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10/10/2015

André Laude

 

  

J’ai toujours peur

 de mon visage

 dans le regard de l’autre

 J’ai toujours peu parce qu’obscurément je sais

 que je suis coupable de tout

 

  

Pensez :

 Je viens d’ailleurs

 Ma voix est rauque

 je suis différent

 Mon sang

 a coulé d’un feuillage inconnu

 ici

 j’ai toujours peur

 Et pourtant

 j’aimerais avec chacun

 parler

 de la pluie

 et du beau temps

 leur montrer à tous

 les vieilles photos jaunies

 de là-bas

du pays

 

Mais je ne peux pas

 faire le premier geste

 car j’ai toujours peur

 Mais je vous demande

 Pardon

 

 

in Avec ma gueule de métèque

 

 

 

 

09/10/2015

Joshin Luce Bachoux

 

« Que fais-tu grand-mère, assise là, dehors, toute seule ? »

Eh bien, vois-tu, j’apprends. J’apprends le petit, le minuscule, l’infini. J’apprends les os qui craquent, le regard qui se détourne. J’apprends à être transparente, à regarder au lieu d’être regardée. J’apprends le goût de l’instant quand mes mains tremblent, la précipitation du cœur qui bat trop vite. J’apprends à marcher doucement, à bouger dans des limites plus étroites qu’avant et à y trouver un espace plus vaste que le ciel.

« Comment est-ce que tu apprends tout cela grand-mère ? »

J’apprends avec les arbres, et avec les oiseaux, j’apprends avec les nuages. J’apprends à rester en place, et à vivre dans le silence. J’apprends à garder les yeux ouverts et à écouter le vent, j’apprends la patience et aussi l’ennui ; j’apprends que la tristesse du cœur est un nuage, et nuage aussi le plaisir; j’apprends à passer sans laisser de traces, à perdre sans retenir et à recommencer sans me lasser.

« Grand-mère, je ne comprends pas, pourquoi apprendre tout ça ? »

Parce qu’il me faut apprendre à regarder les os de mon visage et les veines de mes mains, à accepter la douleur de mon corps, le souffle des nuits et le goût précieux de chaque journée ; parce qu’avec l’élan de la vague et le long retrait des marées, j’apprends à voir du bout des doigts et à écouter avec les yeux. J’apprends qu’il faut aimer, que le bonheur des autres est notre propre bonheur, que leurs yeux reflètent dans nos yeux et leurs cœurs dans nos cœurs. J’apprends qu’on avance mieux en se donnant la main, que même un corps immobile danse quand le cœur est tranquille. Que la route est sans fin, et pourtant toujours exactement là.

« Et avec tout ça, pour finir, qu’apprends-tu donc grand-mère ? »

J’apprends, dit la grand-mère à l’enfant, j’apprends à être vieille !

    in J'apprends

 

 

 

Fabrice Marzuolo

 

Il court sous les jupes de la Tour Eiffel. Quelle santé de fer ! Paré pour vivre centenaire. Ces gens qui renient le temps, qui passent et emprisonnent leur vingt ans à coups de bistouri et d’hygiène de vie, ces gens, sans âge, quoiqu’ils fassent, ont la tête d’une cage avec leur jeunesse dedans.

 

 

 

Pierre Bastide

 

 

Pour l’instant l’humanité se cherche :

 

Pas facile de descendre de l’homme,

 

il s’arrête jamais.

 

 

 in Petite suite sur une espèce en voie de mutation

 

 

 

 

08/10/2015

Alain Simon

 

 

 J’ai pour mission le vent des plaines

  Et des orages

 

 in La mort est plus futée qu’une souris

 

 

07/10/2015

Gilles Hénault

 

Nous sommes sans limites
Et l'abondance est notre mère.
Pays ceinturé d'acier
Aux grands yeux de lacs
À la bruissante barbe résineuse
Je te salue et je salue ton rire de chutes.
Pays casqué de glaces polaires
Auréolé d'aurores boréales
Et tendant aux générations futures
L'étincelante gerbe de tes feux d'uranium.
Nous lançons contre ceux qui te pillent et t'épuisent
Contre ceux qui parasitent sur ton grand corps d'humus
et de neige
Les imprécations foudroyantes
Qui naissent aux gorges des orages.

in Totems

 

 

 

Octavio Paz

 

Dis-moi, sécheresse, pierre polie par le temps sans dent,

par la faim sans dent,

poussière mâchée par des dents qui sont siècles, par des

siècles qui sont famines,

dis-moi, jarre brisée, tombée en pousière, dis-moi,

la lumière naît-elle d’un os frotté contre un autre, d’un

homme contre un autre, d’une faim contre une autre,

jusqu’à l’étincelle, le cri, la parole,

jusqu’à ce que jaillisse enfin l’eau et que croisse l’arbre aux

grandes feuilles de turquoise ?

 

 

 in Liberté sur Paroles

 

 

 

 

06/10/2015

Diane Meunier

 

Etoiles salvatrices

 

boussoles des égarés

 

Paroles s’envolent sur le dos

 

De l’oubli

 

 

 

 

Diane Meunier

 

Ou alors c’est la nuit

qui s’éveille et se promène dans ma tête

et court dans ma poitrine sans un bruit

en plein jour

 

 

 

05/10/2015

Marcelin Pleynet

 

À n'en pas douter, là où la poésie est dérisoire 

 la société est une société des amis du crime, 

 les hommes y vivent et meurent ensemble en enfer.

 

 

 

Saïd Dib

 

La végétation seule

 

détient notre arrivée.

 

Pourriture, veux-tu inventorier

 

mes branches ?

 

 

in Tranquillement tranchant

 

 

 

 

François Cheng

 

Consens à la brisure

C’est la que germera

Ton trop-plein de crève-cœur

Que passera un jour

A ton insu

La brise.

 

 

 

04/10/2015

Alexandre Romanès

 

 Courir dans les champs,
sentir le vent,
ce n'était pas assez.
...Comme tous ceux
qui n'ont rien dans la tête,
moi aussi j'ai cru
qu'il fallait faire des choses.

 

 

 

Cécile Oumhnani

 

Les oiseaux tendent au ciel les draps

 

Qu’ils ont lavé dans la rumeur des torrents

 

 

in De passages et d’envols

 

 

 

02/10/2015

Claire Hexer

 

 

Non, je ne peux pas vous dire. Je ne sais rien. Je peux vous offrir de l’espace –un peu-, mais pas créer le vôtre. Nous sommes tous passagers, que croyez-vous ? Le Capitaine, me semble t-il, est mort depuis longtemps. Il nous reste la musique des vagues. Quelle autre évidence d’ailleurs que les battements du cœur ?

 

 

 in L’entredeux