Alain Hugonenc

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AMER
Est-ce bien ce que nous sommes
Ces cadavres en lambeaux qui se battent
S’empoignent se jettent
Leurs chairs arrachées à la tête
S’entredévorent en ricanant
S’attroupent autour d’un homme qui se noie
Et lui lancent des injures des bons mots des pierres
Nous embrassons la police
Nous frottons le museau sur ses bottes
En réclamant des hommes forts à notre tête
Pour régner sur les ruines
Est-ce bien ce que nous sommes
Ces chiens terrorisés espérant des lynchages
Qui mordent le premier qui passe à portée de nos crocs
Puis grattons, sur nos cous, la marque de la chaîne
Ne rêvons plus jamais
D’être des hommes
Deux textes et un poème, "Au comptoir du café de la gare", parmi ceux de Myriam Ould-Hamouda publiés dans le n° de janvier 2017. Lus par moi-même.

Sentir. Aimer. Être, oser être pour ceux qui ne le peuvent plus. Authenticité, courage, humilité.
Pinson, lézard, coucou. Douleur et joie s’unissent dans le cœur, qu’il faut solide et battant.
cg in Le livre des sensations


Ce qui advient à une personne la caractérise. Elle représente un schème et toutes les pièces s'ajustent. Au fil du temps, une à une, elles trouvent leur place en fonction d'un plan prédestiné.

Failles. Pulsations, flèches transfusées.
Je panthère avec la mort sur les hanches.
La rouille de l’aube achèvera la crue des nostalgies.
cg in Fugitive (Cardère éd. 2014)




(...)
« Le gilet pare-balles est nécessaire »
m'a dit un journaliste
Et je ne l'ai pas cru
San Pedro Sula
ville de défaites et d'os accumulés
ville d'ambulances
de cadavres comme des fruits sur le trottoir
ville aux nuits se voulant serpents
ville au bruit recraché par la phtisie
« Ici, m'a dit le journaliste,
on te fait cadeau d'un cercueil
pendant la campagne électorale »
« Quelles tempêtes de pus dissimules-tu dans ton ventre enflammé par tant de cocaïne ? »
ville braise
ville charbon
ville carburant
ville tonnerre
ville glaire
ville cafard
ville massacreuse d'espoir
ville chœur de mutilés
ville plaie
ville poussière
ville urine
ville grouillement de clous
ville chienne enragée
ville millions de joies décapitées
ville fourneau
ville balle tirée par la colère
ville suie
ville avec du calcaire dans les artères
ville boucherie de biches
ville gangrène
orpheline de lune et de miel
orpheline des mélodies et de la douceur de la pêche
orpheline de la brise
qu'est-ce qui pourrait te soulever ?
quels rêves de cloches conserves-tu encore dans tes labyrinthes tatoués ?
quelle main saura trouver la caresse d'un talisman à la place d'un scorpion ?
quels après-midis te couvriront avec la splendeur d'un oiseau multicolore ?
« C'est une ville morte »
m'a dit le journaliste
en éteignant sa cigarette
C'est un cratère duquel on voudrait s'extirper
avec le moins de blessures possibles
« Ça, c'est une énorme fosse commune
qui ne se referme jamais »
m'a dit le journaliste
en continuant à prendre des notes devant les cadavres
traduction : Laurent Bouisset
http://fuegodelfuego.blogspot.fr/2016/10/cinq-poemes-de-miroslava-rosales.html)