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CATHY GARCIA-CANALES - Page 21

  • André Laude - Un temps à s'ouvrir les veines

     

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    Les éditeurs français réunis, 1979

     

     

    *

     

    dans un pays troué

    j'écris mes famines

     

     

    (...)

    j'ai vu l'homme couché dans son manteau de nuit

    j'ai vu la femme humiliée

    et l'enfant assis sur un tas d'ordures d'excréments

    j'ai vu flamber l'orient

    craquer les méridiens et tituber les aubes

    j'ai vu l'amante déchirer douloureusement sa robe

    j'ai vu le père se taire auprès des cendres du foyer

    j'ai vu l'amour bafoué l'espoir insulté l'avenir mis aux fers

    je n'ai jamais renoncé à la lumière

    au Feu sur la terre.

     

     

    (...)

    Un sommeil de plomb m'enlève chaque soir à la sordide misère des chambres malingres

    j'abandonne ma vieille peau. Je transhume vers quelques étoile de flamme et de mystère

    jusqu'à ce que l'aube me rende au noir verdict des fers

     

     

    (...)

    Amour

    un oiseau brûle dans le bocage des voix

    Amour

    un drap se froisse dans les veines des amants

     

    (...)

    j'ai croisé la folie

    une fleur sur les lèvres

    j'ai mesuré ma rage et ma tendresse

    dans la paille noire des étables

     

     

    (...)

    je n'ai pas confiance dans les mots

    Valets payés par l'ennemi

     

    qui se cache dans les lignes du papier peint

    dans l'angle de la chambre sordide et muette

     

    je vis les ongles enfoncés dans les yeux du temps

    avec la difficile respiration des neurasthéniques

     

     

    (...)

    je suis dans le paysage ignoble

    de l'absolu désespoir

    je suis le voyageur rejeté de miroir en miroir

     

    et qui hurle parce qu'il ne s'y retrouve pas

    et que l'horreur gonfle ses paupières

    et qu'il a tellement faim de lumière

    qu'il mangerait crus les petits enfants aux yeux de craie blanche

     

     

    (...)

    La terrible loi des seigneurs m'a brisé

    j'habite maintenant l'hiver

    je me couvre d'épluchures et de mots

    je m'enfièvre comme d'obscurs animaux

    j'ai peur

    (...)

    je suis un canyon éventré par les roues des convois militaires

    je suis une rose rouge sous la terreur fasciste

    je suis un poème en abîme

    (...)

    je suis une poussière d'étoile un sanglot de fée

    une espèce de mouton à cinq pattes

    je suis le fou qui se tait

    avec une violence de chaux vive

    (...)

    Depuis quarante et quelques années

    je déchire la ténèbre des chairs

    je fraie ma route Je suffoque

    Une fièvre bestiale me force

    Ongles et dents j'avance, nocturne

    avec un songe de plages neuves

    avec une faim de continents

    Je ne suis pas encore au monde

    quand j'ouvre la bouche là où je suis

    je mange de l'ordure et du sang

    de la poussière et du cri

    du Christ mort, de la centre d'Occident.

     

     

    (...)

    Mon mal est profond

    en vain je m'habille de mots

    En vain j'invente des empires turbulents

    avec des paroles bariolées comme des toucans

    En vain je fuis jusqu'aux lisières de la ville

    jusqu'aux chantiers sombres où les pelleteuses sous la lune de novembre

    ressemblent à d'étranges populations déplacées

    (...)

    Je casse mes ongles contre les murs des geôles où l'on torture nos songes de feu

    je n'ai jamais cessé de renier mon nom

    pour demeurer libre, capable d'envol, puissant

    et armé d'une douceur inviolable qui émeut les vagues de l'océan

     

    Mon mal est profond

    ma voix rauque s'enfonce dans les déserts à l'air raréfié

    Je dors sur un lit de couteaux de boucher

    je suis l'enfant d'une époque troublée

    et moi aussi

    (...)

    le langage change sans cesse de maître

    la réalité éclate en lambeaux d'ombre et de brouillard

     

     

     

    (...)

    Des taches de sang sur la lune

    l'enfant enferme les morts du soir

    dans des petites boîtes d'allumettes

    puis il chasse les poussières des malédictions noires

    et s'ouvre les veines avec l'éclat de verre

    de la chanson d'un ruisseau

     

     

    (...)

    Un cheval hurle : « Je descends – Arrêtez la planète ! »

     

     

    (...)

    d'un brin d'herbe j'écoute

    la cantate éblouie

     

     

    (...)

    La nuit la ville la solitude

    Il pleur des pierres précieuses

    les vitrines ont des lueurs de guillotine

    les assassins tranquillement assassinent

     

     

    (...)

    j'ai et je n'ai pas

    j'ai l'ongle la dent dure le froid

    j'ai le cri entre les épaules

    la faucille du vent sous les paupières

     

    j'ai le tigre et l'épine et le pétrole

    de l'angoisse dans les poumons

    j'ai la terre battue où dormir un sommeil de plomb

    j'ai l'étrange figure du pendu au son de la carmagnole

     

     

     

    TEMPS D'ABSENCE

     

     

    Nous sommes d'une nuit indéchiffrable

    nous sommes d'une quête sans fin

    (...)

    Nous sommes d'un futur qui n'a aucune chance

    (...)

    Nous sommes préface d'absence Poignante odeur

    de pourriture

     

     

    (...)

     

    Je n'habite pas J'erre

    Je ne fonde pas Je m'efface

    Je ne règne pas Je laisse place

    aux furieux scribes du Grand Mystère

     

    Je ne bâtis pas Je creuse

    des tunnels de frayeur

    Je ne me nomme pas J'appartiens

    à des peuples d'ombres

     

    Je dure Je suis fragile

    J'ouvre la bouche et je rêve

    Je me tais et me confonds

    au silence des pierres levées

     

     

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    Un livre difficile à trouver maintenant publié en 1979, André Laude, né en 36, un écorché de la vie, écrivain, poète, journaliste, militant, mort dans la misère, l'oubli et la crasse en 1995, étoile de tous les éclopés poétiques, ami d'un vieil ami poète disparu lui aussi, on a dit de lui qu'il était le "soleil noir de la poésie".

     

     

  • Alain Marc Guillaume - Je vais jamais au cinéma

     

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    édition de la dernière colline, 2022

     

     

    tu vois ce que j'aime

     

    c'est ça

    ce ciel gris, bas, un peu incertain

    ces prés ce silence

    et puis les chevaux

     

     

    (...)

    ça résonne les mômes

    déroute toujours un peu

    surprend ce ressac de cris

    t'es pas habitué

    ou plus

    (...)

    ça bruisse palpite piaille comme des mouettes

    (...)

    continu fracas tout frais

    comme un torrent

    les cris d'enfants

    (...)

    voudraient y être de suite

    les gosses

    dans chaque seconde qui tombe

    au centre du jeu

    au centre du ciel

    pour en chiper des morceaux

     

     

    (...)

    aime traversée la parenthèse de ce terrain neutre

    son espace qui fait silence

    allée large et magnifique où le temps d'écrase

    surtout quand le soleil la met en joue

    (...)

    en se penchant bien on trouverait poèmes ici

    mille et cents

    qu'on bougerait du bout de la godasse

    défroisserait

    comme oiseaux morts qu'on ramasse

    oui mille et cents

    qui tous d'une manière ou d'une autre

    diraient à peu près ceci

     

    est-ce ainsi que les heures passent ?

     

     

    (...)

    les bruits de la ville

    toute cette épilepsie qui s'arc-boute

    tremble

    convulse

     

     

    (...)

    bonne heure pour les invisibles

    la propice aux discrets veilleurs

    qui enflamment leur cigarette

    au creux des nuits

    sur les rebords de fenêtre

    dans la grande chaîne éparse

    des sentinelles anonymes

     

     

    (...)

    alors dans mes phares

    avant les bientôt entrepôts

    les nouveaux buildings

    les navires de béton éclairés à l'ozone

    en périph de métropole

    qu'on tout écrasé des jardins ouvriers ou pas

    me dit

    demain je sais pas

    le sens pas

    demain

     

     

    (...)

    poteaux en bois qui tremblaient

    les jours de bourrasque

    avec leurs fils noir balancés au vent

    qui les soufflait à la danse

    poteaux de bois dont il était pas rare

    d'en trouver un

    couché d'ivresse dans le fossé

     

     

     

  • Récolte et cuisine : concombres, tomates et des herbes

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    Ce jour, c'est du frais, avec du frais : soupe froide de concombres lemon à la crème (de soja), avec de l'ail, du shizo vert et du paprika & gaspacho à mon andalouse avec le reste des concombres, les tomates, de l'ail, du basilic frais, un peu de saumure de la lactofermentation habaneros/oignons/sauge de l'an dernier, graines de cumin, pain dur trempé dans l'huile d'olive, le tout mixé et parsemé de dés de poivron vert rougeoyant (non fourni par le jardin, producteur local bio).

     

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