Jose Augusto Castro - 2008

Papillon de jour attiré par la nuit ou papillon de nuit attiré par le jour ?
cg in Journal 2006
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Papillon de jour attiré par la nuit ou papillon de nuit attiré par le jour ?
cg in Journal 2006

L’homme sans racine s’enfauve, s’enrapace. Sans racine, l’homme s’en meurt, s’enfuit et ne revient plus au lieu mythique où il a laissé son cœur. Un cœur nouveau né abandonné qui sait à peine battre mais qui pourtant cogne, résonne comme un tambour.
cg in Chroniques du hamac, 2008

Loin devant marche le primitif éclaireur. Visionnaire, il conserve quelques braises sous ses paupières. Il ne les rendra aux hommes que lorsqu’ils cesseront de souffler sur les cendres.
La connaissance est périlleuse.
cg in Les mots allumettes (Cardère 2011)

LÀ-BAS
Le cri du coq jaillit du bord de l'aube
Il y aura des œufs à ramasser
Une gamine dans la cour tire sur sa robe
Et s’en court au pré pas encore fauché
Des nuées d'oiseaux sur son passage
Croassent de sombres avertissements
Là-bas au loin la grande faucheuse
Cogne aux tambours de l’enfer
Mais l’enfant ignore le présage
Elle court et saute les barrières
L'air est suave, pur, ni fumées, ni poudre
La folle fillette papillonne en chantant
Une comptine à conjurer la foudre
Sur ses lèvres rose sang
Elle a les joues rouges et les yeux qui brillent
Quand elle atteint le ruisseau
A son front des gouttes perlent et scintillent
Elle sourit, elle est joyeuse, il fait chaud
A genoux sur le sable au bord de l'eau
Elle ferme les yeux et offre un beau visage
L’oreille aux bruissements des roseaux
Aux fleurs, au soleil nouveau-né
Avec toute la ferveur de son âge
Au vent qui chuchote leurs secrets
Promet d’être sage comme une image
Et envoie au ciel un vœu de paix
Le monde soudain déboule en rafales
L’enfant sans un cri bascule en arrière
Tombe comme tombent aussi les pétales
Des petites fleurs changées en suaire
Pas de place pour l’enfance à la saison des guerres
Et pas de tombeau pour les fillettes inconnues
Seuls des fleuves de haine qui s’en retournent à la terre
Et des fleurs qui saignent sous les balles perdues
Le cri du coq jaillit du bord de l'aube
Il y aura des corps à ramasser.
cg, texte original de 1994, paru dan Pandémonium 1 (ed. Clapàs 2001)
version remaniée pour Guerre et autres gâchis (Ed. Nouveaux Délits 2014)

Cette réalité tangible, visible, audible, dans laquelle nous évoluons sinon verticalement, au moins horizontalement, au gré de nos pensées et de nos perceptions. Réalité qui nous conforte dans cette idée du moi, dur comme fer qu’il existe, chacun en est la preuve pour soi…et pourtant nous sommes bien ennuyés quand il faut le définir ce moi. Pour masquer notre ignorance, nous nous construisons une personnalité à l’aide de goûts, de préférences, d’aversions, de projets, d’ambitions. Nous nous approprions certains sentiments, émotions plus que d’autres et nous en faisons ce que nous appelons notre caractère et nous sommes rarement d’accord avec la description qu’en font les autres. C’est normal, personne ne nous connaît vraiment (et pour cause qui pourrait connaître ce qui n’existe pas parce que sans cesse changeant…) alors nous nous drapons d’un sentiment de solitude que nous attachons avec une ceinture d’apitoiement sur soi. Qu’on y réfléchisse un peu trop et survient l’angoisse, l’ego qui se sent menacé d’inexistence.
Nous voudrions être comme ci ou comme ça, mais hélas les miroirs sont parfois cruels, alors nous nous trouvons des raisons pour continuer à consolider le mythe d’une façon de plus en plus complexe, afin qu’il ne puisse pas être réduit au néant. Vu sous cet angle là, c’est épuisant de vivre !
cg in Journal 1999
La monstera deliciosa, plante d’intérieur qui me suit depuis tant d’années pour consoler mes nostalgies brésiliennes, renaît de ses tiges rasées… On l’appelle aussi l’ananas du pauvre.
in Jardin du causse, 2004
Ed. de l'Atlantique 2011

...chercheuse d’absolu a du mal avec le côté pratique des choses. Le côté terre à terre. Je manque de terre et de feu, on le sait bien. Je navigue dans les eaux et dans les airs, un univers de bulles. Plénitude ou illusion, un poisson volant. Et le plus fou, c’est que j’en ai vu des poissons volants, des immenses et j’en ai même promené quelques-uns...
cg in Journal 2006

Le coucou clame son forfait et les oiseaux plus convenables achèvent la construction des derniers nids. Un chien aboie comme il se doit. Ça pépie, ça ricane, ça siffle et bourdonne. Le grand jardin qui m’entoure ne cesse de m’extasier. J’ai décidé de faire de mon quotidien, un sanctuaire.
cg in A la loupe

Un homme, la nature. Avec ça je suis heureuse à condition que… Toujours les conditions ! Que tout soit en parfaite harmonie y compris mes accès de folie, de sauvagerie. La nature aussi à ses orages, ses tornades…
Cg, sur la route pour Santa Maria de Feira, Portugal, juin 2000
in Calepins voyageurs et après ?

Tenter le oui, toujours le oui. Oui à tout. Donner sans promesse, sans acquis, sans que cela instaure une règle. L’amour est comme le ciel, il a une infinité de visages, mais l’amour reste l’amour.
cg in Journal 2006

Trop fragile. Besoin d’une main, d’un guide. Besoin du père… Manque cruel et éternelle damnation. Je pleure sur ma vie, sur mes échecs, parfois je voudrais tout, tout, tout changer !
cg in Journal 1993

Sur moi, passent les vagues de tristesse et les sourires, le calme et les frissons de l’anxiété, elles passent et il m’arrive de pouvoir les contempler d’une façon sereine.
cg in Journal 1998

De la fleur à l’arbre tout cherche à croître, chacun à son rythme, croissance, jouissance. Apprendre à goûter sans l’immédiate torsion du désir qui creuse son trou, son manque.
Transmutation, âge de plomb, la leçon que nous palpitent tous les papillons de nuit. Accepter l‘impermanence, la pépite si précieuse du présent. Sentir le fourmillement des racines, la plante des pieds.
Longuement s’étirer vers le ciel.
cg in Chroniques du hamac, 2008

Crise
Attendre en silence
que le temps se penche
dans une pièce vide,
dépose une ride.
Doucement sur mon front,
trace un sillon
de ses doigts lisses
où sagesse s’immisce.
Nue sur une chaise,
que l'esprit se taise,
les mains ouvertes,
en éveil.
Ceinte de murs blancs,
je vide l’écran.
Libérée de l’image,
je balaie le passage
et j'attend.
J'attendrai
infiniment
l'éternité.
Malgré la vie, ses ravages,
malgré la nuit prise de rage,
j'attendrais immobile
que le flux cesse,
pour atteindre mon île.
Une île tendre,
douce peau,
souffle chaud,
vent dans les voiles
d'une lointaine étoile.
cg in Les années chiennes
(textes de jeunesse publiés en 2007)

Le corps a soif d’équilibre
Si on lui fait confiance
Il sait trouver la danse
Et il danse.
cg in Le poulpe et la pulpe (Cardère 2011)