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17/04/2015

Li Po (701-761, Chine)


au crépuscule je redescends la montagne émeraude
 la lune sur la montagne accompagne mon retour
 je me retourne pour regarder le chemin que j'ai emprunté
 une sombre, sombre étendue de pics bleus
 avec la lune ensemble nous arrivons à ta demeure paysanne
 un jeune garçon ouvre le portail en branchages
 parmi les bambous verts je pénètre dans un sentier secret
 les lianes effleurent mon vêtement
 joyeuse est notre conversation dans cet endroit reposant
 du bon vin, ensemble nous devisons et levons nos coupes
 longuement nous chantons, le vent murmure dans les pins

   notre chant achevé, le Fleuve céleste est déjà presque effacé
 je suis ivre, tu es heureux aussi
 joyeux nous oublions les intrigues du monde

   

in buvant seul sous la lune l'immortel banni sur terre

 

 

Santoka (1882-1940).

 

le bruit incessant des vagues

mon village natal

si loin

 

 

 

 

 

 

 

 

Hosai (1885-1926), "celui qui a lâché prise"

 

on voit un peu

la mer

par la petite fenêtre

 

in sous le ciel immense sans chapeau

 

 

 

 

Jean-Claude Mulleman

On a beau contre eux

 Multiplier les prisons

 Mobiliser les censures

 Les mots…

  

Il y a déjà plus assez de baillons

 Les garrots font défaut

 Et jaillissent à nouveau comme un fleuve

 Les mots…

  

 in A Marcos Ana - Encres Vives n°41 (1964)

 

 

Saigyo (1118-1190, Japon)

 

ce que c'est     

au fond je l'ignore, pourtant     

de gratitude mes larmes coulent

 

 

Louis Savary

 

Un jour

 Je réaliserai une mosaïque

 Tout en éclats

 de rire

   

 in Voici venu le temps des larmes

 

 

16/04/2015

Cédric Le Penven

 

Nous deux dans la tourmente d’un sentier périlleux, cernés par la marée montante de la nuit, de toute part assaillis par des chimères, donnons-nous la main. Voilà un ciel entier qui s’entrouvre et nous inonde.

   

 in L’immobile serti de griffes

 

 

14/04/2015

Anne Mounic

 

Voici l’essence du tragique : l’impuissance du geste, la passivité

 De celui qui se refuse, à lui-même avant d’en priver les autres,

 Ce qu’il devrait aimer sans contrepartie, le geste de la minute

 Et l’oubli du geste, de la minute et de tout le reste,

 Pour une joie partagée, sans préjugés, ni regrets, ni même pitié de soi.

 

 in cobra sous le chant, médusé, dansant, conquis pour un instant…

 

 

11/04/2015

Anne Mounic

La chute ?

 Contempler le devenir, sans le braver.

  

Et qu’importe ce qui nous est dû.

 Le ressentiment n’est que repli sur soi.

  

in cobra sous le chant, médusé, dansant, conquis pour un instant…

 

 

Bernard Mazo

Qui écrit

 M’écrit

  

Mystérieuse

 Instance

  

Qui n’est

 Qu’une absence

 De nom

 

 

 in L’hostilité mortelle de l’inconnu

 

 

 

Cédric Le Penven

 

 Accroitre le territoire de sa voix, à la force d’une conscience opiniâtre. On ne sait jamais la saveur d’un songe, la surprise d’une perle noire de courses tardives, au cœur de la forêt qui envoûte et enveloppe, comme une armure d’écorces et de murmures. Là-haut, derrière chaque ronce, chaque pierre, chaque brin d’herbe, un monde qui s’impatiente.

  

 in L’immobile serti de griffes

 

 

08/04/2015

Alex Jacquin-Ng

 

Je suis le cauchemar littéraire qui te guette du fond d’une poubelle.

 

in Le projet terreur

 

 

Jean Gédéon

 

La piste comme au cirque. Un grand rond plein d’accessoires.

 Des bêtes féroces, des jongleurs, des clowns, des illusionnistes.

 Des néons éblouissants jour et nuit. La piste mais sans sciure,

 Sans bravos. Déguisements blancs, bleus, noirs, gris, verts,

 Uniformes de flic, de matons, de trouffions, de pompiers,

 Complets, gris, noirs, bleus, cols blancs des servitudes

 

  in Crispations

 

 

 

 

07/04/2015

Jean Gédéon

Ensemble vide

 Pris aux mots des faiseurs de miracles,

  

Collé aux murs de leurs phrases lisses,

 Au dérisoire bancal du sens abâtardi, 

  

Avenir inexistant,

 Entre-deux virtuel,

  

Passerelle d’ondes multicolores

 Sur laquelle vous boitez en aveugle,

  

Sanglés dans les reflets,

Dormant les yeux ouverts.

 

 

  in Crispations

Jean Gédéon

 

Barbelés, miradors, camps de tôle,

 Des ventres affamés, des noyés,

 Un océan de noyés,

 Des électrocutés,

 Des cadavres,

 Des montagnes de cadavres

 Occultés.

 

 Des portes, des cadenas, des serrures.

   

Pas de clé, pas de clé, pas de clé.

 

   in Crispations