Alfred Wierusz-Kowalski

Pluie de cœurs en torches. Moisson brûlante de coquelicots.
Je marche, je cours, je suis la sorcière parfumée d’épices.
Voyez les déluges rougissant entre mes seins d’ambre.
Je cours et je danse.
cg in Fugitive, Cardère 2014
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Pluie de cœurs en torches. Moisson brûlante de coquelicots.
Je marche, je cours, je suis la sorcière parfumée d’épices.
Voyez les déluges rougissant entre mes seins d’ambre.
Je cours et je danse.
cg in Fugitive, Cardère 2014

Apprendre à tisser des toiles, à capter la rosée. Manger l’herbe neuve.
Faire de sa vie un art d’aimer. Ma solitude est hors d’usage.
Je suis humus, humaine.
Quelle est ma graine ? Ma fleur, mon arbre, mon fruit ?
Qu’est ce qui en moi n’est pas fumier mais graine ?
Comment cultiver mes jachères, me respecter ?
Je crois savoir, saisir parfois, mais le savoir ne vaut rien pour lui seul. Terre stérile.
cg, in Celle qui manque, à tire d'ailes 2019 (rééd.)

Inégalités extrêmes, dégueulasses ! Je pense à Sao Paulo, à Rio. Les gens dorment partout, n’importe où, des jeunes, des vieux, des familles, des bébés… La misère et son escorte : saleté, maladies, détresse, violence, prostitution… Injustifiable ! Ici, donner devient une obsession. Ce que je peux, ce que j’ai, de l’argent, de la nourriture, une main, un sourire, ce que nous sommes venus faire ici, avec nos rêves et nos histoires. Une fois de plus l’injustice me bouleverse, ne me laisse pas en paix. Donner, ne serait ce qu'un regard, faire ce geste vers l'autre, car il est un peu de moi et je suis un peu de lui et j’emmerde ceux qui me prennent pour une apprentie-Teresa, malgré que je ne puisse pas leur en vouloir. Il y a eu un soir ce môme, à qui il manquait une jambe, un enfant mutilé comme il y en a tant. Ce gamin pourtant était plus entier que moi ! Je lui ai donné un sachet de riz encore chaud, les restes de notre repas dans un bon restau indien… et il m’a offert une danse de joie, une danse si spontanée et un sourire si radieux que ça m’a fauché, je ne le méritais pas.
cg, Manille, juin 1999
in Calepins voyageurs et après ?

La lune comme un soleil se levait
inondait la prairie d'une aube de nuit
les parfums humides et verts
qui montaient en brumes évanescentes
faisaient couler la rosée
entre les cuisses des fées
cgc

Sur mes tempes galopent des chevaux blancs aux crinières salées
cg in Les mots allumettes, Cardère 2012

La lente trajectoire hivernale. Ressac, sel et sang sous les paupières.
L’horloge folle fait le grand saut quantique.
La terre s’offre à l’espace. Les paroles se cristallisent. L’eau dénoue le vent.
Dans l’échancrure de la lumière,
La graine de beauté.
cg in Le poulpe et la pulpe, Cardère éd. 2010

mon cœur dormait toujours
bercé par une chanson
de celles que l’on fredonne
sans y faire attention
mon cœur bien tranquille
dans ses brumes d’automne
paré pour un hiver définitif
cg in Vieillir

Mon cœur blessé de femme
dormait d’un long sommeil
et puis te voilà toi
arrivé de la nuit
avec tes douceurs de lune
tranquille présence
cg in Vieillir

Selon Jean, dans le Nouveau Testament, au pied de la croix,
Elles étaient trois :
la mère Miriâm (Maria), la sœur de sa mère,
Miriam de Clôpas, et Miryâm de Magdala.
Trois, les Saintes Maries, trinité, comme dans les triades celtiques.
cg in Universelle

Ici l’obscurité a des reflets. Au fond des puits précieux, gisent des clés, mais rien ne se dit, tout se tait.
Ici s’achèvent les cycles, grande mer minérale, sa longue chevelure agitée d’oiseaux.
D’ici on ne repart plus, les jambes prises, langueur ensorcelée que seul le vent sait rompre. Pour partir il faut des ailes, les ailes sont si lentes à pousser et la nuit exhibe ses étoiles, si vous saviez, il y en a tant, étranges cristaux rivés au triangle obscur du ciel.
Ici est le pays des mondes souterrains, méandres secrets, sources blanches, tanières où veille le gibier des rêves.
Ici est le pays où on est seul ensemble.
cg in Chroniques du hamac, à tire d'ailes 2008

Nous sommes les pâles fantômes aux faces écrans écrasées. Nous sommes les fumées hésitantes, les eaux lasses des cuvettes. Nous sommes les oiseaux mal cicatrisés des plafonds embrumés. Nous sommes des laveurs de barreaux, des rond-points barrés, des quésaco, des quais déserts, des trains murés.
cg in Qué wonderful monde ! Nouveaux Délits, coll. Délits vrais n°1, 2011

Veuillez, je vous prie, me laisser procéder à ma défragmentation. Laissez-moi me rassembler, me ressembler, contempler, le temps qu’il faudra, la belle couleur orangée de cette tisane qui n’a rien coûté si ce n’est le gaz pour amener l’eau à ébullition. Il y a encore quelques sources buvables et gratuites. Il y a encore des fleurs sur des arbustes qu’on débroussaille aux tractopelles. Il y a cette incroyable faculté du monde végétal de continuer à germer, à jaillir, à grandir, à pousser sans qu’on ne le lui demande. Quelques boutons de pissenlit, quelques feuilles de mélisse et le corps jouit d’être compris, tandis que les oiseaux cherchent ce qu’il faut pour faire leurs nids.
in (c)Ourse bipolaire

j’aime ta présence lénitive
les chants des multitudes que tu abrites
cette tendre complicité du bois et de la plume
cg in Je l'aime nature

Patience, mon âme. Tu veux fendre muselière, je te parle sagaie, flèche, rasoir.
Obscure arborescence dissimulée dans le filet.
Je flotte dans le corps, bascule les câbles. Étrange toupie, coque scindée.
Déroulée la houle, découpée la coupe, démolis les mots.
Nous cumulons les éternités comme un enfant empile ses cubes.
Mais dans le chiffon de l’univers, la mort serait-elle un trou de ver ?
cg in Fugitive, Cardère éd. 2014
et toujours dans le fumier
un pressentiment
le sortilège d’un œuf
au croupion de l’univers
le délice des bêtes
frétillant dans la glaise
bouilleur de cru
odeurs de fleurs
au cou de la nuit
le désir traverse
la dentelle
du squelette
cg in Aujourd'hui est habitable