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04/10/2014

Henri Tramoy

 

J’habite un pays égaré. L’ivraie juste sous mes fenêtres. Il n’y a pas de corde à mon arc. Les cordes sont si tendues pour qui veut s’y pendre. Et juste entre mes doigts se plisse un paysage. Esquisse d’hymen-fourragère. Temps blafard. L’effroi seul altère mes déserts, ne garantit pas l’insolence des lianes. Le ciel, à tenir les étoiles, s’est fourvoyé dans les roseaux.

 

03/10/2014

Chief Luther Standing Bear, Teton Sioux

 

Le monde était une bibliothèque et les pierres, les feuilles, l’herbe, les ruisseaux, les oiseaux et les animaux en étaient les livres qui partageaient, pareils à nous, les bienfaits et les tourments de la terre. Nous apprîmes ce que seul apprend celui qui étudie la nature : à ressentir la beauté.

 

 

Jean-Marc La Frenière

 

 

Quand l’homme rêve c’est le réel qui dort. 

 

in Parce que

 

 

Sylviane Werner

 

Offre-moi des départs et des rades

le bât fardé de nos fourreaux m’évide

 il pleut des bordées de bruyères

 

il pleut

 

Arrime-moi tout près de Nantes

aux bleus-matins

 aux rets de rouille

 

in Désir

 

 

Masaoka Shiki

 

Descendant du cheval
dans le vent d'automne
j'ai demandé le nom du fleuve 

 

 

02/10/2014

Anne-Marie Schönfeld

 

Nous portons l’effroi

au plus profond

 de nous

 

Nous l’offrons en partage

à chaque nouvelle

naissance

 

 in La part de l’ombre

 

 

 

 

Proverbe toucouleur, Sénégal

 

A la richesse appartient la graisse à oindre les testicules

 

 

 

Jeremy Narby

 

La métaphore est ce qui permet de nommer les choses correctement, c'est-à-dire indirectement. C'est le langage double et entrelacé des chamanes, tsai yoshto yoshto comme disent les Yaminahua, language-twisting-twisting.

 

 

 

 

 

 

Claude Roy

 

Résumons la chose : langes, draps, linceul. 

 

in La fleur du temps, journal 1983-1987

 

 

 

 

Louis Savary

 

les mots réduits en fumée

dans le feu des autodafés

 ont tracé dans le ciel

un terrible poème

 

 

 

 

01/10/2014

Yves Béal

 

Tu me donnes ta brûlure, un cœur à découdre les routines, déjouer les complots. Arrive cette heure où nos yeux, au lieu de se courber sur l’ombre, s’ouvrent, s’écarquillent, encore à dire « sans doute ».

  

Le quotidien peut bien égrener sur notre dos sa malice grinçante, nous naissons de partout, la bouche plus affamée encore.

 

 Voilà, sans corde et sans fil, ce qui nous lie, ce que nous sommes.

 

in Beaucoup plus que l’aube…

 

 

Proverbe bahumbu, Congo

 

Pour arranger une palabre, on n’apporte pas un couteau qui tranche mais une aiguille qui coud

 

 

 

Carlo Dossi

 

Les fous ouvrent des voies qu'empruntent ensuite les sages.

 

 

Jean-Guy Angles

 

Plus d’hommes

Mais des graines antiques

Dans l’utérus des jarres

  

in Rendre au monde

 

 

29/09/2014

Revue Nouveaux Délits - édito du numéro 49

couv & résonance recadrée.jpg

Oct. nov. déc. 2014

 

 

En guise d’édito :

 

Le missionnaire européen était assis accroupi avec les Indiens Hurons en grand cercle autour d’un feu de camp. C’était une position à laquelle il n’était pas habitué, et il avait le sentiment qu’elle ne l’aiderait pas à convaincre les Indiens de partager son point de vue. Néanmoins il leur a exposé courageusement l’idée selon laquelle il n’était pas un mais deux. En l’entendant les guerriers ont éclaté de rire et ont commencé à jeter de gros bâtons et de la poussière dans le feu. Un étrange mélange de terreur et de ressentiment a alors envahi le cœur du missionnaire. Lorsque les rires ont cessé, il a poursuivi son exposé. Avec patience, il a expliqué aux sauvages que ce corps fait de chair et de sang qu’ils voyaient assis devant eux n’était qu’une coquille extérieure, et qu’en lui un corps invisible plus petit habitait, qui un jour s’envolerait pour vivre dans les cieux. Les Hurons ont gloussé de plus belle, en se faisant des signes de tête entendus tout en vidant les cendres de leurs pipes en pierre dans le feu crépitant. Le missionnaire avait le sentiment d’être profondément incompris, et était sur le point de se lever pour regagner sa tente, vexé, lorsqu’un vieil homme près de lui l’a arrêté en lui saisissant l’épaule. Il lui a expliqué que tous les guerriers et les chamans présents dans le cercle connaissaient l’existence de ces deux corps et qu’ils avaient également de petits êtres qui vivaient en eux, au cœur de leurs poitrines, et qui s’envolaient eux aussi au moment de la mort. Cette nouvelle a réjoui le missionnaire, et l’a convaincu que les Indiens étaient désormais sur le même chemin spirituel que lui. Avec un zèle renouvelé, il a demandé au vieil homme où, selon son peuple, ces petits êtres intérieurs s’en allaient. Les Hurons ont tous recommencé à rire, et le vieil homme a désigné du doigt la cime d’un énorme cèdre millénaire dont la silhouette se dressait dans la lueur du feu. Il a dit au missionnaire que ces « petits êtres » allaient au sommet de cet arbre puis descendaient dans son tronc et ses branches, où ils vivaient pour l’éternité, et que c’était pour cela qu’il ne pouvait pas l’abattre pour construire sa petite chapelle.

Sam Shepard in Chroniques des jours enfuis

 

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