Jean-Jacques Rousseau
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Les pierres font partie du chemin.
Toutes deux regardaient s’enfuir les hirondelles :
L’une pâle aux cheveux de jais, et l’autre blonde
Et rose, et leurs peignoirs légers de vieille blonde
Vaguement serpentaient, nuages, autour d’elles.
Et toutes deux, avec des langueurs d’asphodèles,
Tandis qu’au ciel montait la lune molle et ronde,
Savouraient à longs traits l’émotion profonde
Du soir et le bonheur triste des cœurs fidèles,
Telles, leurs bras pressant, moites, leurs tailles souples,
Couple étrange qui prend pitié des autres couples,
Telles, sur le balcon, rêvaient les jeunes femmes.
Derrière elles, au fond du retrait riche et sombre,
Emphatique comme un trône de mélodrames
Et plein d’odeurs, le Lit, défait, s’ouvrait dans l’ombre.
L’affolement en moteur de désir
Et la route qui se barre en chewing-gum
La vrille
Les pieds sur le vide
Plongeons profonds dans l’univers
Je pensais avec un serrement au cœur, que rien n'est plus lent
que la véritable naissance d'un homme.
in Mémoires d'Hadrien
Tu as tous les visages et aucun,
Tu es toutes les heures et aucune,
Tu ressembles à l'arbre et au nuage,
Tu es tous les oiseaux plus un astre,
Tu ressembles au tranchant de l'épée
Et à la coupe de sang du bourreau,
Lierre qui avance, enveloppe et déracine
L'âme et la divise d'elle-même,
Écriture de feu sur le jade,
Crevasse dans la roche, reine des serpents,
Colonne de vapeur, source dans le roc,
Cirque lunaire, pic des aigles,
Grain d'anis, épine minuscule
Et mortelle qui donne des peines immortelles.
Mets-moi en mouvement
fais que je tourne
que je me torde et me tende
vers les bruits et les voix qui appellent.
Porte-moi à bout de lèvres
fais moi une échelle avec tes mots
sois le sabre
ouvre-moi en dedans
là où ça résiste encore
pour que je ressente mieux le monde.
Remplis-moi de ta force vive
et de ta sève d’homme
je veux dire d’humain
qui sait étreindre la douleur
pour en faire autre chose.
Fais-moi vivante.
Mets en moi le mouvement
saisis-moi au cœur et aux hanches
Serre-moi à réunir tous mes morceaux.
Je tremble autant que les feuilles brunes
et l’automne qui s’effraie déjà des pas de l’hiver.
Serre-moi dans le chaud de tes bras
et de tes mots d’amour.
Je n’avais plus où me blottir avant toi.
Fais-moi vivante.
in Rose
- Tu sais Charly, il faut aimer... Il faut aimer dans la vie, beaucoup. Ne jamais avoir peur de trop aimer. C'est ça le courage... Ne sois jamais égoïste avec ton cœur. S'il est rempli d'amour alors montre-le. Sors-le de toi, et montre-le au monde... Il n'y a pas assez de cœurs courageux... Il n'y a pas assez de cœur en dehors... C'est de ton bonheur dont je te parle... Pour que ta vie sois belle, aime le plus possible. Et n'aie jamais peur de souffrir. Et méprise ceux qui te mettront en garde. Ils seront moins heureux que toi. Ceux qui redoutent la souffrance ne croient pas en la vie.
in Le Cœur en dehors
Rien n’est plus proche au monde du courage que le désespoir…
in Le dernier grenadier du monde
Le diable sort au chant du corbeau
La première nuit à tire-d’aile, nous avons pris notre envol.
Tout juste sortis de l’enfer, nous avons niché
dans l’arbre à lunes
parce que l’arbre de vie
était chargé de citrons
et que l’arbre de mort
avait blanchi sous les cocons laiteux des anges.
Nous avons secoué l’arbre et les lunes
sont tombées à côté des crânes de mastodonte
éraflés et abrasés par le sable.
Respect pour les hommes, respect pour leurs âmes invisibles, ou si rarement, si pathétiquement devinées ; respect pour leurs tristes corps qu’eux-mêmes ne respectent pas, se contentant de les chérir, de les torturer, ou de les nier. Respect pour les choses dont les hommes abusent avec plus d’inconscience encore, et qu’ils traitent plus mal qu’ils ne le font de leur propre cœur. Respect pour le silence, plein de pressentiments des voix futures ; respect pour le passé, qui est présent, comme dans l’écrin, la marque laissée par la bague disparue, et respect pour l’instant présent, qui ira bientôt s’ajouter au passé, attiré par l’aimantation du Temps. Respect pour les anges qui sont nos gardiens et sont peut-être nos âmes ; respect pour nos démons aussi, qui ne sont que l’ombre portée par nos anges. Respect pour Dieu, même s’il n’est pas, parce que ne pas être n’est après tout qu’une manière un peu plus noble et plus pure d’exister, et parce que nous le possédons du moins sous forme de désir et d’attente. Respect pour l’amour, que les hommes et les femmes ne respectent plus, parce qu’ils ont peur qu’on les oblige à en être dignes.
Extrait d’un hommage à Reiner Maria Rilke, 1936