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CITATIONS - Page 25

  •  Denise Desautel

     

    joggeuse de grand fond, tu cours

    jusqu’au bout du continent

    jusqu’au bout du siècle

    champs minés, océans, naufrages

    jets de plomb et de sang

    squelettes en pile

    le long de ton chemin

    tu repousses ce que tu hais

    cette panoplie d’objets blessants

    à la portée de n’importe quelle bouche

    de n’importe quelle main

    mensonges, rancunes et petits fusils

    tu cours, tu voles

    tu vas vers la beauté

    tes bras acrobates

    tes paumes

    béantes

     

    in La marathonienne

     

     

     

  • Louise Erdrich

     

    Life will break you. Nobody can protect you from that, and living alone won’t either, for solitude will also break you with its yearning. You have to love. You have to feel. It is the reason you are here on earth. You are here to risk your heart. You are here to be swallowed up. And when it happens that you are broken, or betrayed, or left, or hurt, or death brushes near, let yourself sit by an apple tree and listen to the apples falling all around you in heaps, wasting their sweetness. Tell yourself you tasted as many as you could.”

     

    La vie te brisera. Personne ne peut te protéger de cela, et vivre seul non plus, car la solitude te brisera aussi avec sa nostalgie. Tu dois aimer. Tu dois ressentir. C'est la raison pour laquelle tu es ici sur terre. Tu es là pour risquer ton cœur. Tu es là pour te faire avaler. Et quand il arrive que tu sois cassé, trahi, ou abandonné, ou blessé, ou que la mort balaye tout près, assieds-toi près d'un pommier et écoute les pommes tomber en tas tout autour de toi, dilapidant leur douceur. Dis-toi que tu en as goûté autant que tu as pu.

    (ma traduction)

     

     

     

  • Elisée Reclus

    Là où le sol s’est enlaidi, là où toute poésie a disparu du paysage, les imaginations s’éteignent, les esprits s’appauvrissent, la routine et la servilité s’emparent des âmes et les disposent à la torpeur et à la mort. Parmi les causes qui dans l’histoire de l’humanité ont déjà fait disparaître tant de civilisations successives, il faudrait compter en première ligne la brutale violence avec laquelle la plupart des nations traitaient la terre nourricière. Ils abattaient les forêts, laissaient tarir les sources et déborder les fleuves, détérioraient les climats, entouraient les cités de zones marécageuses et pestilentielles ; puis, quand la nature, profanée par eux, leur était devenue hostile, ils la prenaient en haine, et, ne pouvant se retremper comme le sauvage dans la vie des forêts, ils se laissaient de plus en plus abrutir par le despotisme des prêtres et des rois.

     

    in Du Sentiment de la nature dans les sociétés modernes, 1866

     

     

     

  • Heptanes Fraxion

     

    ce soir
    la faim lui a carrément coupé l'appétit
    ce soir
    elle ne serait pas contre une petite cure d'intoxication
    ce soir
    il n'y a qu'elle et le vent
    sur le balcon plein sud
    elle et le vent et les bleus sur ses jambes
    pas sûr que ce soit la parole du Seigneur
    qui fasse fredonner son cœur

     

     

  • Charles Bukowski 

    Ces choses auxquelles nous apportons tout notre soutien
    n’ont rien à voir avec nous,
    et nous nous en occupons
    par ennui par peur par avidité
    par manque d’intelligence ;
    notre halo de lumière et notre bougie
    sont minuscules,
    si minuscules que nous ne le supportons pas,
    nous nous débattons avec l’Idée
    et perdons le Centre :
    tout en cire mais sans la mèche,
    et nous voyons des noms qui jadis signifièrent sagesse,
    comme des panneaux indicateurs dans des villes fantômes,
    et seules les tombes sont réelles.

     

     

     

     

  • Rabindrah Tagore

    Écoute, mon cœur ; dans cette flûte chante
    la musique du parfum des fleurs sauvages,
    des feuilles étincelantes et de l'eau qui brille;
    La musique d'ombres sonores, d'un bruit d'ailes
    et d'abeilles.
    La flûte a ravi son sourire des lèvres
    de mon ami et le répand sur sa vie.


    in La corbeille de fruits

     

     

  • Ilarie Voronca

    Rien n’obscurcira la beauté de ce monde. Les pleurs peuvent inonder toute la vision. La souffrance peut enfoncer ses griffes dans ma gorge. Le regret, l’amertume, peuvent élever leurs murailles de cendre, la lâcheté, la haine, peuvent étendre leur nuit, Rien n’obscurcira la beauté de ce monde. Nulle défaite ne m’a été épargnée. J’ai connu le goût amer de la séparation. Et l’oubli de l’ami et les veilles auprès du mourant. Et le retour vide, du cimetière. Et le terrible regard de l’épouse abandonnée. Et l’âme enténébrée de l’étranger, mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde. Ah ! On voulait me mettre à l’épreuve, détourner mes yeux d’ici-bas. On se demandait : « Résistera-t-il ? » Ce qui m’était cher m’était arraché. Et des voiles sombres, recouvraient les jardins à mon approche, la femme aimée tournait de loin sa face aveugle mais rien n’obscurcira la beauté de ce monde. Je savais qu’en dessous il y avait des contours tendres, la charrue dans le champ comme un soleil levant, félicité, rivière glacée, qui au printemps s’éveille et les voix chantent dans le marbre en haut des promontoires flotte le pavillon du vent.
    Rien n’obscurcira la beauté de ce monde. Allons ! Il faut tenir bon. Car on veut nous tromper, si l’on se donne au désarroi on est perdu. Chaque tristesse est là pour couvrir un miracle. Un rideau que l’on baisse sur le jour éclatant, rappelle-toi les douces rencontres, les serments, car rien n’obscurcira la beauté de ce monde.
    Il faudra jeter bas le masque de la douleur, et annoncer le temps de l’homme, la bonté, et les contrées du rire et la quiétude. Joyeux, nous marcherons vers la dernière épreuve le front dans la clarté, libation de l’espoir, rien n’obscurcira la beauté de ce monde.


    — in Beauté de ce monde

     

     

  • Pat Ryckewaert

     

    Blessures faites à l’enfant

    entailles dans l’écorce et l’aubier

    à le faire mourir ou à le rendre fou

    frêle racine au sombre dessein

    dans une terre de safre

    flou de la mémoire et du ciel

    l’eau de pluie sur les plaies.

    Blessures faites aux femmes

    à les rendre dociles

    à les fendre

    dans leur unité et leur désir.

    Blessures d’amour

    à priver de sève et de sens

    à faire couler le sang

    assoiffer à jamais la bouche.

    Blessures de l’attachement

    quand tout ne tient qu’à un fil

    qui ne relie à rien

    la peau sans odeur

    le silence des yeux et des gestes.

    Blessures de la langue

    celle qui nous fait sujet

    celle qui nous fait vivant

    celle qu’on n’a pas entendue

    celle qu’on n’a pas parlée

    parole enroulée dans la gorge

    ou écrasée entre deux dents.

    Blessures à priver d'air

    à essouffler le cœur et l'en vie

    .

     in À la folie

     

     

  • Andrei Tarkovski

    N’aie pas peur. La mort n’existe pas. Non, il y a la peur de la mort, et c’est une peur affreuse. Parfois, elle pousse les gens à faire des choses qu’ils ne devraient pas. Mais combien les choses seraient différentes si seulement nous pouvions cesser de craindre la mort.

     

    in Le Sacrifice, son dernier film

     

     

  • Valerie Vie

    La malédiction d'un président, penché sur le berceau des jours de son peuple " c'est la guerre" prend forme. Jamais amis n'auront été plus déchirés. Jamais familles plus opposées. Nous irons jusqu'à enfermer les nôtres réfractaires. Nous les parquerons. L'histoire, nous la connaissons par cœur, nous l'avons tant et tant vécue. Les deux camps seront sourds à l'autre jusqu'au sang. Pour un virus, on tuera les familles, les activités, la santé. Pour éviter 0.01 mort on en fera 100. Sans hésiter.
    Ce n'est pas un "Corona"virus qui a nuit à nos vies, c'est un logos nouveau : la mort est évitable, la mort sera de ta faute. La tienne et celle de tous les autres. Tu as le pouvoir d'un dieu, celui de sauver, si tu restes assis devant ton écran à faire exactement ce qu'on te dicte.
    Dicte moi, maldicte moi, bénédicte moi mais dicte moi, moi qui n'ait plus le sens des mots, cachés dans des livres trop vieux, trop lointains. Moi qui suis incapable de lire, dis moi quoi dire quoi croire, quoi voir : que j'abandonne mes pères seuls en mouroir ? Oui de suite. Amen. Que je masque mon enfant en pleine croissance. Oui de suite. Amen. Que j'empêche tout malade de se soigner ? Oui de suite. Amen. Que j'injecte un produit dont j'ignore tout dans n'importe quel bras ? Oui de suite. Amen. Que j'enferme celui qui refuse l'injection ? Oui de suite. Amen.
    Et je m'exécute. Et de s'exécuter. Exécution.
    Jamais, de tout temps il n'y eut plus de survivants sur la planète à une pandémie.
    Vous l'a-t-on dit une seule fois ?
    Une fois, juste pour vous faire du bien ? Non? Dommage, ce sont les mots qui soignent.
    Et ce sont les mots qui tuent.
     
     
    .
     

  • Jean Bédard

    Partout où nous posons l’œil, nous rencontrons un savoir dense qui fait le cosmos. Nous seuls, les hommes, ne savons pas nous comporter et dédaignons de l’apprendre.
    Pourtant, certains jours, le corps que nous méprisons de façon si hautaine nous rappelle à l’ordre. Alors que nous flânons dans les vastes solitudes de notre inconnaissance, nous gaussant des coqs et des ânes, notre corps fait soudain appel à nous.


    in Marguerite de Porète