Antigone Kourakou

miroir
ne te regarde pas, sens-toi
et corrige selon le ressenti
pas selon ce que tu vois
l'image est illusion
ce que les autres voient
ce n'est pas comment tu es
mais ce que tu dégages
in Petit livre des illuminations simples
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miroir
ne te regarde pas, sens-toi
et corrige selon le ressenti
pas selon ce que tu vois
l'image est illusion
ce que les autres voient
ce n'est pas comment tu es
mais ce que tu dégages
in Petit livre des illuminations simples

Un thé tiédi avec une pincée de poivre, une feuille de basilic, à boire les pieds sur la barrière, au soleil, lentement. Puis passer un quart d’heure, couchée dans le salon avec musique et coussin sous les pieds.
in à la loupe, tout est rituel

- Dis-moi bel enfant des glaces, que vois-tu ?
- Ô Grande mère des glaciers, je vois un avenir tranquille et lumineux...
- Tu sais pourtant que je vais disparaître ?
- Disparaître, ô non, tu vas seulement te transformer, ô sage mère et tes millénaires de mémoire vont alimenter les océans, chaque cellule de chaque être vivant en sera imprégnée.
- Tu es bien optimiste mon enfant, ne crains-tu pas la montée des eaux ?
- Je ne crains rien, ô vieille et douce mère, vois comme je suis nu et pourtant je n'ai pas froid.
- N'as-tu pas donc peur de mourir ?
- Mourir ? Mais tu le sais, ô mère sublime, rien ne meurt, tout se transforme, glace, eau, vapeur, pluie, larmes, rivières, océans, peu importe la forme, je suis ton origine aussi bien que tu es la mienne, ne sois pas triste, c'est juste une fatigue passagère, elle va s'envoler comme nuée d'oiseaux.
- Dis-moi bel enfant des glaces, que vois-tu ?
- Je me vois et m'entends dans ta voix, je suis toi et tu es moi, c'est toi-même qui me l'a enseigné, tu perds la mémoire c'est normal, tu commence à perdre tes eaux et je vais naître bientôt.
12/01/22

Mystérieux territoires de résonances. Franchir les frontières par inadvertance.
L’exode des certitudes maintient en éveil.
Nécessité vertigineuse de la métamorphose.
Loin devant marche le primitif éclaireur. Visionnaire, il conserve quelques braises sous ses paupières. Il ne les rendra aux hommes que lorsqu’ils cesseront de souffler sur les cendres.
La connaissance est périlleuse.
in Les mots allumettes

prophétesse
l'écriture est une pythie
j'en ai eu cent fois et plus la preuve
en relisant mes journaux
in Petit livre des illuminations simples

Authentique, un mot clé en ce moment. Un mot piège ?
Ou juste un caillou sur le chemin, un patrin, un message ?
in Journal 2005

Coup de bec de l’oiseau-mère.
Cosmos brisé, voici le ciel, voici la terre
Et voici le temps.
Rêve, désir, méditation ?
Volonté ?
in Oniromancie

La pluie comme une encre sombre
dans la veine des arbres
lustre le cuir du macadam
miroir sans tain de la ville
sous l'aiguille d'un talon invisible
la poésie revêt
son long manteau noir

Le désespoir nous rend ridicules
Ma cuisinière à gaz aura bientôt 20 ans…
la porte du four ferme mal
les boutons sont cramés
et une crasse graisseuse a comblé le moindre interstice
Il pleut de l’eau grise et des feuilles
la nature se prépare pour le solstice
elle n’a aucun mal à se dépouiller
ni à se rouler dans la boue
Elle se fout de Noël qui ne la concerne pas
elle sait que la lumière revient
et que dans quelques mois
ce sera l’orgie et l’extase
in À la loupe

nous irons célébrer l’élan
avant le vermoulu de la neige
et du vieux bois d’hiver
quand les sarments seront noirs
et qu’il nous faudra être chaste
à cause des filets tendus
pour les papillons perdus
à l’envers des fleurs
in Aujourd'hui est habitable

TERRE DU QUERCY
Que m’as-tu fait terre, terre de chênes, m’aurais-tu enchainée ? Envoûtée à tes sources secrètes, ton sol osseux, tes bras de genièvre ? Tu m’offres ta couche de pelouse sèche où se pressent pelures d’univers, mondes miniatures enchanteurs et cruels. Que m’as-tu fait terre du Quercy ? Des racines me poussent, je me noie dans ton ciel. Les oiseaux me parlent et je capte la langue nomade des nuages sans même plus avoir le désir de les suivre. Que m’as-tu fait ? Agenouillée dans ton hiver, je guette avide tes premières érections printanières, tes orchis clitoris. Qu’as-tu fait terre pour que je me sente si ancienne entre la rose chienne et les sortilèges du chèvrefeuille ? J’arpente tes courbes et tu me découvre les secrets de ton causse. Me rendras-tu fertile et profonde comme l’échancrure de tes combes et vallées ? Te joues-tu de moi pour que je me sente reine avec des bois sur la tête ? M’enverras-tu tes chasseurs ? La bête se cache et je deviens ta bête, ô terre du Quercy.
J’entends rire les arbres et pleurer aussi. Et tout leur travail d’arbre. Les écorces me dévoilent le trésor de leur art, ma chevelure s’emmêle de lichen et de mousse.
Plus de sept ans que tu me tiens sous tes charmes, pays d’Avalon d’Occitanie. Tes pierres, tes eaux, parlent plus que les hommes. Tu m’apprends ça aussi, à me taire, terre du Quercy.
Tes galets remplissent mes poches, tes branches, tes racines rampent jusqu’à ma porte.
Que veux-tu ? Que je sois chêne parmi les chênes, que j’y perde ainsi mes chaînes d’humanité ? Ou bien m’acceptes-tu jardinière, poète, contemplatrice.
Terre du Quercy, je sais qu’autrefois tu as connu bien plus de vie. Aujourd’hui sur ta peau broussailleuse ce sont les pèlerins et autres amoureux des chemins qui te caressent.
Certains peut être te font même l’amour.
Terre de beauté, prends-moi encore contre ton sein, que j’y sente couler la sève des rêves.
2009

tu es mon cerf odorant
je serai reine de tes clairières
conte-moi la tempête des artères
la divine émotion foudroyée
ta sève au seuil de l’obscurité
la fulgurante sensation
qui te met à nu précipité
traverse-moi
galope-moi
in Des volcans sur la lune

et vas-y que se lamentent les moutons en ces temps foutuistes.
in Bonzaïs hallucinogènes

tsunami
la vague arrive, m'emporte
me réduit à néant
colère, rancune
je n'en veux pas
la vague repart
emportant des morceaux
de moi
in Petit livre des illuminations simples

et moi la ravie du ravi
je broute
au petit malheur
je cueille glane
plume effeuille
dans les champs utopiques
du sursis volé
à ceux qui croient
maîtriser
in Ombromanie, Encres Vives 2007