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13/04/2014

Alfred Kubin

Alfred Kubin 0.jpg

 

EN NERFS ET EN BOSSES

BIEN EN CHAIR

COMBLER LA FOSSE

 

 

Mordre

Les grappes de nuit lourdes amères

Mordre

Jusqu’au sang le soleil

Mordre la peau

Punir les marques

Du temps irrespectueux

 

 

Abîmer pour abîmer

Creuser le vertige

Sculpter un scalpel

Dans le silex des os

 

 

Fendre le fruit

Profaner sa chair

D’un rite animal

D’un rire rupestre

 

 

Injecter au cœur

Un virus de vie

 

 

Clarté sereine

Éblouissement

Orageuse beauté

De l’entraperçu

 

 

Gravir un bout d’éternité

Était-ce bien la peine ?

 

 

Plaie obscure de la nuit

Dans nos paumes accolées

Rêve bu au carreau du destin

 

 

Est-ce en creusant que l’on ouvre un espace ?

 

 

À coup de langues de pioche

Tirer du sensible un semblant de sens

Ou tout au moins l’essence

Le sacre du réel

 

 

L’homme qui brûle

Dit à l’homme qui pleure :

 

Elève-toi !

 

Jette la dépouille du monde

Et danse !

 

 

cg in Mystica perdita, 2009

(in Eskhatiaï, Ed. de l'Atlantique 2010)

 

 

12/04/2014

Co Rentmeester - Nu photographié avec un Polaroid SX-70 camera - 1972

Co Rentmeester A nude photographed with a Polaroid SX-70 camera (with a 15-second time exposure), 1972.jpg

 

Se séparer. Les pissenlits en graines, réfractaires aux vœux, nous manquons de souffle. Se séparer. Être dans l’instant d’un bourdonnement qui passe, faire taire les pensées, l’espoir, le désespoir. Se séparer. Arrêter les pensées ? Impossible ! Elles tournent, tournent, infernal manège, on n’en veut pas, on n’en veut, à l’autre. Un bourdon sur ma peau, doux, mais aussitôt la peur, ancestrale peut-être, de la piqûre.

 

cg in A la loupe, tout est rituel

 

 

 

11/04/2014

Auteur inconnu

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POÈME NOIR

 

Poème aux rimes noires

Poème d'un monde écorché

Monde de paix illusoire

De rêves assassinés

 

Toutes les nuits sont les mêmes

Autant de joies que de haine

Tous les soleils se ressemblent

Trempent dans un même sang

Aux pieds de cités qui tremblent

Jusqu’à la mort elles dansent 

Tous les peuples savent sourire

 

Ils savent tous tendre la main

Tous ces peuples qui chavirent

Avec des armes sur leur sein 

Leurs enfants jouent dans les rues

Qu'il tombe de l'eau ou des bombes

Ils aiment tous courir pieds nus

Même s'ils trébuchent sur des tombes

 

Poème aux rimes noires

L’espoir est un supplice

Le monde à l'abattoir

Et l’amour s’éclipse

 

 

cg 1995

in Guerre et autres gâchis

 

 

10/04/2014

Hideyuki Katagiri

Hideyuki Katagiri (2).jpg

 

Depuis quelques jours, des parfums suaves m’arrivent soudain de je ne sais où, des parfums fleuris. C’est étrange. C’est un phénomène qui a commencé il y a quelque temps maintenant, et qui revient soudain, comme ça. Des parfums flottent dans les airs. Parfois la sensation qu’un autre monde est là, tout près, de l’autre côté d’un voile de plus en plus fin.

 

cg in A la loupe, tout est rituel

 

 

 

 

 

Raphael Macek

raphael macek photography6.jpg

 

 

Tu es mon fou dans la caverne

 Je suis ta chair de paille

Ma rondeur est ma force

Ouvre-moi

Sois mon cheval nu

 Réveille le chaos entre mes cuisses

Onction vive de seins chatte limpide

Creuse-moi baise-moi enchante-moi !

 

Rend à mon âme en maraude

Sa suave abondance

L’orchidée du fond des yeux

Mon amour, fait-moi à la folie

Ce très vieux plaisir humain

La danse inspirée

Des anges épidermiques

 

 

cg in Tisonne, 2013

 

 

 

 

 

09/04/2014

l'oeil & la plume : Juste un peu de poussière ?

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texte cathy garcia                                                                          photo © ludovic florent  série poussières d'étoiles

 

 

Les mouches fermières ronronnent sur la peau de lait. Déguisé en mendiant, un bleuet part en fumée. Sur les toits, une pie s’effarouche et dans les herbes hautes, les cailles s’endorment en rêvant à des nids sur la lune. Une guêpe allumée dessine des jarretelles sur les pattes d’une musaraigne. Les laitues sont aux champs, les biches aux abois. Les murmures pourrissent sur des chemins d’épines.

 

Aux portes de la ville, valse de muses infécondes. Cantiques de murailles à faire froid dans le dos. La langue râpeuse de l’étranger, sa langue hachée, servie juste trop cuite à ceux qui pensaient pouvoir l’avaler. Des gorgones, des maux de têtes apparaissent les soirs de grand vent. Ces soirs où les passants passent comme des mortes-feuilles, où les enfants s’accrochent aux lampadaires qui urinent sans façon sur des chiens vêtus de noir.

 

Dans les jardins publics, qu’il vente ou qu’il pleuve, les mantes non religieuses sucent des fourmis à miel. Cela offusque et excite les vieilles coquettes, chapeau, gants, eau de violette. Diamants concassés dans leurs regards éteints.

 

Oui, juste un peu de poussière.

 

cg 2000

in Trans(e)fusées

 

En ligne sur http://jlmi22.hautetfort.com/

 

 

 

08/04/2014

Odilon Redon - Centaure

Odilon Redon-centaure.jpg

 

La laideur nous fait subir un interrogatoire. Hantise de nos forêts ténébreuses, de nos landes glauques. Nous devons réintégrer nos monstres, qu’ils cessent d’errer seuls, désespérément cruels. Laisser s’exprimer le réprimé, le refoulé, l’exilé. Nos migrations intimes, nos frontières, nos gardes chiourme, gardes chiottes. Toute cette merde en nous, ordure ou fumier ?

 

cg in Vous avez dit satyre ?

in Qué wonderful monde (Nouveaux Délits 2012)

 

 

 

Ignacio Teran - Amazon

Ignacio Teran Amazon.jpg

 

 

MON  LOUP D’AMAZONIE

 

A Punch

 

Il y avait un ruisseau au fond du potager, l’Amazone, et au-delà c’était la forêt, la grande, la vraie. Et puis toi et moi, à la belle aventure. Toi, loup berger noir et fauve et moi intrépide héroïne chaussée de caoutchouc vert.

 

Le pont d’allumettes franchi, nous glissions dans le lit sauvage du ru, pour remonter son cours et pister ses secrets, humer l’acidulé des pommes humides, le frisson phosphorescent d’étoiles grenouilles sur l’argile moussue.

 

Nous apprenions la langue de l’eau, entre le chuchotis des rives vierges, les périlleux méandres et l’obscur ensorcellement des racines.

 

Nous galopions, bondissions entre ronces et lianes, nous enfoncions au plus profond de la mer végétale pour connaître soudain la joie ivre et farouche de se savoir enfin perdus. Quand Réel et Imaginaire tissaient le Temps du Jeu alors TOUT devenait possible !

Je m’abandonnais heureuse à cette magie du monde qui m’a tout enseigné. Et toi beau loup fidèle sans faute toujours, à la civilisation tu me ramenais.

Civilisation dont l’entrée se situait à hauteur exacte de la première rangée de carottes du potager.

 

cg 2005

 

 

 

Alao Yokogi - That Side of Paradise - 1998

Alao Yokogi - That Side of Paradise, 1998.jpg

 

Mais qu’est-ce que tu racontes ? Allo ? ? ? Le tournis, la confusion, que sèment le moindre échange de paroles entre toi et moi. Mais qu’est-ce que tu dis ? Je ne comprends pas ! Tu n’as pas dit ce que j’entends et tu n’entends pas ce que je dis. Pire, tu entends des choses que non seulement je n’ai pas dites, mais que je n’ai même pas pensées et tu dis quelque chose, puis tu dis que tu n’a pas dit ça. Allo ? Je deviens folle avec toi. Seule avec ma poésie, mes élans, mes désirs, mes passions et mes abîmes, seule et l’âme toujours et encore assoiffée.

 

cg in A la loupe, tout est rituel

 

 

Richard Harrington -Inukjuak

Richard Harrington inukjuak.jpg

 

 QUI ES-TU TOI ?



Qui es-tu toi
portée de vagues
qui me creusent ?

Qui es-tu toi
entrée sans frapper
à la porte du monde ?

Qui es-tu toi
pour me donner
autant de joie ?

Qui es-tu toi
cherchant mon sein
pour l’engloutir
et mon cœur avec ?

Qui es-tu toi
qui pleures, qui cries
à qui veut entendre
je vis, je vis ?

Qui es-tu toi
perchée au bord
 de mes sourires ?
Une fée ? Une angelette
égarée dans mes plis ?

Qui es-tu toi
que j’ose appeler
ma fille ?

Qui es-tu toi
qui a donné sens
essentiel
à ma vie ?

Chut !
Ne dis-rien
garde ton secret
Laisse-moi simplement
t’aimer.

 

cg 2003

 

 

  

 

Edgar Degas - Après le bain, femme nue s'essuyant la nuque -1898

Edgar Degas _045.jpg

 

Laver ses sens et se faire confiance. Le quotidien nouveau est là. Aussi limpide, aussi simple et évident qu’une fleur de véronique, une évidente beauté. La vie ne peut pas être qu’une longue et interminable suite de conflits et de problèmes. Il faut un temps pour le rire et pour la fête, pour respirer à pleins poumons, chanter, aimer, délivrer le corps. Je veux du bonheur maintenant, du bonheur tout simple, bon comme du pain frais.

 

 

cg in A la loupe, tout est rituel, 2013

 

 

 

 

 

07/04/2014

Christopher L. T. Brown

Christopher L. T. Brown.jpg

L’homme sans racine s’enfauve, s’enrapace.   Sans racine, l’homme s’en meurt, s’enfuit et ne revient plus au lieu mythique où il a laissé son cœur. Un cœur nouveau né abandonné qui sait à peine battre mais qui pourtant cogne, résonne comme un tambour.

 

cg in Chroniques du hamac, 2008

 

 

 

 

06/04/2014

Craig LaRotonda- Soul of a Butterfly

Craig LaRotonda-Soul-of-a-Butterfly.jpg

 

Loin devant marche le primitif éclaireur. Visionnaire, il conserve quelques braises sous ses paupières. Il ne les rendra aux hommes que lorsqu’ils cesseront de souffler sur les cendres.

La connaissance est périlleuse.

 

cg in Les mots allumettes (Cardère 2011)

 

 

 

 

 

Adolph Gottlieb - Burst

Adolph Gottlieb Burst.jpg

 

LÀ-BAS

 
Le cri du coq jaillit du bord de l'aube
Il y aura des œufs à ramasser

Une gamine dans la cour tire sur sa robe
Et s’en court au pré pas encore fauché
Des nuées d'oiseaux sur son passage
Croassent de sombres avertissements
Là-bas au loin la grande faucheuse
Cogne aux tambours de l’enfer
Mais l’enfant ignore le présage
Elle court et saute les barrières


L'air est suave, pur, ni fumées, ni poudre
La folle fillette papillonne en chantant
Une comptine à conjurer la foudre
Sur ses lèvres rose sang
Elle a les joues rouges et les yeux qui brillent
Quand elle atteint le ruisseau
A son front des gouttes perlent et scintillent
Elle sourit, elle est joyeuse, il fait chaud


A genoux sur le sable au bord de l'eau
Elle ferme les yeux et offre un beau visage
L’oreille aux bruissements des roseaux
Aux fleurs, au soleil nouveau-né
Avec toute la ferveur de son âge
Au vent qui chuchote leurs secrets
Promet d’être sage comme une image
Et envoie au ciel un vœu de paix


Le monde soudain déboule en rafales
L’enfant sans un cri bascule en arrière
Tombe comme tombent aussi les pétales
Des petites fleurs changées en suaire
Pas de place pour l’enfance à la saison des guerres
Et pas de tombeau pour les fillettes inconnues
Seuls des fleuves de haine qui s’en retournent à la terre
Et des fleurs qui saignent sous les balles perdues

 
Le cri du coq jaillit du bord de l'aube
Il y aura des corps à ramasser.

  

   cg, texte original de 1994, paru dan Pandémonium 1 (ed. Clapàs 2001)

version remaniée pour Guerre et autres gâchis (Ed. Nouveaux Délits 2014)

 

 

 

 

04/04/2014

Cathy Garcia - Monstera

Monstera.JPG

 

 

La monstera deliciosa, plante d’intérieur qui me suit depuis tant d’années pour consoler  mes nostalgies brésiliennes, renaît de ses tiges rasées… On l’appelle aussi l’ananas du pauvre.

 

 

cg in Jardin du causse, 2004

Ed. de l'Atlantique 2011)