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23/04/2016

Luis Sepúlveda

 

Les Benetton prétendaient apporter le progrès dans la région. Ils y ont apporté les clôtures en fil de fer barbelé, empêché la transhumance des gauchos et des rares espèces sauvages encore existantes, imposé des bornes absurdes dans une région où le ciel et la terre sont les seules limites. 

 

in Dernières nouvelles du Sud

 

 

 

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19/04/2016

Christian Saint-Paul

 

Nous apprenons à apprivoiser le vide

créé par l’appétence de l’homme.  

 

in Indalo

 

 

 

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Pierre Emmanuel

 

Chien noir qui sors de la muraille ensanglantée  reviens flairer leurs derniers pas, ô hurle encore à la Mort dans le cirque sourd de nos années !  Le tueur dit : sautent les crânes ! et les crânes  font sauter avec eux le ciel. Le tueur dit :  la grenade, en plein tas ! et le volcan éclate  éclaboussant les murs de flamme et de pensée.  Le tueur dit : brûlez ! et les os de la terre  craquent dans son rictus haineux. Le tueur dit :  que le vent fasse place nette ! et le vent vient  docile, éparpiller les cendres. Le tueur  dit : RI-EN, il n’y a RI-EN. Mais si, tueur  il y a ce chien qui se souvient de toi, ton âme  de désespoir aboie sans trêve en ce chien noir.

 

in Tristesse Ô ma Patrie, 1946

 

 

 

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Jany Pineau

 

Décalée

Un peu

En rade

Tendue

 

Déboussolée

 

Malgré ce qui va droit

 

 (...)

 

Il est temps d'aller

 

D'aller noircir

Les petits matins froids

 

 

in En train de dérailler

 

 

 

 

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18/04/2016

Ossip Mandelstam



 À mes lèvres je porte ces verdures,
 Ce gluant jugement de feuilles,
 Cette terre parjure, mère
 Des perce-neige, des érables, des chênes.

Vois comme je deviens aveugle et fort
 De me soumettre aux modestes racines,
 Et n'est-ce pas trop de splendeur
 Aux yeux que ce parc fulminant?

Les crapauds, telles des billes de mercure,
 Forment un globe de leurs voix nouées,
 Les rameaux se changent en branches
 Et la buée en chimère de lait.

30 avril 1937 
traduit par Philippe Jaccottet)

 

 

 

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16/04/2016

Erri de Luca

 

 

ce soir parmi nous moi j’aime l’ivrogne qui perd le chemin de sa maison.

 

 

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Kate Braverman

 

Les poètes enfoncent leurs têtes dans les fours. Attirés qu’ils sont par le pouls de la flamme bleue. Leurs crânes sont des plazzas de chagrin et de pourriture. Ils ont au fond des yeux des entrepôts et des jetées. Il y a le déchirement atroce du cœur au moment de partir. Puis ils s’enquillent du monoxyde de carbone par la bouche. N’ont de cesse de tomber malades sous l’évangile fielleux de la lune. 

 in Bleu éperdument

 

 

 

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14/04/2016

Paul Guiot

 

- Quel était le secret de ce pacificateur efficace ?

- Sa simplicité désarmante.

 

 

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Luis Sepúlveda

 

« - Ce violon, quand l’avez-vous perdu, l’ami ?

- Qui vous a dit ça ? Je ne peux pas l’avoir perdu puisque je ne l’ai pas encore trouvé, déclare t-il dans une nouvelle démonstration de logique écrasante. »

 

in Dernières nouvelles du Sud

 

 

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13/04/2016

James Noël

 

c’est l’encre qui fait que

le poète

trouve dans l’horizon

domicile fixe

 

in Le sang visible du vitrier

 

 

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Ossip Mandelstam


Armé de la vision des guêpes étroites
 Qui sucent l'axe de la terre, l'axe de la terre,
 Je pressens tout ce qu'il m'a fallu connaître,
 Je m'en souviens par cœur et vainement.

Et je ne dessine pas, ne chante pas,
 Ne guide pas l'archet à la voix noire:
 Je me contente de boire la vie et j'aime
 À envier les guêpes fortes et rusées.

Oh, qu'un jour vienne, n'importe quand,
 Où la piqûre de l'air et la chaleur de l'été
 M'obligent, une fois franchis soleil et mort,
 À entendre l'axe de la terre, l'axe de la terre.

8 février 1937

 traduit par Jean-Claude Schneider

 

 

 

 

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Sitting Bull, Hunkpapa

 

Les paroles des blancs sont écrites sur l’eau.

 

 

 

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11/04/2016

Black Elk, Sioux-Oglala

 

La deuxième paix est celle qui se crée entre deux individus, la troisième et celle qui soude deux nations. Mais au-dessus de tout cela il vous faut comprendre que la paix ne sera pas possible entre les nations tant qu’on ne sera pas convaincu que la véritable paix – comme je l’ai souvent dit – se trouve au cœur même de l’âme humaine.

 

 

 

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Anna Maria Celli

 

Et par les cercles

Limpides

De l’orage

Sourdant du fond des silex

J’écoule mes pensées

  

 in Prémonitoires

 

 

 

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10/04/2016

Edmond Jabes

 

Je suis à la recherche d’un homme que je ne connais pas,
 qui jamais ne fut tant moi-même
 que depuis que je le cherche. A-t-il mes yeux, mes mains
 et toutes ces pensées pareilles
 aux épaves de ce temps ?

Saison des mille naufrages,
 la mer cesse d’être la mer,
 devenue l’eau glacée des tombes.
 Mais, plus loin, qui sait plus loin ? 
 


 in Chansons pour le repas de l’ogre (1943-1945)

 

 

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