La Belle saison de Catherine Corsini (2015)
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– Tu comprends, à choisir un code je n’en vois qu’un : l’amour. Je me fiche que cela paraisse désuet, ou décrété impossible par une tonne de crétins. Il y a une perfection quelque part, je la cherche. Je ne vis pas à contre-courant, j’essaie d’aller dans mon courant.
in La femme en vol
Perfectionniste d’accord, mais cependant je n’attends pas la perfection. Je la cherche parfois dans une exigence qui n’est pas un but mais un chemin. Il faut viser haut pour atteindre le centre. Viser simplement, le reste n’est pas de notre ressort.
cg in Journal 2008
sept ans de visites
ont achevé Lascaux
effacé 15000 ans d’Histoire
mais on a reconstitué
une grotte postiche
pour se souvenir du passé
après ça dépêchons-nous
de reproduire la planète
en photocopie-minute
car elle n’a pas de double
in Quotidiennes pour oublier
La dentelle des jours nous pousse à faire escale
dans les ports aux romances inachevées,
à chercher dans la multitude des petits riens
ces choses de peu qui manquent le plus.
in L’éponge des mots
Je longe le long sillon qui conduit aux morts muets.
Je songe à la neige, aux chevaux de feu,
à l’hiver des paroles.
Je vois des bois brûlés, des vaisseaux échoués,
des mouettes prises par le gel.
Je longe le fleuve de sang et de larmes
qui traverse les inquiétantes ruines.
Je sens l’odeur des prédateurs, l’urine
de la hyène, la matière fécale des jeunes bébés.
J’écris à partir d’un noyau de nuit.
J’écris à partir d’une tranchée noyée de boue.
J’écris corde au cou.
La trappe déjà tremble sous mes pieds.
Je longe le marbre froid qui donne le frisson
et chante une très étrange et vieille chanson,
qui dit qu’aujourd’hui et pour toujours
le ver est dans le fruit.
J'ai reçu la vie comme une blessure et j'ai défendu au suicide de guérir la cicatrice.
Solitude
le cœur dans son terrier
un lapereau tremblant
Se mettre à l’abri
en hauteur
ne pas se prendre
le plein fouet
le versant nu de nos extrêmes
fragilités
in Salines, 2007
Paroles du Thibet
Il est dit autrefois
Qu'errant éperdue dans l'informe
Eparse dans l'obscurité
La pauvre ombre sans graisse du mort
La bouche pleine de terre
Dans le noir sans mémoire tourbillonne il fait froid
L'espace ne connaît que le glissement glacé des larves
in Sacre et massacre de l’amour