Félix Leclerc
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Trinquons à ces folles. Les mésadaptées, les rebelles, les faiseuses de trouble. Des chevilles rondes dans des trous carrés. Celles qui voient les choses différemment. Elles ne sont pas portées sur les règlements. Et elles n’ont aucun respect pour le statu quo. Vous pouvez les citer, être en désaccord avec elles, les glorifier ou les vilipender. La seule chose que vous ne pouvez pas faire, c’est de les ignorer, parce qu’elles changent les choses. Elles inventent. Elles imaginent. Elles guérissent. Elles explorent. Elles créent. Elles inspirent. Elles poussent la race humaine vers l’avant. Peut-être faut-il qu’elles soient folles. Parce que celles qui sont assez folles pour penser qu’elles peuvent changer le monde, ce sont celles qui le font.
Il faut être seul pour être grand.
Mais il faut déjà être grand pour être seul.
nos illusions seront sans sépultures
in Une brèche dans la tapisserie des ombres
Les femmes de mon pays portent un joug sur leurs épaules.
Leur cœur lourd et lent oscille entre ces deux pôles.
À chaque pas, deux grands seaux pleins de lait s'entrechoquent
contre leurs genoux ;
L'âme maternelle des vaches, l'écume de l'herbe mâchée
gicle en flots écœurants et doux.
Je suis pareille à la servante de la ferme;
Le long de la douleur je m'avance d'un pas ferme;
Le seau du côté gauche est plein de sang;
Tu peux en boire et te gorger de ce jus puissant.
Le seau du côté droit est plein de glace;
Tu peux te pencher et contempler ta figure lasse.
Ainsi, je vais entre mon destin et mon sort;
Entre mon sang, liquide chaud, et mon amour, limpide mort.
Et lorsque je serai sûre que ni le miroir ni le breuvage
Ne peuvent plus distraire ou rassurer ton cœur sauvage,
Je ne briserai pas le miroir résigné ;
Je ne renverserai pas le seau où toute ma vie a saigné.
J'irai, portant mon seau de sang, dans la nuit noire,
Chez les spectres, qui eux du moins viendront y boire.
Mais avec mon seau de glace, j'irai du côté des flots.
Le gémissement des petites vagues sera moins doux que mes sanglots;
Un grand visage pâle apparaîtra sur la dune,
Et ce miroir dont tu ne veux plus reflétera la face calme de la lune.
je suis
Dans ce malaise
De savoir que la beauté existe
Sans que je sache
Ce que je puis espérer encore
D’elle et du monde
Dans l’horreur de son retrait
Ce sont mes voix qui chantent
pour qu’ils ne chantent pas, eux,
les muselés grisement à l’aube
les vêtus d’un oiseau désolé sous la pluie.
Il y a, dans l’attente,
une rumeur de lilas qui se brise.
Et il y a, quand vient le jour,
un morcellement du soleil en petits soleils noirs.
Et quand c’est la nuit, toujours,
une tribu de mots mutilés
cherche asile dans ma gorge,
pour qu’ils ne chantent pas, eux,
les funestes, les maîtres du silence.
in Les travaux et les nuits, traduction de Jacques Ancet
J'ignorais que tout poème
est une émeute
maintenant je sais
qu'il peut ébranler
l'ordre de l'univers
les cloches sonnent sans raison et nous aussi
nous marchons pour échapper au fourmillement des routes
avec un flacon de paysage une maladie une seule
une seule maladie que nous cultivons la mort
je sais que j’en porte la mélodie en moi et n‘en ai pas peur
J'ai travaillé dur à ajourer la chambre, creusant dans les murs de larges ouvertures,
pour décrocher le soir venu les étoiles des branches nues.
Des grosses pierres blanches et lisses
Quelques arbres plus loin
Un peintre vide son encrier
À grandes ailes passe un aigle
Nul ne le voit ni l’entend
Seul le pinceau sait où il se trouve
Le soir plus personne sinon l’eau toujours
in Homme Montagne
Mais dans nos sociétés riches et prétentieuses, ce trop-plein d’antennes est sévèrement puni. Les sans-fard inspirent la honte et le mépris, alors ils fanent ou enragent, et c’est le début de l’enfer. On les met dans des hôpitaux, on les force à manger des médicaments pour les remettre droit, on leur enlève la parole puisqu’ils parlent mal la langue de papa et maman, on leur enlève leurs droits, parfois leurs noms.
in Prologue de Et pourquoi moi je dois parler comme toi ?