momies d’un sarcophage
appelé Œuvres complètes.
traduit par Laurent Bouisset
in Traction Brabant 80
Notre père qui êtes aux cieux
Donnez-nous notre poésie du quotidien
Aussi inutile soit-elle. Nous ferons avec si peu
De chaque instant, celui de la beauté et du désir.
Donnez-nous la force de foutre cul par-dessus tête
L’ordre des souverains avec de simples mots.
in Paroles & Chansons comme ci – comme ça
Tu te baladeras dans le pays gris
Des taupes à cul rose.
Et avec tes grands yeux, tu pourras même cajoler
Des requins noirs aux dents de satin.
in Cheval Rouge
Mais il était égal en tous sens, et tout à fait infini, sphérique et rond,
joyeux dans sa solitude circulaire.
Ne cesserez-vous pas ce meurtre au bruit funeste ?
Ne voyez-vous pas que vous vous dévorez les uns les autres
dans l'étourderie de vos cœurs ?
Un animal a envie de chialer en moi. Mais il a perdu son cri. Je me sens sec. Sec comme un arbre mort qui a encore assez de feuilles pour ne pas que ça se voie. Il faudrait quelque chose pour me rendre à nouveau vivant. Un autre regard qui se poserait sur ma vie. Quelqu’un qui verrait ce que je ne m‘autorise pas à être. Quelqu’un qui ferait bien plus que m’apprécier. Qui pourrait m’espérer.
In 30 ans dans une heure
Indéniablement, l'amour, c'est être en communion avec quelqu'un, mais y a-t-il une communion - autre que physique - entre vous et votre femme? La connaissez-vous - excepté physiquement ? Et elle, vous connaît-elle? N'êtes vous pas l'un comme l'autre isolés, l'un comme l'autre à la poursuite de vos propres intérêts, de vos propres ambitions, chacun attendant de l'autre une gratification, une sécurité d'ordre économique ou psychologique? Une telle relation n'en est pas vraiment une - c'est un processus d'enfermement réciproque et de repli sur soi, né d'une nécessité psychologique, biologique et économique, dont le résultat évident est le conflit, le malheur, les reproches incessants, une possessivité doublée de peur, de jalousie et ainsi de suite.
in Amour, sexe et chasteté
Ce monde est sale de bêtise, d’injustice et de violence ; à mon avis, le poète
ne doit pas répondre par une salve de rêves ou un enchantement de langue ;
il n’y a pas à oublier, fuir ou se divertir. Il faut être avec ceux qui se taisent
ou qui sont réduits au silence. J’écris donc à partir de ce qui reste vivant dans
la défaite et le futur comme fermé. S’il n’est pas facile d’écrire sans illusion,
il serait encore moins simple de cesser et supporter en silence. Donc, j’aime
à penser la poésie comme un lichen ou un lierre, avec le mince espoir que
le lierre aura raison du mur.
in Entretien, in revue "Scherzo" n° 12-13, été 2001
LE MONDE EST NOUS TOUS, OU RIEN
Haïssez celui qui n’est pas de votre race.
Haïssez celui qui n’a pas votre foi.
Haïssez celui qui n’est pas de votre rang social.
Haïssez, haïssez, vous serez haï.
De la haine, on passera à la croisade,
Vous tuerez ou vous serez tué.
Quoi qu’il en soit,
vous serez les victimes de votre haine.
La loi est ainsi :
Vous ne pouvez être heureux seul.
Si l’autre n’est pas heureux,
vous ne le serez pas non plus,
Si l’autre n’a pas d’avenir,
vous n’en aurez pas non plus,
Si l’autre vit d’amertume,
vous en vivrez aussi,
Si l’autre est sans amour,
vous le serez aussi.
Le monde est nous tous, ou rien.
L’abri de votre égoïsme est sans effet dans l’éternité.
Si l’autre n’existe pas, vous n’existez pas non plus.
(…) c’était encore trop pour les pauvres de vivre, vivre en résistant à tant de misère, à des difficultés sans fin, à cette extrême pauvreté, aux maladies, au manque total d’assistance, vive quand ils n’avaient que les moyens de mourir. Pourtant ils vivaient, c’étaient des gens obstinés, et ils ne se laissaient pas liquider facilement. Leur capacité de résistance à la misère, à la faim, aux maladies, venait de loin, elle était née sur les bateaux des négriers, et elle s’était affermie dans l’esclavage. Leurs corps étaient aguerris ; ils s’étaient endurcis au dénuement.
Et non contents de vivre, ils vivaient heureux, qui plus est. Et plus ils avaient des difficultés, plus ils riaient au son des guitares et des harmonicas (…). Ils affrontaient la misère avec allégresse, se moquaient de leur pauvreté et allaient de l’avant. Lorsqu'ils ne retrouvaient pas dès leur naissance les angelots des cieux, élus par Dieu et par la dysenterie, la faim et le manque de soins, les enfants s’élevaient à cette dure et joyeuse école de la vie, ils héritaient de leurs parents la résistance et la capacité de rire et de vivre. Ils ne se rendaient pas, ils ne se soumettaient pas au destin, humiliés et vaincus. Non, ils résistaient à tout, affrontaient la vie et ne la trouvaient pas nue et froide, ils la revêtaient de rires, de musique, de chaleur humaine et de gentillesse (…).
Voilà comment ils sont ces gens simples, des durs à cuire. Voilà comment nous sommes nous hommes du peuple, joyeux et obstinés. C’est ceux de la haute qui sont des mous, des piliers de pharmacie bourrés de barbituriques, rongés d’angoisse et de psychanalyse (…).
in Les pâtres de la nuit (1970)
Alors je venais au-dessus de toi et je te raccommodais le courage.
in 30 ans dans une heure
Dès que les sens sont suffisamment aiguisés, ils trouvent partout ce qu’il faut pour découper les minces lamelles destinées au microscope du bonheur.
Tout est de grande valeur : une foule, un visage, des visages, une démarche, un port de tête, des mains, une main, la solitude, un arbre, des arbres, une lumière, la nuit, des escaliers, des corridors, des bruits de pas, des rues désertes, des fleurs, un fleuve, des plaines, l’eau, le ciel, la terre, le feu, la mer, le battement d’un cœur, la pluie, le vent, le soleil, le chant du monde, le froid, le chaud, boire, manger, dormir, aimer.
in La Chasse au bonheur