Jiddu Krishnamurti
Les mots sont sans fin mais la communication est d'ordre verbal autant que non verbal. Entendre un mot est une chose, entendre une absence de mot en est une autre.
in Journal
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Les mots sont sans fin mais la communication est d'ordre verbal autant que non verbal. Entendre un mot est une chose, entendre une absence de mot en est une autre.
in Journal
Nulle forme de méditation consciente n’est la véritable méditation, et ne le sera jamais. Tenter de méditer délibérément n’est pas méditer. La méditation survient, on ne la provoque pas. Ce n’est pas un jeu de l’esprit, elle ne dépend ni du désir, ni du plaisir. Toute volonté de méditation porte en soi sa propre négation. Prenez simplement conscience de ce que vous pensez, de ce que vous faites – rien d’autre. Voir, entendre, c’est agir, sans que jouent les notions de récompense et de punition. Le savoir-agir passe par le savoir-regarder, le savoir-entendre. Toute autre forme de méditation mène inévitablement à la déception, à l’illusion, car le désir aveugle.
in Journal
La méditation est un dur travail. Elle exige la plus haute forme de discipline — non celle du conformisme, de l'imitation, de l’obéissance ; mais celle qui résulte de ce que l'on est constamment conscient, à la fois du monde extérieur et de la vie intérieure. Donc ? La méditation n'est pas une activité dans l'isolement, mais une action dans la vie quotidienne, faite de coopération, de sensibilité et d'intelligence. Si la méditation ne pose pas les fondements d’une vie irréprochable, elle devient une évasion et par conséquent n'a absolument aucune valeur. Être irréprochable, ce n'est pas se conformer a une morale sociale, mais être libéré de l’envie, de l'avidité et de la recherche du pouvoir, qui sont des causes d’inimitié. On ne s'en libère pas par une action volontaire, mais en en étant conscient, du fait qu'on se connait. Si l’on ne connait pas les activités du moi, la méditation devient une excitation sensorielle et a très peu de sens.
La Révolution du silence
Je te souhaite un pays d’arbres soyeux
Pour que tu t’y caresses la nuit,
Des palais tortueux de courant d’air,
Et des pierres aux longs regards étranges
Qui insistent.
in Cheval Rouge
tes poèmes sont noirs
avec beaucoup de poils
de la chair
des sécrétions
des odeurs d’encre épaisse
des seins lourds
une langue humide
des fentes
des plis
tes poèmes sont
n’importe quelle partie de ton corps
n’importe laquelle
une jambe
un rein
un os
sauf la tête.
in Tu écris des poèmes
Nous rentrerons trop tard ;
la mer sera fermée.
Nous sécherons peut-être
et mêlerons notre poussière
au sable des sirènes
surprises par la nuit.
Des pas d'oiseaux écorcheront
la fine peau de ciel
qui nous protège des saisons.
in L'impossible séjour
On se cache dans la condition d’être social
Dans la queue de la boulangerie
Dans les commentaires météorologiques
in Traction Brabant 78
Vous réprimez votre désir afin d'être sans désir, n'est-ce pas? Vous étranglez votre désir, vous essayez de le tuer, et vous croyez alors avoir atteint l'état de non-désir - ce qui est complètement faux. Qu'est-ce que le désir? C'est une énergie, n'est-ce pas? Et dès que vous étouffez votre énergie, vous devenez par votre propre faute terne et sans vie. C'est ce qui s'est passé en Inde. Tous les hommes soi-disant religieux ont étranglé leur désir: les hommes qui pensent, les hommes libres sont très peu nombreux. Ce qui compte, ce n'est donc pas d'étouffer le désir, mais de comprendre l'énergie et d'utiliser l'énergie dans la bonne direction.
in Le sens du bonheur
La vérité n'a pas d'ancrage fixe, elle est élusive et non permanente, on ne la voit que d'instant en instant.
Elle est toujours nouvelle, et donc intemporelle.
Ce qui était vérité hier ne l'est plus aujourd'hui, ce qui est vérité aujourd'hui ne le sera plus demain. La vérité n'a aucune continuité.
C'est l'esprit qui veut à tout prix donner une continuité à l'expérience qu'il baptise du nom de vérité, mais jamais un tel esprit ne la connaîtra.
La vérité est toujours neuve: la vérité,
c'est voir le même sourire comme un sourire neuf,
voir la même personne d'un regard toujours neuf,
voir les palmiers qui se balancent
– voir la vie – comme pour la première fois.
in Le livre de la méditation et de la vie
Bien des gens dans le monde sont indépendants, mais très peu sont libres.
in Le sens du bonheur
L'éducation dans le vrai sens de ce mot consiste à comprendre l'enfant tel qu'il est, sans lui imposer l'image de ce que nous pensons qu'il devrait être.

tout ce qui vit enseigne à qui sait entendre
in Ma Patagonie
Tu es l'éclat de verre
Du miroir où se cachent
Les défunts
Qui te rêvent
Sans voir
Eux qui songent
Au miroir des miroirs
Où se sont engendrés
Les mensonges du rien
Et l'image d'un corps
Que l'absence
A creusé
Dans les débris du feu
Et la fuite
Utérine des astres
Tu es l'ombre
De l'ombre d'une nuit
Comme soudain
Fleurit le sable
Sous l'averse ou l'ozone
A la suite de l'éclair
Uluru
T'as rêvé
Et tu rêves
Uluru
Ici à Paris
Où les hommes pèsent si peu
Qu'ils ne rêvent jamais
Les longs rêves patients
De la pierre
Là-bas dans la grande île sèche
Uluru dort
Et tu dors
Dans Uluru la porteuse
Maternelle de l'ocre semence
Des crépuscules
Où tu agites
Ton ombre
Là-bas sur la Grande Terre
Où tu n'es pas quelque chose
D'isolé mais un morceau non détaché
Du cordon ombilical
Des millénaires en cours
Là-bas Uluru dort
à ta place
et remplit le contrat initial
de rêver l'essentiel
Et son nombril est un tunnel d'étoiles
Vers l'âme unique de la matière
Et l'œil humide de l'amour
Alors écoute ici à Paris
Où les hommes sont tellement sourds
Qu'ils ont besoin de livres
comme des bouées qu'on lance dans le bruit
Ecoute
Ce que là-bas
Dit le didjeridoo
Quand l'homme à la peau
Peinte en rouge
Pour la danse féconde des jours
Arrache de sa bouche
Le grand brame doux
Et la giclée sonore
Du sperme de son souffle
Ecoute ce que disent
Les talons bien rythmés
De tes frères et soeurs
Dans la chaîne de la genèse
Et la poussière qui retombe
En silence sur leurs pas
Comme d'un tambour à l'autre
Des galaxies
Quand les tambourinaires de la lumière
Se répondent par-dessus
La forêt des ténèbres
in Uluru
La création n'appartient jamais à l'individu. Elle cesse complètement quand la personnalité prédomine par ses aptitudes, ses dons et ses techniques. La création est le mouvement de l'essence inconnaissable du tout, jamais elle n'est expression de la partie.
in Carnets