Pietro Annigoni (1910-1988)

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Fata Morgana, 2018
Illustrations de Pierre Albuisson.
Quelle aubaine pour les vivants qu’une planète terraquée ! Composée d’eau pour leur soif et d’humus à plantes vivrières, à racines et à fruits, sans compter l’air qu’ils respirent, mais du même coup, et plus spécialement pour l’homme, fournie de bassins, de fleuves navigables et d’un sol spacieux, solide, pour y bâtir de simples abris comme des édifices sophistiqués à l’extrême, propres à y conserver, à y développer presque indéfiniment le savoir, la puissance ou la beauté. Des hangars ouverts à toutes les richesses et qui en multiplient le présage.
Trois nouvelles réunies par l'auteur qui ont pour point commun le minéral : D’après Saturne, Arc-en-ciel pour la Melencolia et La sécheresse et qui annoncent en quelque sorte le livre absolument splendide sorti en 1987 chez Flammarion : L'écriture des pierres (Flamarion, 1987).

Le sublime est un départ
quelque chose de nous, au lieu
de nous suivre, prend son écart
pour s'habituer aux cieux.
in Chant éloigné




La Boucherie Littéraire, 2019
Dans la buanderie il y a
un brouillard d'âme
ça monte des lessiveuses
on nous donne des remords de savon
il faut faire avec
j'entends les brosses
arracher les souvenirs de peau
(...)
Parfois il neige dans ma mémoire
Il neige du sel sur ma langue
quand je crie dans la nuit
(...)
On me donne des barbituriques
pour oublier le petit corps d'os et de ténèbres
(...)
Mon cœur me lance
les murmures qui me viennent
sous la peau
ça tourne en fièvre
(...)
Dans la galerie des femmes
je marche à pas de louve tarie
mes épaules sous le poids
de la joie défaite
(...)
Les cris laissent des traces
sur les poignets
là où la corde a serré
Les jours de cris
la peau est à vif
rouge d'effroi
ma soif aussi
à vif
(...)
Les jours de lessive
mon corps s'égoutte
pendant des heures
(...)
C'est l'heure des vêpres
à l'office des femmes
Il y a leurs dos courbés
leurs prières en bouche
La faim toujours
le jour
à genoux
(...)
Maintenant
dans ma bouche
un silence d'argile
Je me suis fait terre


Car l'espoir ne fait pas vivre : il fait attendre. Et quand on attend, on ne vit pas.
in Tessons de vers après la casse
Pour en savoir plus : https://trigon-film.org/fr/films/la-hija-condor/