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04/05/2015

Wang Wei (701-761)

 la villa de la rivière Wang

 
bientôt un an que je ne me suis rendu sur la montagne de l’est
 de retour juste aux semailles des champs au printemps
 sous la pluie la couleur verte des herbes semble teinte
 au-dessus de l’eau les fleurs rouges des pêchers sont sur le point
    de s’enflammer
 Yu lu, le moine mendiant, érudit des soûtras,
 et le Vieux bossu, le sage du village !
 je m’habille à la hâte, sandales à l’envers, pour aller les voir
 joyeux ensemble nous parlons, nous rions, devant mon humble porte



 in le plein du vide

 

 

Poème de Lu Tung (IXème s.), surnommé le "Fou du thé"

 

la première tasse humecte lèvres et gosier
 la deuxième tasse chasse solitude et mélancolie
 la troisième tasse va fouiller mes entrailles desséchées
 n'y trouvant que cinq mille rouleaux d'écrits
 à la quatrième tasse transpire une légère sueur
 les contrariétés de toute ma vie,
 par tous les pores de ma peau, se dissipent
 la cinquième tasse purifie chair et os
 la sixième tasse me fait communier avec les immortels
 la septième tasse, peut-être n'aurais-je pas dû la boire
 aussitôt un vent frais naît sous mes aisselles

 

 

Bashô (1644-1694)

 

automne profond

mon voisin

comment vit-il ?

 

 in à Kyoto rêvant de Kyoto

 

 

 

 

03/05/2015

Tao Yuan ming (4ème s.)

 

consultant le Classique des montagnes et des mers

 

c'est le début de l'été, herbes et arbres poussent
 les arbres prospères qui entourent la maison étendent leur ombrage
 les oiseaux se réjouissent d'y trouver refuge
 j'aime ma hutte moi aussi
 comme j'ai déjà labouré et même semé,
 j'ai du temps pour lire mes livres
 mon allée est à l'écart, loin des grandes avenues,
 même les carrosses des vieux amis font demi-tour
 joyeux je bois le vin printanier,
 et cueille des légumes dans le potager
 une pluie légère vient de l'est,
 un bon vent arrive avec elle
 je feuillette l'Histoire du roi de Chou,
 promène mon regard sur les gravures des montagnes et des mers
 le temps de baisser la tête et de la relever, j'ai parcouru l'univers
 pour se réjouir, que faut-il de plus ?

 

 

Po Chu yi (772-846) "celui qui jouit du ciel"

 

on laisse sortir poulets et chiens, ils dansent
on laisse faire les enfants, ils s'amusent
assis oisivement, à l'ombre des sophoras,
le poitrail à l'air face au vent du soir
le chanvre trempe dans l'eau de l'étang
les dattes sèchent au soleil
hommes et chose, quelle harmonie!
c'est là que demeure le vieillard de la campagne

 

 

 

 

 

 

Lu Yu (1125-1210), "le vieil homme qui n'en fait qu'à sa guise"

 

 l'air de l'automne souffle comme une flûte claire

à la taverne la bannière est hissée, on peut y acheter à crédit

je chante joyeusement en traversant le petit marché

à mon chapeau bas est épinglée une fleur sauvage

une fille de la rivière me garde des crabes frais

un vieux jardinier m'offre des courges tardives

qui devinerait que le vieillard oisif

fait de sa vie une longue ivresse?

 

 

 

 

02/05/2015

Chiyo Ni (1703-1775), peintre et poète

 

le rouge à lèvres

ma bouche a oublié

ah! l'eau de la source

 

in bonzesse au jardin nu

(poème composé le jour de son ordination comme bonzesse de l'école de la Terre pure)

 

 

 

 

Octavio Paz

 

Il faut rêver à haute voix, il faut chanter jusqu'à ce que le chant s'enracine, tronc, branches, oiseaux, astres,  chanter jusqu'à ce que le chant engendre et que sourde de la côte du dormeur l'épi rouge de la résurrection,  l'eau de la femme, la source pour boire et se voir et se reconnaître et se reprendre, la source pour se savoir homme, l'eau qui se parle à elle même dans la nuit et nous nomme de notre nom... la vie et la mort ne sont pas des mondes contraires, nous sommes une seule tige avec des fleurs jumelles, il faut désenterrer la parole perdue, rêver vers l'intérieur vers l'extérieur, déchiffrer le tatouage de la nuit et regarder midi dans les yeux, lui arracher son masque, se baigner dans le soleil et manger les fruits de la nuit,  épeler l'écriture de l'étoile et du fleuve, écouter ce que disent le sang et la marée,
la terre et le corps, revenir au point de départ...

 in La jarre cassée dans Liberté sur Parole

 

 

30/04/2015

Patrick Devaux

la nuit

 est

une larme

 à comètes

  

tu peux

 fermer

 les volets

 poète

 

 la chauve-souris

 est là

 

 

qui authentifie

 ton paraphe

 de ciel

 

 

in Ecailles de nuit

 

 

 

 

 

 

Cédric Le Penven

 

Si les routes venaient à rejoindre leur destination, l’enfant gagnerait les étendues d’herbe rase sur le causse. Là où l’horizon est une mère allongée qui fait signe. Là où le vent lave l’affront des tables de cuisine rance. Là où les pierres sont trouées comme nos mains à force de chercher des pépites de chair dans la furie des ondes.

 

   in L’immobile serti de griffes

 

 

29/04/2015

Daniel Abel

  

Volumes de pierre chaude

 Parfums de lavande

 Printemps de lèvres de langues

  

De chaque orage

 Eclot une oasis

 

 in Ivresse, lumière…

 

 

Jean Joubert

 

Là, sur sa chair, s’apaiseraient

 Les longues fièvres.

 Egaré, tu rêvais de boire sur sa bouche

 Le baiser,

 L’âpre poison.

 

 in Eternité de la rose

 

 

Keltoum Staali

 

Je rassemble tes morceaux dans des villes

 Etrangères

 Revenir

 Surprendre le mimosa au front de l’hiver

 

 in Talisman

 

 

 

 

 

28/04/2015

Andrea Montiel

Du néant je suis prisonnière

 Du néant je suis prisonnière.

 

 Je cherche les mots pour nommer toutes choses

 et quelques gestes obscurs pour illuminer le sentier.

  

Les sous entendus sans loi comparaissent

 et on marche à tâtons vers des lendemains sans nom.

  

On n’a pas de nom.

 Tout au plus un domicile solitaire

 dans un quartier de rencontres fortuites.

 

 Pendant ce temps les jours se décantent

dans l’écroulement irrépressible et muet

 de la vie qui poursuit sa route vers la mort.

 

 Je m’approche d’elle et ose la caresser.

 

 

 

 

Patrick Devaux

la lune

 épluche

 les rideaux

 de la chambre

 à fantômes

  

quand

 elle troue

 de son ombre

  

l’oscillation

 des ifs

  

ferme

 les yeux

 et

 pense

 à

 moi

  

aussi

 l’hiver

 

 je brillerai

 dans ta nuit

  

jusqu’à

 faire

 scintiller

de neige

  

tes paupières

  

in Ecailles de nuit