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07/12/2013

Olive Cotton - Sky Submerged - 1937

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La pleine lune était puissante cette nuit et le café espagnol aussi. A l’aube un grand vent soufflait sur le pays basque. Chaud et doux, le souffle caressant d’une grande bête. Une invitation à l’amour et surtout à ses plaisirs…

 

Cg, juin 2000

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05/12/2013

Garry Winogrand

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Un rêve a traversé ma vie sans prévenir, il m'a coupée en deux et s'en est allé sans se retourner. J'en garde une pincée de lumière salée au fond des yeux. La douceur des illusions qui font vivre. Le hasard nous harcèle sans cesse, jette des signes sous nos pieds pour nous faire trébucher. Un espace s’est creusé en moi, le chaos s’y est engouffré.

 

cg, août 1998

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17/11/2013

Meggan Gould - Crows

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Retour de Maastricht, c'est la nuit.

 

Grises arabesques, pluie silencieuse sur paupières alourdies.

Les carreaux pleurent.

Se complaire dans ce cocon miniature, se laisser porter sur la terre bâillonnée de bitume, qui file, défile sous le ventre de l'autobus. Laisser passer les mauvaises pensées s'il y en a, les laisser partir avec les nuées de corbeaux dans le ciel d'automne.

 

 

Cg, octobre 1998

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14/11/2013

Zdzislaw Beksinski - 1976

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Il y a des créatures immondes qui s'agitent dans la boue, un cauchemar dans lequel on ne peut même pas hurler. Des éclaboussures épaisses en dégueulis sur les cœurs, âcres, noires, fétides. Cavernes, trous de rats, sans paillasse, sans lumière, des barreaux imprimés, code-barres... Quelque chose qui nous tire par les pieds, bras invisibles qui nous entraînent du côté des mourants, de la vermine et du suintant, dans la sale gueule d'une folie pas remboursée par la sécurité sociale.

 

 

Cg à Geleen, Limbourg, Hollande, août 1997

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11/11/2013

Ivan Konstantinovich Aivazovsky

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Même au travers d'une vitre d'autobus, le spectacle de la nature a encore ce pouvoir de m'arracher à la pesanteur. Le ciel, surtout. Appel vers cet innommable qui nous transcende. Le soleil incendie les crêtes des ultimes contreforts, avant le bleu miroir de la mer parcouru de moutons frissonnants.J’aperçois dans les nuages, les squelettes blanchis d'un bestiaire fantastique. Arrêt pipi. Café. Crépuscule et nous passons en France.

 

cg, février 1997, au retour de Milan

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30/10/2013

Françoise Crochet dite Zambito - Frou Frou, 2005

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« Ce qui nous sauve, ne nous protège de rien

et pourtant cela nous sauve. »*

 

Le livre s’achève, tel un ange silencieux qui après avoir ouvert toutes les fenêtres, quitte la pièce avec un sourire.

 

 

cg, juillet 1997, en route pour Terrasson

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* Christian Bobin

27/10/2013

Masao Yamamoto

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Qui dit trouble, dit manque de clarté, pénombre, nombrils de chair qui se parlent en leur langage moite. Mettre des mots sur l’amour, de l’amour dans les mots. Parler du désir, de la fuite éperdue pour échapper à l’autre, du cercle qui nous y ramène toujours tant le potier est habile.

 

cg, août 2001, sur une route en Allemagne

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03/10/2013

Larry Wiese

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Qu'importe qui écrit quoi, ce qui compte c'est l'espace qui se crée entre les mots. Dans cette espace brille tout l'or du monde : le silence.

 

cg, août 1997, en route pour Livorno, Italie

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20/09/2013

Juan Marín Gómez - Girando

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Les éoliennes se dressent, immobiles cette fois, comme des albatros géants suspendus en plein vol. La campagne docile a été découpée à la machine. Un vol de pigeons gris nargue le pylône enfoncé de ses quatre pieds dans le sol. Le paysage se couvre de moisissures publicitaires, de béton.

 

Plus loin, après un champ de tournesols auquel succède un océan de tournesols, la campagne reprend son air triste, celui du vieux livre d'images que pas un enfant n'a feuilleté depuis longtemps. La pluie installée, efface peu à peu les parfums de l'Asie. Ne restera bientôt plus que fumées de rêves. Ailleurs j'étais, ici j'écris, en attendant un nouveau dépaysement, la dégringolade des repères, afin de me rencontrer encore sous une autre lumière.

Un panneau indique Leipzig, puis Bad Duremberg…

 

 

Cg, juillet 199, en route pour Varsovie

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17/09/2013

John Blakemore

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Certains mots-clés marquent les contours de mon existence, mots chevillés à mon âme, comme des lieux où l’on se sent bien : une clairière, un flanc de colline, un désert, une chapelle dans la tête. J'aime, je n'aime plus et j'aimerai encore tant que le souffle voyagera dans mon corps. Qu'importe son nom, ses différents visages, une seule personne suffit : l'Autre.

 

cg, juillet 1999, en route pour Varsovie

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05/09/2013

Rona Helvrich - Early morning flight

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Je promène mon regard, mes ailes palpitantes et mon cœur, tendre insaisissable, aussi libre que fragile. Le voyage m’inspire ! Je sais qu’avant tout ici, c’est à moi-même que j’échappe. L'amour a besoin de sang frais, l'amour n'est qu'une illusion, la plus belle peut-être. C’est aussi la lame qui déchire le voile. L'amour blesse, l'amour guérit, sous toutes ses formes, toutes ses folies. L'amour que l'on entend si peu et que l'on écoute encore moins. Sois libre et libère ! Ne juge pas, expérimente ! Ne choisis pas, laisse venir et souris, c'est le plus beau des messages. Souris, de tout ton cœur !

 

cg, juin 1999, Bangkok

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29/07/2013

Ivan Aivazovsky - The Black Sea at night, 1879

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RETOUR - SUR LA BALTIQUE

 

La nuit, sur le pont d'un bateau, quelque part entre les côtes suédoises et danoises

 

Je voudrais suivre la route tracée par la lune pleine sur la peau de la mer, là où les sirènes nacrées se prennent dans des filets de pure lumière. La route qui mène aux aubes rieuses des sorcières battant le ciel de leurs ailes noires. Cette route du bout du monde où les bateaux s'en vont sombrer dans le néant. La mer est vaste et lisse. Un vide immense se glisse en moi, s'engouffre dans mes poumons, douce et tiède respiration, un chant humide, rituel d'amour auquel se mêle la lune, un envoûtement, un appel…

 

Il me prend comme une irrésistible envie d'enjamber la balustrade, pour aller marcher parmi les étoiles marines sur les eaux somnambules. Légère comme ces voiles que les vieux rêves laissent sur leur sillage. Aller rejoindre les mythiques baleines et les dauphins lunaires, le grand ballet des créatures océanes, disparues elles aussi, au cœur d'un rêve qui scintille à la surface des mers, les nuits de lune trop pleine.

 

 

 

Cg, août 1997

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22/05/2013

Emil Cadoo - Flamenco dancers in motion - 1950's

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EN ROUTE POUR ALMAGRO

 


Espagne, en route pour Almagro.

Quel réveil ! Grand ciel bleu faïence et au loin les montagnes découpées, arides. Lumière mauve du matin. Nous roulons vers Madrid, cœur de l'Espagne, destination la Mancha, le fief de Don Quichotte. Paysage sec et pelé. Droit devant, l'horizon se noie dans les vapeurs jaunasses, les atours fumeux de la capitale.

Les petits villages aux murs blancs étincellent au soleil. Sur une butte en surplomb de l'autoroute, j'aperçois un troupeau de moutons, un berger accroupi à leur côté. Vision d’un autre temps. Que la lumière est belle !

Le paysage se déroule, plutôt désolé d’avoir si peu d’ombre à offrir, les arbres sont rares, justes quelques buissons rebelles posés sur l’herbe rase et quelques cultures disséminées.
Nous approchons de Madrid, marchand de piscines sur la droite, la route est cernée d’immeubles, de bureaux racoleurs en tout genre. Grandes villas neuves cachées derrière des enceintes de végétation.

Bien plus tard, vers midi, nous pénétrons dans une petite ville. Magnifique enfilade de façades blanches avec leurs minuscules balcons aux grilles admirablement forgées, dégoulinants de verdure, plantes grasses, cactées...

Nous longeons à présent un terrain vague où poussent de grands chardons charnus, une petite maison isolée puis encore les champs, vastes et nus.

Almagro est à 22 kilomètres. Quelques vignes et des amours d’oliviers, des peupliers scintillants caressés par le vent. Le sud et le bleu limpide de son ciel immense ! J'ai des racines plantées par-là, plus au sud encore, quelques notes de flamenco dans le sang, une pincée de drame et de folie latine.

 

 Cg, Juillet 1998

 

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