Jan Mankes

« Combien ça dure une poule », me demande ma fille,
et je m’entends lui répondre « ça dépend des piles ».
cg in Calepin paisible d'une pâtresse de poules
(Ed. Nouveaux Délits - Coll. Les Délits Vrais n°2, 2012)
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« Combien ça dure une poule », me demande ma fille,
et je m’entends lui répondre « ça dépend des piles ».
cg in Calepin paisible d'une pâtresse de poules
(Ed. Nouveaux Délits - Coll. Les Délits Vrais n°2, 2012)

La rumeur insolente des transhumances s’estompe.
Les amas de pierres expriment l’œuvre de l’oubli.
Je marche encore.
Il me faut grimper jusqu’au point d’ancrage. Déployer la corolle.
Prendre refuge là où naissent les glaciers.
cg in Fugitive
(Cardère éd. 2014)

Dans la cuve du crâne
On entend l’étrange
Ressac de l’acide
L’esprit cataracte
Éclate les coutures
Tandis que dévalent
Par maints orifices
Les pensées mornes
En ruisseaux de plumes
cg in Aujourd'hui est habitable

Contempler jusqu'à renverser le monde, passer de l'autre côté du fameux miroir. Le verre conjugué à la lumière est une porte, l'eau mariée au ciel est une porte également. Le reflet devient réalité à part entière et l'autre dans le reflet, c'est moi, mais ce n'est pas moi. Cela me ramène encore à l'idée du double dans le miroir qui se met à vivre d'une vie propre. Où finit le conte et où commence le cauchemar?
Et si le double du miroir possède lui aussi un miroir ? Et nous voilà, multipliés à l'infini, un sens au mot éternité.
cg in Journal 1997

Les issues vont croissantes à califourchon
Tandis que tournent les chevaux nacrés
Pour les orchestres de sucre ou de purée
Un dangereux morceau d’immensité
cg 2013
In extremis

Tant de bouches assoiffées, d’offrandes transparentes à la coupe du monde.
Oublier les mots, manger les mots. Chamade des nerfs. Neige majuscule.
Césure magicienne, le geste qui ouvre la mer.
cg in Le poulpe et la pulpe
(Cardère éd. 2011)

La gencive rugueuse
La bouche en brouette
Il nous faut vivre pourtant
Sous le remblai de l’aorte
Le crâne éclaté derrière les vitres
La moelle en feu en vérité
cg 2013

OBSTÉTRIQUE
Quand sait-on qu’un bébé squelette est prêt à naître ?
Quand sa mère a perdu les os
cg in Bonzaïs hallucinogènes

Ange ou démon? Je m'égare
et avant tout en moi-même !
cg in Journal 1997

Seule, je ne cherche rien. Rien à fuir, rien à quitter.
cg in à la loupe

Sextant dans l’échancrure
Je serai l’empreinte de ton archet
Abrupte-moi, combe et entaille
Calligraphie-moi du regard
Capture-moi, façonne mon corps
Noie-le en des creux étranges
Territoire liquide d’ombres et chimères
Libère-moi de toute nostalgie
cg, 2013
texte de ismaël ait djafer 1951 collage jlmi 2014
Je vous insulte
Hyènes et chacals
Avec toutes les injures de mon
Alphabet
Et je vous jette au crâne
toutes les potiches de mon
impuissance
Car
Hyènes et chacals
Vous meublez le long tunnel de votre ennui
Des dimanches et des jours creux
Avec le casse-croûte des faibles
Et vous en tapissez les murs avec la chair
De poule des gens qui dorment dans les
Igloos des nuits d'octobre
Parlez-moi
De plaisirs quand les gens criant famine et
Désolation
Mettent en marche le phonographe de leurs plaintes
Et battent
Les tambours de leur misère
Sur une place publique
Où
Personne
Ne s'arrête
Rien ne compte plus
Que ce vide des ventres
A combler qui résonne comme une orgue
Dans les crânes des abrutis satisfaits
Comment pouvez-vous vivre, gens de l'argent et de caviar avec ces poux
Que vous ne grattez pas?
Comment pouvez-vous avaler la pâtée
Gens de cravates et parfums que les cravates
N'étranglent
Pas et que le parfum
N'étouffe
Pas?
Comment pouvez-vous caresser vos femmes, lisser votre moustache,
Hausser les épaules, acheter un timbre, applaudir le Cid au théâtre
Des vies, distiller l'anis de vos satisfactions dans l'alambic de vos
Gosiers de pierre, marcher les pieds au sec et la tête dans un chapeau
Curer les ongles de vos chiens, avoir des enfants, tambouriner
Des doigts sans honte, aller la tête haute et le coeur lourd, rire du rire
Faux
Des gens sans conscience, mâcher le chewing-gum des ânes désabusés,
Décortiquer la croûte
D'un poème
Ou la coque d'une chanson pour en avaler sinistrement le fruit
Se dire comblé
Se dire ravi
Se dire heureux
Se dire bon
Se dire humain
Quand les saltimbanques de la misère
Chantent
Et dansent
Le ballet des petits pains devant des banquettes vides
Quand les clowns
poussifs
Epoumonés
Tuberculeux
De la charité
Soufflent dans le tube de leur intestin grêle
Pour bien vous montrer qu'il est
Vide
(d'après, Editions Bouchène, Alger, 1987. N° d'édition 001/87. Dépôt légal 1er trimestre 1987. Re-publié par le n°10 de la revue Albatroz, Paris, janvier 1994).
Source http://albatroz.blog4ever.com/ismaal-aat-djafer-complaint...
L’émergence d’une rumeur
Derrière la cloison
Laisse partir les derniers
Convois du vide
cg, 2013

L’ART DU NŒUD
Je flaire l’aigre du désir
La puante imagination
Des abîmes humains
Lente infection des morsures
Dont aucun ne sait voir les traces
Géhenne ordinaire
Autolyse résigné
Au lit de l’angoisse
Rages entrailles
Savamment ligotées
L’art du nœud
Et les nœuds du lard
Je veux en découdre
Absoudre l’absurde !
Un cœur
Qui soudain a des crocs
S’auto-dévore
Vendanges lycanthropes
A la vulve du monde
Ça m’aide la nuit
A raccommoder mes étoiles
A faire jonction
Emeute solaire
Au cadran j’ai rongé les angles
Les ai polis de ma langue
Pour en faire le cercle
Aléatoire
Non parfait
Le cercle rugueux
Du réel
cg, 2006 in Trans(e)fusées
(à paraître chez Gros Textes en 2015)

Sacrilèges, nuits exsangues barbares
Nécromanciennes scarifiées de songes
Sanctuaires de félidés, de lunes dévorantes
Nuits braconnières, souveraines insolentes
Nuits renardes
Aux bras des vénusiennes
cg in Claques et Boxons
(Ed. Nouveaux Délits 2013)