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29/05/2016

Jérôme Lafargue

 

J’ai toujours pensé que ce monde ci est trop petit, ou plutôt que ce que l’on nous donne pour réalité ne constitue qu’une infime partie de l’infinité du monde. 

 

in En territoire Auriaba

 

 

Nii Ayikwei Parkes

 

Ah. Peut-être c’est ça l’histoire que tu cherches. Mais ce n’est pas moi qui peux te dire si c’est vrai. Je te raconte une histoire seulement. Sur cette terre ici, nous devons bien choisir quelle histoire nous allons raconter, parce que l’histoire là va nous changer. Ça va changer comment nous allons vivre après. 

in Notre quelque part

 

 

 

27/05/2016

Jean-Christophe Belleveaux

 

seulement voilà

ça s’effrite dedans, ça craque

et l’écriture jette ses oiseaux noirs

sur la page étale

 

in Démolition

 

 

 

26/05/2016

James Noël

 

si je viens nu

 ouvre ta nuit

portes et fenêtres 

 

in Le pyromane adolescent suivi de Le sang visible du vitrier

 

 

 

Anaïs Nin

 

Une grande partie de ma sensualité ne se perd t-elle pas dans les extases que me procure l’écriture, la beauté et autres sensations sans paroxysme ? Est-ce que je ne passe pas le plus clair de ma vie suspendue au-dessus du monde ou en marge de lui ? Ne suis-je pas peut-être un autre Rimbaud, qui ne fut que toute innocence ou toute obscénité, incapable de nuances humaines ? 

 

 

 

25/05/2016

Eiríkur Örn Norddahl

 

Ceux qui ont vécu savent que l’ombre n’est là que pour un temps ; le matin apporte avec lui sa lumière. 

 

in Illska

 

 

 

Pierre Minet

 

 Et la tête s'incline,  

Et les membres s'excluent.

Sommeil

Et je suis seul

-  Comme un oiseau -  

Au bord d'un linceul

- Avec un trou dans le carreau.

 

 

Olivier Gay

 

Il y a deux jours, j’ai renoncé à descendre chercher le pain ; l’ascenseur pue la pisse.

C’est peut-être pour ça que les gens se jettent par-dessus les rambardes…

De toute façon, l’escalier est une torture, il n’y a plus de rampe et plus d’humanité.

C’est ici que les gamins déchirent leurs cahiers et que les semelles glissent sur des seringues.

 

 

Pierre Anselmet

 

C’est moi ton air dément, ton noyau psychotique, ton royaume exotique

 

in La grande tueuse

in Traction Brabant 65

 

 

 

Louis Calaferte


 Temps mort

Caillou rouge
 un bouillon
 une écume
 une averse
 II tangue des minuits bleus comme
 des matrices
 un envol
 un froid sourd

Quelle liesse en vous
 Que vous fûtes cruelles
 roses des lents jardins
 mes gifles
 mes canons
 mes orgasmes
 mes crânes
 Latentes tragédiennes
 mes louves
 mes crépons
 mes ongles
 mes encens
 J'ai bu J'ai bu
 Je bois
 ces laitances de mort
 Je m'ivre à vos maigreurs
 sereines cantatrices
 mes couvents
 mes fourrures
 mes folles
 mes courroux
 Roses
 harpons de chair
 mes pépites de soie
 Une fugue
 Un fracas

La longue nuit de gel se brise sur ma tempe
 On s'y perdait partout...

Que vous fûtes lascives
 outrages à midi
 mes dragons
 mes drapeaux
 mes vierges
 mes indiennes

Voici, la vague vient
 la vague de si loin venue

À plus tard ou jamais mes enfances déçues



 in Rag-Time, suivi de Londoniennes et de Poèmes ébouillantés

 

 

 

Julie Bonnie

 

Avec le temps, j’ai appris à montrer beaucoup plus que mon corps. J’ai exposé mes blessures, exhibé mes émotions. J’ai dévêtu mon corps puis déshabillé mon âme.

 

 in Chambre 2

 

 

 

24/05/2016

Hee-Kyung Eun

 

la moitié des pommes étaient gâtées. En les triant, elle s’était aperçue qu’elles aussi pourrissaient à partir du point de contact avec d’autres fruits : c’était comparable à ce qui se passe entre les êtres humains 

 

in La voleuse de fraises

 

 

23/05/2016

Jean-Christophe Belleveaux

 

j’aligne les mots les signes

les hameçons

Qui ne pêchent rien

j’aligne

 

in Démolition

 

 

 

Pierre Reverdy

 

Je ne suis nulle part

Excepté le néant  

Mais je porte caché au plus haut des entrailles  

A la place où la foudre a frappé trop souvent  

Un cœur où chaque mot a laissé son entaille  

Et d'où ma vie s'égoutte au moindre mouvement.

 

in La Liberté des mers

 

 

 

Henri Droguet



 C’est un soir un autre
 le cri comme de l’or
 des ruelles à flaques
 le ciel feuillu pierraille
 l’étoile buissonnière
 les vaisseaux vagues blancs
 le vent inévitable
 il pioche aveugle il pioche
 il défouit défouit
 il ricoche écorche
 fouette fou les lampes
 il grouille aux lessives
 le vent c’est
 du vent
 un chien mâchonne
 soudain la lumière s’enflamme aux placards
 vers la mer furieusement sobre
 vieille boutique herseuse
 berceuse cambuse
 un vierge athlète a pissé bleu
 sur le roc à gaillet
 les noirs cressons
 le dernier corbeau grince
 il a plu sur les bêches
 et la lande où j’étais
 assez couru assez
 où la douceur le gîte
 où l’hivernage
 l’innocence désormais ?

(21 octobre 1995)

in Noir sur blanc