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22/10/2020

Antony Gormley - De la série "Connection"

 

Antony Gormley - De la série Connection - Aniline dye (2).jpg

HORIZONS INTÉRIEURS

  

Il y a des mots qui plaisent.

Chamane, homme chat ?

Un esprit qui sommeille

tout au fond de moi

 

Toucher à la source même

des miroirs

et ne pas se méprendre

sur le sens du mot

« Pouvoir ».

 

Dans le sang ça se traîne

et ça nous parle.

Tout se rejoint au centre

du pain ou du divin

c'est la même chose

 

J'y ai mis les doigts

Pourquoi moi ?

 

Nous savons tout

depuis le commencement.

Enfants magiques

nous avons oublié

perdu les clés

mais elles sont là

juste sous notre nez

 

Il n'y a qu'à tendre la main

Faire résonner la corde humaine

La juste note

Laisser le souffle

Chevaucher.

 

1996



 

 

20/10/2020

Eva Antonini

Eva Antonini - Tutt'Art@ - (37).jpg

 

Le chant de La Vieille

 

corps tordu

incendie

calcinée

je suis

 

soumise

tel fut mon satori

ma beauté demeure

hors de ta portée

 

vie et mort

j’ai la connaissance

des profondeurs

c’est pour cela

que le serpent m’a aimée

 

toutes les bêtes

m’ont apprivoisée

pattes griffes

plumes toisons

ma flèche touche au cœur

tout prédateur nommé homme

je règne animale

sur toute la création

 

j’ai initié bien des peuples

qui m’ont nommée lunaire

de la génisse à la brebis

pour m’asservir

nombre de lois

ont été dictées

mais joug après joug

je demeure l’indomptée.

 

je parle la langue des oiseaux

qui lisent dans mon cœur

les mauvais augures

ne portent pas de plumes

mais des bâtons cracheurs de feu

des couteaux et des bombes

 

au commencement des temps

j’étais déjà penchée

sur le berceau de l’humanité

en moi était contenue

l’empreinte de toute forme

et la mémoire des abysses

 

ma puissance est immense

je suis la porte des mondes

je suis le cobra

prends garde humain

si tu ne respectes pas l’équilibre

tu seras balayé pulvérisé

 

à genoux homme

ferme les yeux

ouvre ton cœur

ton sexe est sacré

l’as-tu donc oublié ?

 

allez viens danser avec moi

sens-tu sous tes pieds

le frisson des racines ?

sens-tu le rythme du vent

les tourbillons de la sève ?

viens danser avec moi

viens sentir l’étreinte

et la lune dans nos veines

 

je connais les partitions du frisson

et les passes secrètes

qui font du plaisir

un art sacré

 

je connais les paysages intérieurs

des quêtes et des illuminations

vers le nord hypothétique

je vois au loin sur les plaines

la lente pérégrination des hommes

 

pour se connaître

il leur faut pénétrer la terre

ériger des totems

pour ensemencer les cieux

mais ils se trompent

et n’encensent

que faux dieux.

pour me connaître

qu’ils suivent la piste

féline.

 

ils pourront me trouver aussi

nue et lisse au creux des pierres

s’ils posent leur oreille

contre les os de la terre

ils entendront battre

mon cœur

 

je suis l’innocence faite chair

mais ne te laisse pas bercer

par la douceur de mes courbes

une part de moi ne dort jamais

sous le regard de l’éveillée

tu es nu comme un nouveau né

 

mystère et magie

art des saltimbanques

depuis le début des temps

j’accompagne les nomades

car mon nom est mouvement

 

je suis la première et la dernière

sœur amante mère épouse

je suis toutes en une

et une en toutes

je suis la voie du cœur

la voix enchanteresse

 

j’ai pouvoir de vie et de mort

tant de fois j’ai enfanté les ténèbres

huilé la nuit de mon corps

je suis le serpent primordial

qui enlacera le monde

 

après tant de siècles à m’humilier

comprendras-tu enfin ?

 

 

cg, 2009

in Universelle

 

 

 

 

 

 

Vincenzo Cabianca - Morgana - illustration Isaotta Guttadauro Ed Altre Poesie de Gabriele d'Annunzio (1886)

 

D'Annunzio Isaotta Guttadauro.jpg

 

en ces lieux pour des siècles

je serai ton puits d’intuitions

ton estuaire de nuit

l’empreinte de ton archet

combe échancrure

fêlures effluves

que la pluie vienne

que la pluie nous lave

de toute nostalgie

 

in Des volcans sur la lune

 

 

Vincenzo Cabianca - Morgana - illustration Isaotta Guttadauro Ed Altre Poesie de Gabriele d'Annunzio (1886)

 

D'Annunzio Isaotta Guttadauro.jpg

 

en ces lieux pour des siècles

je serai ton puits d’intuitions

ton estuaire de nuit

l’empreinte de ton archet

combe échancrure

fêlures effluves

que la pluie vienne

que la pluie nous lave

de toute nostalgie

 

in Des volcans sur la lune

 

 

17/10/2020

Alain Etchepare - de la série La thébaïde

Alain Etchepare La thébaïde 6.jpg

 

Thébaïde

 

Elle est entrée en silence comme dans un bain d’huiles, quand les parfums se font médecine. Elle est entrée en silence et n’en est plus ressortie. Certains disent qu’elle s’est noyée, d’autres — mauvaises langues —, que le bain a refroidi. Tout cela est faux. Elle est entrée en silence et elle y a découvert un vaste univers, nul besoin de revenir puisque elle n’est même pas partie. Elle est simplement entrée. Entrée en silence. Les pieds léchés par les vagues, la place immense où il ne fait jamais nuit, pas plus que jour d’ailleurs, il y fait seulement un léger, un merveilleux, un dense silence. Elle y est entrée comme on entre dans son lit, comme on glisse en soi. Elle n’est pas partie. Elle est là, minuscule et immense, en silence.

 

cg in Le baume, le pire et la quintessence

 

 

 

 

 

 

 

15/10/2020

Zdzisław Beksiński - 1979

Zdzisław Beksiński 1979.jpg

 

La sève ruisselle. Son chant écorce l’univers

et la nuit frissonne en songeant au festin.

Nous voici disloqués. Éblouis, transis, illuminés.

 

Tout brûler et repartir, de déchirure en déchirure. Faisceaux d’un élan unique.

 

La toile se recréé. Perdre en apparence, gagner en vigilance.

 

cg in Les mots allumettes, Cardère éd. 2012

 

 

 

 

 

 

 

Karmax

Karmax 160_n.jpg

 

Ma maison est de traviole ? Tant mieux, les oiseaux en rigolent.

Ça, c’est le pied de nez rouge, qui tache si on insiste. La caracole du clown.

 

cg in Celle qui manque

 

 

 

 

 

 

12/10/2020

Jonk

 

Jonk__silo880.jpg

 

il ne peut y avoir de grandes visions neuves, que des redites, des espoirs lancés au ciel ou semés en terre, qui retombent en pluie ou en missiles, qui poussent ou crèvent, il ne peut y avoir qu'une multitude de petites visions, en espérant que chacune d'elle soit à la fois unique et universelle, une multitude de petites actions qu'il faudrait belles, justes et bonnes.

 

cg in (c)Ourse bipolaire

 

 

 

 

10/10/2020

Amy Weil

Amy Weil.jpg

 

Découper en petits morceaux ridicules l’exaspération,

le sentiment d’absurdité grandissant au fur et à mesure

que le temps compte nos chutes.

 

cg in à la loupe, tout est rituel

 

 

 

Rostislav Košťál

Rostislav Košťál.jpg

 

le corps comme

un vieux livre

dont les pages

jaunissent

combien encore

à tourner ?

l’horloge bloquée

sur l’heure de

la décrépitude

un demi siècle

a sonné

le cœur pourtant

semble solide

dessinées sur les pages

des cartes de territoires

s’en retournent en jachère

la terre appelle la chair

quelques poèmes peut-être

dont l’encre s’efface

des partitions de frissons

d’exultations

et puis des pages sales

des pages piquées

de chagrins

quelques grandes auréoles

noires sur des pages

muettes

des pages trouées

des pages envolées

aussi

qu’on ne retrouvera

plus jamais

des pages qui tremblent

sous le vent qui les tourne

et voudrait les arracher

 

cg in Vieillir

 

 

Antony Gormley - De la série "Connection" - Aniline dye

Antony Gormley - De la série Connection - Aniline dye (1).jpg

 

L’argile au feu a éclaté, le sang en bouillon a coulé.

 

L’homme abattu s’est mis à ramper.

Son empreinte n’est pas lisse comme celle du serpent.

 

cg in Chroniques du hamac

 

 

 

Antony Gormley - De la série "Connection" - Aniline dye

Antony Gormley - Anline dye.jpg

La chair exposée aux rayonnements, aux radiations a noirci. La peau depuis longtemps est tombée en lambeaux de pluie, en parchemins, en poussières. Le verbe a été effacé des mémoires. La mémoire n’est plus qu’une passoire, elle n’est plus que le trou par où filent les étoiles.

Fumigènes, effraction, sentier. Voir derrière les choses, lire derrière les mots, entendre les sons entre les sons.

 

cg in Chroniques du hamac

 

 

09/10/2020

Agim Sulaj

Agim Sulaj .jpg

 

L’enfance devrait être un paradis, toutes les enfances, un paradis de sensations où apprendre est un jeu permanent. Mes pensées vont vers les enfants des guerres, les enfants des exils, les enfants de la violence, les enfants de la peur et de la misère,  mes pensées vont à toutes les enfances détruites. Quelle douleur, quelle insupportable douleur et quelle monumentale impuissance.

 

cg in Le livre des sensations

 

 

 

07/10/2020

Andrea Kowch - In the hollow

 

ANDREA KOWCH- in-the-hollow6.jpg

 

mon cœur dormait toujours

bercé par une chanson

de celles que l’on fredonne

sans y faire attention

mon cœur bien tranquille

dans ses brumes d’automne

paré pour un hiver définitif

 

cg in Vieillir

 

 

 

 

 

06/10/2020

Carmen Spitznagel

Carmen Spitznagel  unnamed.jpg

 

Comme une folle à l’asile, je regarde derrière la vitre la mésange bleue.

 

La folle pleure, la folle pleure et la vie revient, circule, va toujours. Rejoint les puits vertiges qui s’ouvrent dans la lande grise. La beauté naît toujours d’une monstruosité.

 

Sortir de la délectation du marasme. Marre, amarre, démarre.

Ne pas retenir. Ne pas protéger.

 

Portion secrète d’outre-moi, mes pas perdus dans la salle des brumes.

 

Ma part obscure serait-elle trop dense ?  J’ai toujours cherché asile.

 

cg in Celle qui manque