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CATHY GARCIA-CANALES - Page 14

  • Jan Bardeau - Journal

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    Urtica, 2019

    excellente édition, livre épuisé 

     

     

    18 septembre 2018, seconde entrée

    Notre compréhension n'appréhende pas depuis quand autant se contente de moissonner les déchets de si peu, quelques docteur ès science infuse nous martèlent le crâne de leurs certitudes, pour les y enfouir, mais nonobstant ces mauvais plaisants, rien de ce que les strates sédimentaires nous enseignent ne permet de dater l'inauguration des sociétés inégalitaires. (...)

     

     

    19 septembre 2018, seconde entrée

    La moindre miette leur appartient, et nous grattons chaque résidu pour le leur confier, dans l'espérance qu'ils partageront quelques microns des trésors que nous érigeons. Bien enseignés à respecter l'autorité, bien taillés dans les manufactures où ils nous façonnent, bien apeurés par tous les camps qui dressent leur misère en avertissement, bien calfeutrés avec les possessions qui glissent entre nos mains gourdes de tâches insensées, nos organismes même subissent la métamorphose des conditions qu'ils nous octroient. Mon dos de prolétaire, mon bide de prolétaire, mes genoux de prolétaire, mes esgourdes de prolétaire, la lourdeur de mon pas, le port de mon chef, la lenteur de mon train d'humains de bât, tout dévoile mon rang dans la hiérarchie qui me jauge et m'adjuge  subséquemment les mérites qu'elle consent à chacun des degrés qu'elle invente. Livré à eux, à eux dont je ne possède seulement pas le nom, j'observe les pans de mon autonomie se réduire : j'achète ma nourriture, j'achète mon logement, j'achète mon énergie, impuissant à aménager, par mon habileté, mon foyer, mes victuailles et mon feu.

     

    Jan Bardeau (courte bio) : Né d'une mère Chihuahua à temps plein et d'un père pas trop marin. Folâtre dans les soirées mondaines de son patelin, où il fréquente le gratin en gloussant beaucoup et en postillonnant ses petits fours. En toutes choses, s'efforce de paraître mieux qu'il ne l'est, ce qui ne pose pas réellement de problème. Il vous embrasse tous très fort et vous serre contre sa poitrine velue. 

     

     

     

  • Laurent Bouisset - Matin clone

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     éd. Parole d'auteur, Toulon, 2023

     

     

     

     

    la lumière devant nous naissait

    ou du moins s'efforçait de naître

    les photons avaient pris du tramadol



    (...)



    le train s'appelle la bestia c'est un dos



    de métal angoissé

    sur lequel des humains

    s'agrippent à mort

    et mangent la faim

    sirotent la soif

    en priant dieu comme ils respirent

    pour éviter les narcos la flicaille

    gare aussi aux branches calmes des arbres

    pouvant crever un œil... SOUDAIN



    les femmes de la gare APPARAISSENT

    las patronas, on les appelle

    elles ont les bras tendus

    et leur filent au passage

    un sac plein d'bouffe en un centième

    ou le jettent au hasard sur le dos de la bête



    c'est un éclair seulement de générosité

    ces affamés de la bestia n'ont pour elle aucun nom

    aucun visage ému disant gracias



    (...)



    pis la physique quantique aux toilettes arrange pas ta nébuleuse

    t'as paumé maintenant le verbe paumer

    tu cherches autour le verbe chercher



    (...)



    l'immense est où ? L'immense, bon sang

    dans cette vie de tiroir, ce monde à plat

    où la seule altitude est celle des dos d'âne

    (...)

    peut-être est-il égaré dans l'infime

    et je n'ai pas de loupe

    (...)

    non, c'est bien lui... c'est bien

    son eau que j'entends remuer

    dans la conque d'un moment seul



    l'immense existe

    l'immense est là



    (...)

    la terre n'est pas le contraire de la mer

    dis-tu dans un mail envoyé au vent

    (...)

    l'eau bat les cartes

    et si l'as sort

    tu disparais ou tu t'enflammes



    (...)

    ta main se vêt d'écailles étranges

    torrent mixture excès fissures

    la lenteur d'un corbeau te berce

    autant qu'elle te chavire



    (...)



    poétique ? non, réel



    l'intérieur d'une baleine

    redevient sans éclat

    un parking souterrain



    chiottes pas lavées / machines à tickets /néons sales

    et les rivières de l'indicible sont des fumées

    d'échappements crachées

    à la gueule des humains

    allongés insomniaques sur le bitume



    un seul édredon : l'amertume

    (...)

    les plus fortunés ont calé

    sous leur crâne ensuqué

    un peu d'carton ;

    quelques-uns sont couchés

    à même le sol rugueux

    sans oreiller

    (...)

    tout pue la mort

    ici

    bien sûr / mais la main touche un corps



    et le regard ému

    d'un homme à terre

    pulvérise à lui seul

    un astre immense





    (...)



    le Big Bang est le responsable de ça

    le Big Bang a fait succéder atomes et matières aux seules particules

    avant lui pas de vaisselle à minuit

    pas d'engueulades l'après-midi non plus

    même pas de couples à priori

    ni même de nuit ou juste nuit?

    nuit était-elle avant son contraire

    éponge arrache encore des morceaux minuscules au plat

    dire que des planètes se formèrent à partir des résidus aussi nazes

    poussières errant de-ci de-là sans grille horaire



    (...)



    c'est plus ou moins l'heure ou l'infime et l'infini ont les joues proches



    (...)



    la splendeur dont tu parles

    qui te dit que les renards la voient pas ?

    bon, ces rouquins fabriquent pas d'art

    l'argument est de taille

    mais c'est peut-être qu'ils jugent la beauté

    suffisante

    autour d'eux

    ils se contentent de laper le monde

    nous, on sale l'horizon

    on sucre à mort

     

     

     

     

  • Jan Bardeau

    Tant de cieux qui nous épargnent de ce qui rôde au-delà, météores furieux, rayons mortels, nuées de gaz, nous ne survivons que dans cette boîte, entre la Terre, sa gravité, son champ magnétique, et l'atmosphère.
    (...)
    Je lève les yeux, je pressens cette coquille de noix qui file courageusement dans le danger, je tremble pour l'étanchéité de ses parois.

     

    in Journal, Urtica 2019

     

     

  • Samuel Martin Boche - La clef par la fenêtre

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    Les Lieux-Dits éditions, Cahiers du Loup bleu, 2025

     

     

     

     

    7.



    derrière les rideaux

    à l'intérieur des tiroirs

    sous les meubles

    le parfum d'enfance

    de la menthe sauvage

    qui poussait

    devant ta maison



     

    8.



    marche après marche

    ses dents se déchaussent

    avec l'hiver

    on entre et sort

    par les mêmes portes

    la langue se

    coince dans les tiroirs





    12.



    bocal

    on tourne

    en rond

    pluie

    aux carreaux

    les murs

    s'ébrouent





    13.



    dans le salon un tapis

    de crocus jaunes

    recouvre le plancher

    la forêt fait

    trois fois

    le tour de la maison

    se jette dans la rivière





    17.



    tous les matins

    à la même heure

    le bus numéro quatre

    remonte le salon

    renverse les verres

    fait tourner le lait

    avec l'eau des fleurs





    35.



    chacun y va

    de son côté

    de la barrière

    s'arc-boute

    la maison éternue

    ses cloisons

    château de cartes





    40.



    à ceux

    qui l'approchent

    nul chien méchant

    les clefs

    sur la porte

    enjamber l'escargot

    sur le tapis





    46.



    pour la dessiner

    dans le coin

    supérieur gauche

    de ma feuille

    je commence

    par l'oiseau



     

     

     

  • Kenneth White

    quand les routes furent construites

    et les codes de l'ordre

    enfoncés dans les crânes

    ce qui fut écarté

    devenant de plus en plus faible

    de plus en plus fou



    présent encore dans le cri des mouettes

    dans le fracas des vagues

    dans ces ombres, ces lumières

    mais qui entend ? qui voit ?

    qui sait dire ?

     

     

    in atlantica

     

     



  • Musiciens Baül - extrait du film "Le chant des fous" de Georges Luneau

     

    Le terme « Fous » désigne ici ces musiciens inspirés et errants du Bengale connus sous le nom de Baül. Le mot baül dérive en effet du mot sanscrit vatul qui signifie « fou », dans le sens que ce terme a couramment en français lorsqu'il connote un comportement plus ou moins frénétique. Les Baül sont des gens étranges, particulièrement dans leurs manières, leurs coutumes et leurs pratiques. Quoi qu’appartenant indifféremment à la religion hindoue ou musulmane, les Baül refusent d'être guidés par quelque convention sociale ou religieuse que soit. La liberté d'esprit est leur seul guide . Ils avancent ainsi à contre-courant des habitudes, des idées reçues et des théories générales.

     

    Les ancêtres des filles et fils du vent ?