Carl Vilhem Holsøen (1863-1935)

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.




éditions du 6 rue Gryphe (Vincent Courtois), mars 2021
Illustration en couverture de l'auteur : Murs, 2020
Aussi confidentielles que précieuses ces publications de l'auteur/éditeur Vincent Courtois, ici un bijou brut, terreux, âpre, qui m'a fait découvrir avec grand bonheur le travail poétique et artistique d'Odile Fix, travail qui me parle beaucoup sous toutes ses formes, dépouillé, qui va à l'essentiel, ce dont on a tant besoin aujourd'hui.
cgc
soir
des ombres montent du fond
des fossés marécageux
qui partagent les champs
se glissent entre les pierre
tournent la meule
silencieusement
aiguisent leurs doigts
(...)
il passera la porte
sous un linteau de basalte
chuchotant il appelle
guidé par
la chaleur des bêtes
ses pas furtifs
ont tinté contre le seuil :
carillon de source claire
mémoire d'eau
– ce qui a disparu –
(...)
une eau
que quelqu'un avait
remontée de terre
jusqu'aux abreuvoirs des bêtes
sa vapeur tremble
sur la faucille du froid
torsion des fumées
– l'invisible combustion
des herbes rances –
danses des brumes pâles
c'est ce que la nuit tresse
défaisant les écheveaux
des respirations
(...)
ce qui recouvrait les restes
déchets et
multiplication des moisissures
au fond de la cour
gît le tas
monticule d'aigre obscurité
prendre à pleines mains
– une fourche est restée
fichée au noir –
quelqu'un criait
contre le lisier des corps
(...)
un seau est renversé
métallique
roulé
au bas de la pente :
il manque une bouche
au cercle de la table
(...)
il écoute :
suintement d'une langue obscure
le sol acide de l'étable
l'herbe moisie
(...)
le vent fait osciller
les récipients suspendus
aux clous de bois
plantés entre les pierres
anses qui grincent
Site de l'auteur : https://odile-fix.jimdofree.com/




Un dragon respire
dans les branches
de la nuit
Le poète
boit l'encre du silence
puis ivre
tend l'arc du dire
in À l'ordre de l'oubli






Subervie, Collection du Miroir, 1970
1
(...)
Soudain le vent se lève,
La mer s'enfle, le ciel
Se fane
2
(...)
Musique. Vagues venues de loin
Toujours jeunes. Éclairs en surface,
Échos noir
En profondeur. Musique
Ancienne et proche,
Lissant l'abîme par le dedans,
Éclatant soudain
vers le ciel.
3
(...)
De vous à moi, ces pensées
Que je n'avoue pas
Pour ne pas me faire peur,
Qui commandent sans lèvres
Et prennent leur revanche
Dans l'arène des rêves.
6
(...)
Vierge de regards, la mer
Encore appuyée à la nuit
Couve sa propre clarté
(...)
Les toits gardent le sommeil
Sous leurs écailles fraîches
7
(...)
Voici que tu plonges
Ailes ouvertes
Dans le soleil immobile des eaux.
10
(...)
Les rochers avancent
Dans leur rêve. Le sable
Prend la forme du silence
Grain à grain. Le sang
Explore à peine son désert.
Pistes, veines du vide.
13
(...)
Colliers noirs du varech
Où brille un os de seiche
Pour le bec du vent.
26
(...)
Trous des étoiles. Clous
Des étoiles. Main
Tendue de l'abîme.
27
(...)
Silex poli en mer,
Hache à millénaires.
Tenir dans la main
Des siècles de secondes
Le temps d'un éclair.
Du roc au sable,
Voyage d'un galet.
62
(...)
Le soir prend dans ses filets
Les saumons attentifs
Au chant des hulottes.
Chute des pommes mûres
Sur le vieux chaume.
Le chien ne sait pas
Que va éclater la guerre
68
(...) Main
De bois et de cuir,
de terre et de naseaux.
Caresse de corne
71
La forêt fond sur la langue
Dans le parfum d'une mûre.
Faucille d'une fougère
Sur la mousse où s'enchâsse
Un carabe. Un chêne voyage,
Centenaire, à bord d'un gland.
Biches secrètes,
Le cœur aux écoutes, l’œil
Pareil aux baies d'automne.
Pirogue d'un tronc
Dans la clairière
Près d'une bauge
Cuirassée d'épines.
72
(...)
Le dos de la ville
Luit comme un squale.
Étoiles en cage,
Coffre-forts muselés,
Veilleuse sous grillage.
(...)
Fuite des feux-rouges
Biffant la nuit. Partout
Des pièges où nul amour
Ne se prend. (...)
78
(...) Où les pins
Fixaient le sable des siècles,
L'homme couche les troncs,
Sème du béton
Éphémère. Déchets
où l'ajonc
Ardait. Cirque pour esclaves,
Un chien fou tourne en rond.
84
(...)
Un enfant dans une cour
Regarde la bétonneuse
Mâcher des rêves de pierre.
Un bloc aux veines de fer
Sevré de sève expose
À la hauteur des nids
Des pots de fleurs, des cages.
92
(...)
De plus en plus tendu
Ce lien avec la vie,
De plus en plus cassant.
93
(...)
Des fougères. Échappée
Soudaine sur la vallée
Où tout clocher épingle un village
104
(...)
Bouchons de bruit,
Lumières qui empêchent d'être.
Attendre la nuit pour voir,
Le silence pour écouter.
Basse continue du sang.
Les voix se lèvent en images
Sur l'écran des yeux fermés.
(...)
Voici venir les sabots
De l'ombre. Le sable craque
Sous les pas du souvenir.
113
(...)
L'épée était si petite
Qu'on aurait dit une épingle :
Celle qui la ramassa
La piqua dans ses cheveux
Sans savoir qu'elle était reine.
161
Une aile, coup de scalpel
Dans l'eau sans poids de l'aube
Et les lèvres de la plaie
Se referment dans un cri
Que boit vite le silence
(...)
Il est possible qu'un fou
Emporté par son élan
Crève cette pellicule
Plus blessante qu'une armure
Et vienne tomber saignant
Dans les bras de la lumière.
167
(...)
Et ceux qui tuent les forêts,
Ceux qui ne croient plus
Qu'à leur moteur,
Ne voit pas le dernier couchant
Appareiller.