Toshiyuki Enoki
Je me prête à vos jeux
Ô mes petits compagnons
Et j’en invente aussi.
J’écarquille mes perceptions, je lèche la lumière. Je trace au pinceau des sentiers échevelés,
des seins de lune où je dilue les abysses.
in Le poulpe et la pulpe
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.
Je me prête à vos jeux
Ô mes petits compagnons
Et j’en invente aussi.
J’écarquille mes perceptions, je lèche la lumière. Je trace au pinceau des sentiers échevelés,
des seins de lune où je dilue les abysses.
in Le poulpe et la pulpe

Se perdre…
Dans la touffeur du cœur, une quête et l’aube dépose une nouvelle rose dans la boite d’allumettes.
Chaque solution n’est toujours qu’une étape.
L’animal, l’étoile, la graine, le vent, l’eau, l’acide, les limbes et les cimes.
La cueillette du jour lavée au lait des nuits.
in Les mots allumettes

Me présenter sans masque face au miroir, sans me laisser ni absorber, ni m'en détourner. Cette fois je ne veux pas m’échapper. Échapper à moi-même. Il me semble que je suis face à un miroir moins déformant, très limpide, très beau, très pur mais je sais que rien n’est seulement beau et pur. Il y a aussi la face cachée des miroirs, la crasse. Ce qui demande à être nettoyé justement. Toujours polir le miroir, toujours l’aimer pour sa franchise et ne jamais oublier que chaque affirmation a ses limites, à partir desquelles tout est possible : le meilleur comme le pire. Deux faces. Janus. La porte.
in Journal 2006

Turbulences mentales. Le poids des questions.
Aux quatre faire où aller, sinon en l’air ?
Confusion. Grand toboggan. Oppressant, n’est-il pas ?
Savoir que nous ne sommes pas seuls permet d’être seul, car grande est la tentation du terrier. Seul on se torture et on aime ça.
J’ai beaucoup d’envies mais n’ai plus l’envie de l’envie.
in Le poulpe et la pulpe

sous la lune blanche s’ébattent
trois biches rousses
belles dames de nuit
ondulent leurs hanches douces
in Petit livre des illuminations simples


Emmène-moi voir les aurores boréales, écouter le chant pur des étoiles et des baleines. Emmène-moi là où tu m’aimeras si fort et si vrai que je pourrais tracer du bout des doigts le contour de nos souffles sur le tableau noir de la nuit originelle. Nous baignerons nos âmes dans une vapeur de résine et les mettront à sécher au soleil de minuit. Puis dans une chambre de glace bleue translucide, nos corps se métamorphoseront en bêtes chaudes et suantes enlacées dans une même flamme.
in Partie pour rester

Il faut tenir bon, s’accrocher à la barre, museler le mental, l’attacher au mât… Il faut tenir bon, océan, désert, jungle étouffante, être les héros de nos tragi-comédies, les aventuriers du néant quotidien, les chevaliers du rêve, les ninjas de nos emmerdes banales et ridicules, naufragés de la méduse en plastique, recalés de la Grande Parade. Il nous faut tenir et surtout, rester bons.
in Le livre des sensations

mer intime
les oreilles
sont des coquillages
bouchez-les
vous entendrez
la mer intérieure
in Petit livre des illuminations simples

Chaque jour, comme si cela voulait m’abattre ou me forcer à développer une nouvelle façon de percevoir tout ce que je vis qui ne me fasse plus souffrir. Un détachement si total de tout ce qui peut arriver – et il en arrive sans cesse, ça frappe et frappe encore là où c’est déjà trop sensible - que je ne vois pas ce que je pourrais être sinon un minéral. Froid, détaché, imperturbable ou alors m’abandonner à une dissolution telle que plus rien n’aurait de sens. C’est la douleur, cette foutue douleur qui fausse mes perceptions, obstrue mon accès à cette joie inconditionnelle que j’ai su trouver parfois, la douleur que je refoule, mais sinon je vais disparaître oui, en larmes et retourner à la mer ! Neptune inonde ma vie, mes rêves, emporte tout espoir d’atteindre un jour une rive, ça fuit de plus en plus, je suis trouée de toute part, je m’enfonce chaque jour imperceptiblement un peu plus.
in Le livre de sensation

Le besoin d'aller au plus nord de soi, là où rien ne bouge, tout est silence
et là où seules les lumières dansent.
in Le livre des sensations

Tremblante à l’intérieur, d’un épuisement du sens, d’un effritement de la volonté, j’ai froid et me laisse glisser tout doucement vers des abimes inexplorés. Quelque chose se détache, comme des pans entiers de banquise, je perds pied, je perds mains, je perds yeux, je perds tout. J’abandonne mes pelures, mes pelages, mes pêle-mêle, mes vanités, mes croyances, je me vide peu à peu de toute substance et je sens monter peu en peu d’une profondeur en moi inconnue, une grande mer de silence, une mer de glace, pure, vide, je lâche tout.
in Le livre des sensations

Nous sommes de grands pliés, de grands replis, dans l’attente de la vague des doigts. Densité étrange de la peau, parchemin du rêve. Un jour, notre rêve aura la précision du laser. Nous taillerons la frange des anges.
in Celle qui manque

Dans le cœur, un fleuve rouge alizarine. Peaux et parchemins en feux.
Souffles et cendres, l’humanité crépusculaire est en marche.
Quelle cosmologue lui ouvrira grand les portes du ciel ?
in Le poulpe et la pulpe

Je touche aux bas-fonds où rampent folies, insanités. Tunnels lugubres, lancinants. Je me creuse au-dedans pour accueillir la vie mais mes yeux ne surprennent que la mort. Mort des mouches, mort du souriceau, mort dans l’âme que je traîne d’un matin à l’autre.
in Ourse (bi)polaire