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CITATIONS - Page 34

  • Marc Moulin

     

    Je nous vois déjà dans 20 ans. Tous enfermés chez nous. Claquemurés (j’adore ce verbe, et ce n’est pas tous les jours qu’on peut le sortir pour lui faire faire un petit tour). Les épidémies se seront multipliées: pneumopathie atypique, peste aviaire, et toutes les nouvelles maladies. Et l’unique manière d’y échapper sera de rester chez soi. Et puis il y aura toujours plus de menaces extérieures: insécurité, vols, attaques, rapts et agressions — puisqu’on aura continué de s’acharner sur les (justes) punitions en négligeant les (vraies) causes. Et le terrorisme, avec les erreurs à répétition des Américains, sera potentiellement à tous les coins de rues. La vie de « nouveaux prisonniers » que nous mènerons alors sera non seulement préconisée, mais parfaitement possible, et même en grande partie très agréable. Grâce au télé-travail qui nous permettra de bosser à la maison tout en gardant les enfants (qui eux-mêmes suivront l’école en vidéo-conférence). Grâce à Internet qui nous épargnera bien des déplacements: on n’aura plus besoin ni de poster les lettres, ni d’acheter un journal « physique », ni d’aller faire la file dans les administrations. (…). Dans les rues, il ne restera plus que des chiens masqués qui font seuls leur petite promenade (pas de problème, sans voitures), et du personnel immigré sous-payé en combinaison étanche, qui s’occupera de l’entretien des sols et des arbres. D’autres s’occuperont de la livraison de notre caddy de commandes à domicile. Alors nous aurons enfin accompli le dessein de Big Brother. Nous serons des citoyens disciplinés, inoffensifs, confinés, désocialisés. Nous serons chacun dans notre boîte. Un immense contingent de «je», consommateurs inertes. Finie l’agitation. Finie la rue.

     

    dans sa rubrique « Humoeurs » (TéléMoustique), 2003

     

    Marc Moulin, né le 16 août 1942 et mort le 26 septembre 2008, pianiste, compositeur, animateur et producteur radio, humoriste, chroniqueur et touche-à-tout belge.

     

     

  • Narki Nal

     

    L’animal en soi sommeille
    On le dit
    Mais l’animal en moi est éveillé
    Je vibre aux odeurs de terre mouillée
    Je hume la mer d’aussi loin que le chien hume sa pâtée
    Nulle fleur odorante ne passe inaperçue 
    Ma peau est sensible aux alizés
    J’entends la petite vie qui grouille, sable ou gravier
    Humus, lichen, pourriture organique
    Je vois la douceur tendre du vert des jeunes pousses
    Les feuillages éclaboussent ma rétine
    Les pétales blancs ou pastel y impriment leur pointillisme
    Toute bête qui croise mon chemin me rend l’extase des lointains jours d’avant
    D’avant que ne se séparent femmes et femelles

     

    in Animalité

     

     

     

  • Marie Depussé

     

    Jean Oury, définit une folie très répandue chez les gens qui ne sont pas dans les asiles, ceux qu'il appelle les normopathes, en ces termes :

    "des gens qui se prennent pour leur fonction".

     

     

     

     

  • Jacques Roumain

     

    Il y a les affaires du ciel et les affaires de la terre : ça fait deux et ce n'est pas la même chose. Le ciel, c'est le pâturage des anges ; ils sont bien heureux ; ils n'ont pas à prendre soin du manger et du boire. Et sûrement qu'il y a des anges nègres pour faire le gros travail de la lessive des nuages ou balayer la pluie et mettre la propreté du soleil après l'orage, pendant que les anges blancs chantent comme des rossignols toute la sainte journée ou bien soufflent dans de petites trompettes comme c'est marqué dans les images qu'on voit dans les églises.

    Mais la terre, c'est une bataille jour pour jour, une bataille sans repos : défricher, planter, sarcler, arroser, jusqu'à la récolte, et alors tu vois ton champ mûr couché devant toi le matin, sous la rosée, et tu dis : moi untel, gouverneur de la rosée et l'orgueil entre dans ton cœur. Mais la terre est comme une bonne femme, à force de la maltraiter, elle se révolte : j'ai vu que vous avez déboisé les mornes. la terre est toute nue et sans protection. Ce sont les racines qui font amitié avec la terre et la retiennent : ce sont les manguiers, les bois de chênes, les acajous qui lui donnent les eaux des pluies pour sa grande soif et leur ombrage contre la chaleur du midi. C'est comme ça et pas autrement, sinon la pluie écorche la terre et le soleil l'échaude : il ne reste plus que les roches.

     

    in Gouverneurs de la rosée, 1944

     

     

     

     

  • Jacques Roumain

     

    Plus caressant et chaud qu'un duvet de poisson sur le dos rond du morne, tout bleui, un instant encore dans la froidure de l'avant-jour. Ces hommes noirs te saluent d'un balancement de houes qui arrache du ciel  de vives échardes de lumière.

     

    in Gouverneurs de la rosée, 1944

     

     

  • Aldous Huxley

     

    Les plus grands triomphes, en matière de propagande, ont été accomplis, non pas en faisant quelque chose, mais en s'abstenant de faire. Grande est la vérité, mais plus grand encore, du point de vue pratique, est le silence au sujet de la vérité.

     

     

     

  • Hannah Arendt

     

    L'objet de ces réflexions est un lieu commun. Il n'a jamais fait de doute pour personne que la vérité et la politique sont en assez mauvais termes, et nul, autant que je sache, n'a jamais compté la bonne foi au nombre des vertus politiques. Les mensonges ont toujours été considérés comme des outils nécessaires et légitimes, non seulement du métier de politicien ou de démagogue, mais aussi d'homme d'État. Pourquoi en est-il ainsi ? Et qu'est-ce que cela signifie quant à la nature et à la digité du domaine politique d'une part, quant à la nature et à la dignité de la vérité et de la bonne foi d'autre part ? Est-il de l'essence même de la vérité d'être impuissante et de l'essence même du pouvoir d'être trompeur ?

     

    in "Vérité et politique", in La Crise de la culture (1954)

     

     

     

  • Marie Nizet

     

    Je suis ce temple vide où tout culte a cessé
    Sur l’inutile autel déserté par l’idole;
    Je suis le feu qui danse à l’âtre délaissé,
    Le brasier qui n’échauffe rien, la torche folle…

     

    Pour Axel de Missie, 1923
    recueil posthume.

     

     

     

  • Henri Michaux

     

    Mais peut-être ta personne est devenue comme un air de temps de neige, qui entre par la fenêtre, qu’on referme, pris de frissons ou d’un malaise avant-coureur de drame, comme il m’est arrivé il y a quelques semaines. Le froid s’appliqua soudain sur mes épaules je me couvris précipitamment et me détournai quand c’était toi peut-être et la plus chaude que tu pouvais te rendre, espérant être bien accueillie ; toi, si lucide, tu ne pouvais plus t’exprimer autrement. Qui sait si en ce moment même, tu n’attends pas, anxieuse, que je comprenne enfin, et que je vienne, loin de la vie où tu n’es plus, me joindre à toi, pauvrement, pauvrement certes, sans moyens mais nous deux encore, nous deux…

     

     

     

     

     

  • Marlène Tissot

     

    goûter à la saveur des petites arnaques contemporaines

    écouter le murmure de mon corps étourdi de fatigue

    et toute cette poussière qu’il reste à mordre

    alors que j’ai perdu l’appétit depuis longtemps

     

    in Un jour, j’ai pas dormi de la nuit

     

     

     

     

     

  • Michelle Caussat

     

    Le lutin qui se joue de moi

    Dans le jardin il saute

    Il s’en donne à cœur joie

    Fait des bouquets d’abeilles brunes

    Souffle sur les papillons de nuit

    Burine la laine, carde les rayons

    Des étoiles, de la secrète lune

     

     

    in Traction Brabant n° 76

     

     

  • Clémentine Plantevin

     

    Je voudrais m’avancer, aigüe comme la terre, dans l’eau vaste prière, et sentir puissante la houle dans les reins, et disparaître enfin dans la courbure du monde

    Les voiliers ont leurs ailes, et je porte mes chaînes, mes chaines aux nœuds d’amour que j’ai nouées moi-même

    Entre ces chaines-là et le bleu sans entrave, je vais en funambule sur le fil frontière où moussent les bruyères

     

    in Traction Brabant n° 82