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17/09/2014

Tadashi Kawamata

Tadashi Kawamata found art from upcycled chairs.jpg

 

CHAISE CONTRE BALAI

 

LA chaise, sur laquelle se pose et se repose notre partie la plus charnue, LA chaise, une sorte de cul de remplacement en somme. Objet commun d’entre tous, objet d’une telle évidence et qui s’offre si généreusement « Prenez-donc une chaise. ». Quatre pieds bien ancrés, entre terre et ciel, nous offre une position qui n’a pas toujours été la nôtre, et qui d’ailleurs ne l’est toujours pas dans bien des endroits de notre planète. Quatre pieds bien arrimés, qui n’empêchent pas pour autant les enfants de s’en balancer, au risque de valdinguer, chaise et enfant confondus, six pieds en l’air. Serait-ce à dire que les enfants ont moins de respect pour ce si noble objet que nous, adultes, grands et responsables ? Les enfants préfèrent, à l’image de nos ancêtres et de nombreux peuples encore aujourd’hui, s’asseoir par TERRE. La chaise finalement ne serait-elle pas plus convenable que confortable ? Ce n’est pas Pharaon qui me contredirait qui fut sans doute le tout premier à vouloir affirmer sa puissance, en dominant un peuple accroupi aux dépends de son propre confort. En effet, les premiers sièges nous les devons aux Égyptiens, avant la klismosdela Grèce Antique, qui innove avec le siège ergonomique.

 

À l'origine donc, la chaise était un privilège réservé aux élites. Les gens du peuple, chez nous par exemple, utilisaient le coffre, le banc ou le tabouret. Autant dire que de la chaise au pouvoir, il suffit de prendre place, et le must ce sont les chaises portées par d’autres, la sedia du Pape (habemus !) et autre chaises à porteur qui sont souvent vite devenus le symbole de l’oppression dans les pays colonisés. Et nous pouvons pousser la réflexion jusqu’à l’inversion du symbole, quand la chaise fait déchoir l’être au plus bas, elle devient alors celle du condamné, la chaise punitive par excellence, la chaise électrique.

 

Mais revenons à nos chaises à nous, nos chaises toutes simples, si familières dans les foyers même les plus modestes. Si pratiques certes, mais sont-elles vraiment à ce point, indispensables ? Si nous n’avons pas la grosse tête en y posant nos fesses, ne seraient-elles pas pourtant comme un obstacle immiscé entre notre rondeur postérieure et la rondeur de la Terre ? Nos fesses ne se plairaient-elles pas mieux au sol finalement et n’y aurait-t-il pas quelque chose à apprendre à s’asseoir de cette façon ? Quelque chose qui aurait à voir avec un peu d’humilité. Agenouillés, en tailleur, voire en lotus, est-il impensable d’imaginer que cela puisse nous libérer l’esprit ? Nous ramener à une plus juste mesure ? A une gymnastique à la fois morale et physique qui nous serait bénéfique ? Les Asiatiques semblent en savoir plus que nous en ce domaine et pour avoir pratiqué, je pourrais même dire que la posture assise au sol, lotus ou zazen, peut nous être extrêmement bénéfique, de même que tout simplement s’asseoir plus souvent dans l’herbe.

 

J’écris tout ceci en buvant mon café, assise bien évidemment sur une chaise, une chaise en bois tout ce qu’il y a de plus classique. Alors plutôt que de bavarder plus longtemps, passons à la pratique justement. Me voilà assise sur le ciment de la terrasse. Première observation : il est frais et c’est agréable. Deuxième observation : le sol est sale. J’en arrive donc à cette conclusion, je vous l’accorde un peu hâtive, mais c’est un fait : si nous n’avions pas de chaises, nous passerions plus souvent le balai !

 

 CG, juillet 2010

 

 

 

 

 

Kostya Lupanov

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 J’emmerde les artistes et les poètes qui se pensent à part.

Le mot ART ne devrait pas exister, à la place il faudrait lire VIE.

 

Pulvériser ces ghettos qui font que les poètes ne fréquentent que les poètes. Tracer, tresser des ponts, se faire passeurs d’ailes.

 

Que le poète s’enivre avec le plombier, que le plombier danse avec les ballerines, que les danseuses recoiffent les infirmières, que les infirmières peignent les maçons, que les maçons bâtissent des charpentes d’étoiles,     

que les étoiles fassent des confitures, que les grand-mères fassent la révolution, que les révolutionnaires fassent du yoga, que les yogis fassent des plans sur les comètes qui ouvriraient des bars pour les poètes qui s’enivreraient avec les policiers en tricotant des alouettes pour faire rire les plombiers.                                   

 

cg in Chroniques du hamac, 2008

 

 

 

 

Greg Dunn

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Tant mieux si vous êtes délibérément inutiles, joie de moucheron, beauté des pelages,

petite cuillérée de mondes extravagants.

 

cg in Qué wonderful monde

Nouveaux Délits, Coll. Les Délits vrais, n°1 - 2012

 

 

 

 

14/08/2014

Elizabeth Wilson - Sunset, Greenport - 2013

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 Lisse absolu, la richesse est une double protection, rose sur mesure. Alors osez les reflets de surfeuses, balayage bord de mer et le sable en tube. Et n’oubliez pas, dîner en blanc, c’est élégant.

 

cg in Un vanity de vanités (Asphodèle 2012)

 

 

 

13/08/2014

Veronica Ebert

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Obligée de m’asseoir.

 

L’imposture abstraite saigne le quotidien.

 

Tomber à genoux sur un grincement de parquet.

La langue plantée avec joie tisonne la gorge.

L’averse mouille la chapelle.

Passe la nacre d’un ange.

 

L’usure sent le vieil or, le charme des croix d’automne.

Un lierre a muselé les muses.

 

Territoire entrebâillé, chaos de chiendent, douce fêlure.

Le pain d’abeille prépare l’érosion des cathédrales.

 

Ce qui trouble les anges, est-ce un parfum de foudre ou bien de foutre ?

 

cg in Fugitive (Cardère 2014)

 

 

Andrea Floris

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Ma lèvre tremble, le ciel est tombé en cataracte de verre.

En granit fracassé à la mer.

Tant de pêcheurs encombrent la rive et le soleil veut sa part de crème géologique.

 

Je glisse, toboggan, vers l’abime entraperçu sous la couture des océans.

 

cg in Fugitive (Cardère 2014)

 

 

 

 

Lisa Assouline - Abeille - 2000

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Il y a une abeille au cœur des fleurs jaunes. Coronilles ? Une abeille, un miracle.

Le monde est devenu fou, il est cependant bien plus fragile que la Terre.

 cg in A la loupe

 

 

 

 

 

Veronica Ebert

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Quand le disque sera plein il éclatera

 Mais nous serons évaporés in extremis

Tandis que les poissons loufoques

Sortis de nos chapeaux

Quitterons à la dérive

Les fonds d’impasse.

 

 

cg, In Extremis, 2013

 

 

 

 

 

Yoshitaka Amano - illustration de The Sandman - Dream Hunters

 

Yoshitaka Amano7.jpg

   
 
Les magiciennes désœuvrées tissent

Des sorcelleries poussiéreuses

  Raccommodent au clair de terre

Des rêves dérisoires



Les poupées de songe bercent

Les pantins somnambules

Les nourrissent de blé trouble

De fleurs coupées à la kétamine  
 
  
 
cg in Mystica perdita, 2009

 

 

 

09/08/2014

Leonora Carrington - Crow soup - 1969

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Buisson des cuisses où croassent les crapauds.

 Rumeur des langues qui lapent les pierres.

 

 Bouillon noir des reins vrillés de trouille.

 La vie et son implacable sentence de mort.

 

 

 

cg in Les mots allumettes

(Cardère 2012)

 

 

 

01/08/2014

Laurence Bonnet - La Baleine

Laurence Bonnet La Baleine.jpg

 

 Ma princesse me raccroche au présent, tombée de son dragon,

elle m’offre une baleine.

 

 

cg in Jardin du causse, 2004

 

 

 

 

 

 

 

22/07/2014

Cathy Garcia - Coulée de sable

Coulée de sable.jpg

 

 tu me dessine le galbe d’un poème ruisselant

coulée burinée de ta chevauchée

je suis l’extrême orient

 

un chant de pluie dans l’inassouvi des étreintes

tes cheveux humides dans la rousseur de ma paume

complices nous déshabillons la beauté

cherchons des pierres de lave sur la lune

noces de limon et de velours mouillés

la danse des mains ardentes

dans une vasque pleine d’écume

nous couchons à même la source buvons aux cascades

 

je suis ton île éblouie

tu es le vent qui suce mon âme.

 

cg in Flamme and co, 2013

 

 

 

19/07/2014

Papyrus, Dynastie 21 - Egypte

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 Quelque part en Afrique

 J’ai salué une zorille

Sur ma main une belle

Danaïde s’est posée

Tant ses ailes sont colorées

Je l’ai prise pour une fée

J’ai suivi des pluvians

Dans la vallée du Nil

Mais pas jusque dans la gueule

Des crocodiles où ils vont

Chercher de quoi se sustenter

 

cg in Animalerie, 2007

(poème pour les enfants)

 

 

 

 

17/07/2014

Francis Picabia - Hera - 1929

Francis Picabia Hera, 1929.jpg

 

 

La beauté redevient quête solitaire, y a-t-il vraiment à partager ? Où bien sommes-nous des bulles hermétiques et increvables qui se heurtent de temps en temps ?

 

cg in Calepin paisible d'une pâtresse de poules

(Ed. Nouveaux Délits - Coll. Les Délits Vrais n°2, 2012)

 

 

 

 

Alicia Caudle - Myselves

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J’ai beau imaginer des boucliers

Des murs, des sacs poubelles

Je ne sais pas arrêter le mal

Qui me dévore

 

Cette dissolution constante

La perte de contact avec moi-même

Qui suis-je, où suis-je ?

 

Comment ai-je pu être ainsi réduite

A n’être que le jouet de ton mutisme ?

 

 

cg in Le baume, le pire et l'essence