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11/06/2016

Guénane

 

Bois la tasse du petit jour

 

in La sagesse est toujours en retard

 

 

 

 

Jean-Christophe Belleveaux

 

Je lèche ma plaie

J’écris avec ma langue

 

in Démolition

 

 

 

10/06/2016

Marlène Tissot

 

J’emmerde les blablas

 

Les mots sont des adultes consentants

on peut les coucher là, l’un par-dessus l’autre

et leur faire dire ce que l’on veut

 

in J'emmerde

 

 

 

Kate Braverman

 

Elle examina sa main et l’air qui semblait bleuir à l’extrémité de ses doigts. C’est juste un glacis bleu, se dit-elle. Et sur les bords, une sorte de gaze bleue panse la blessure universelle.

 

in Bleu éperdument

 

 

Medoruma Shun

 

Moi j’aimais bien me tenir dans la clairière du sanctuaire, les yeux fermés j’écoutais le chant des oiseaux, les insectes et le bruissement des feuilles, je respirais l’odeur de la forêt, un mélange de feuilles mortes, de terre, d’eau, de fleurs et d’écorce d’arbre, je sentais que les divinités de la forêt sacrée me regardaient. Je restais debout et j’avais l’impression de devenir un arbre ou une plante, mon corps bourgeonnait ici et là, des fleurs s’épanouissaient au bout de mes doigts, je devenais légère comme un voile de mariée, prêt à s’envoler, c’était comme si mon corps se déployait pour se mêler à la forêt. Je pouvais passer des heures là-bas sans m’en lasser.

 

in L’âme de Kôtarô contemplait la mer

 

 

 

09/06/2016

Nii Ayikwei Parkes

 

Les lois des livres et le pouvoir des fusils

n’enseigneront jamais les manières de faire avec les humains. 

 

in Notre quelque part

 

 

 

Guénane

 

Poète funambule danseur de corde

sur la ligne de vie nul ne sait

si le balancier dépend du poids de ta peine

 

Voltige n’est pas le contraire de profondeur

 

in La sagesse est toujours en retard (Rougerie mars 2016)

 

 

 

08/06/2016

Renée Vivien

 

J'ai si longtemps respiré l'air des forêts, l'air vibrant de neige, je me suis si souvent mêlée aux

Blancheurs vastes et désertes, que mon âme est un peu l'âme des louves fuyantes.

 

 

Aymeric le Guillou

 

La Terre misère, truand à vaches

À l’infortune, tout le bétail

Qui dégouline, passe sous le ciel

Pour des étoiles, qui tiennent foire

 

in Little Monde

 

 

 

07/06/2016

Guillaume Apollinaire

 

Ma queue éclatait sous tes lèvres  

Comme une prune de Juillet  

La plume au vent qu’on taille en rêve  

N’est pas plus folle je le sais  

Que la volage aux amours brèves

Il me souvient de Félicie  

Que je connus le jour de Pâques  

Et dont la moniche roussie  

S’ouvrait en coquille Saint-Jacques  

De septembre à la fin Avril

Il me souvient de la Dona  

Qui faisait l’amour en cadence  

Et dont la figue distilla  

Un alcool d’une violence  

Mais je ne vous dis que cela.

 

in Poésies libres

 

 

 

Anna Maria Celli

 

Lorsqu’on l’appelle

Entre ses cuisses froides

S’ouvre un oursin

Profond et noir

Qui luit

Et nous regarde

 

in Prémonitoires

 

 

 

Michelle Caussat

 

J’ai gravi bien des escaliers, j’ai pleuré sur bien des tombes

Je me suis sentie espionnées, comme par l’œil d’un poisson mort.

La belle pluie bleue m’a lavée de tous ces mystères, m’a défaite comme une fleur.

Maintenant qu’il fait nuit, dans la compagnie d’un chat blanc et roux,

j’égrène des fruits de mémoire, je tâche d’attendre le jour.

Il viendra avec ses voitures et ses paroles déchirant le foulard d’un songe,

crevant la rue de klaxons et de détritus.

 

in Traction Brabant n°65

 

 

 

Benjamin Fondane (mort à Auschwitz-Birkenau en 1944)



 Élégie

Je me suis déchaussé pour entrer dans la maison
 du passé, j'ai ouvert le piano aux dents jaunes
 j'ai essayé ma voix comme un couteau cassé

ce n'est rien. Je vous dis que ce n'est rien. À peine
 un souffle qui pourrait éteindre une bougie
 un cœur usé qui craint les escaliers raidis
 une main qui tâtonne pour trouver une clé
 qui n'ouvre rien qui ne soit déjà ouvert depuis
 longtemps, une molle jambe qui fait sur le tapis

des traces.

 

 

Gaston Bachelard

 

Mon plaisir est encore d’accompagner le ruisseau,

De marcher le long des berges, dans le bon sens, dans le sens de l’eau qui coule, de l’eau qui mène la vie ailleurs, au village voisin. Mon « ailleurs » ne va pas plus loin.

 

 

René Daumal



 Triste petit train de vie

Celle qui pourrit dans mon cœur
 c'est la lueur qui se nourrit des peurs
 qui rôdent chantant le malheur,
 en haut, en bas, toujours.

Nuit sur la nuit, c'est fête, enfonçons la
 détresse
 sous l'ouate d'une joie épaisse ;
 nuit sur la nuit, c'est la faiblesse
 du cœur brisé

La pourriture est dans mon souffle et ce
 vent
 c'est le siffleur fascinant, c'est la dent,
 c'est le goût de saumure de ce gouffre avant
 la fuite en bas.

Plaie du jour à mon flanc !
 la nuit, c'est mon sang
 qui s'enfuit par ce trou blanc,
 soleil qui me baigne jusqu'au petit matin,
 m'ôte la faim
 au petit matin de ma fin,

personne n'entend, personne,
 personne ne tend la main,
 je suis l'aiguille,
 l'aiguille dans le tas de foin,
 le foin sans fin, l'étouffeur à la fin...

personne ne vient, personne ne pleure,
 sauf toujours la même, la terreur.

in Le Contre-Ciel